COMPTE-RENDU DU QUATRIÈME DÉBAT DÉMOCRATE

Le quatrième débat démocrate du cycle électoral 2019-2020 a réuni douze candidats à Westerville, en Ohio, ce mardi 15 octobre. Compte-rendu.

INTRODUCTION

Le débat de Westerville a réuni douze candidats sur le même plateau. Du jamais vu pour un débat démocrate ! Et pourtant, tous les candidats n’étaient pas présents. Pour rappel, ils sont toujours 19 candidats en lice à l’investiture démocrate.

Les critères de qualification fixés par le Parti Démocrate pour ce quatrième débat étaient les mêmes que pour le précédent. Les dix candidats qui avaient participé au troisième débat le mois dernier étaient donc de nouveau qualifiés, ainsi que Tulsi Gabbard et le milliardaire Tom Steyer. Ce dernier, qui a annoncé sa candidature tardivement durant l’été, participait ici à son tout premier débat politique. Les autres candidats n’avaient pas rempli les critères de qualification nécessaires pour pouvoir participer au débat.

À noter que ce débat s’inscrivait dans un contexte un peu particulier. Plusieurs événements importants se sont en effet déroulés depuis le dernier débat, notamment le lancement d’une impeachment inquiry concernant le président Trump et le retrait des troupes américaines de Syrie. Ces deux sujets ont d’ailleurs été abordés au cours de la soirée. Ce débat marquait aussi le retour de Bernie Sanders sur le devant de la scène après plusieurs jours passés à l’hôpital en raison d’un malaise cardiaque. Enfin, il s’agissait également du premier débat organisé depuis qu’un sondage a placé pour la première fois Elizabeth Warren en tête des intentions de vote en Iowa.

LE DÉBAT

Participants: Joe Biden, Elizabeth Warren, Bernie Sanders, Kamala Harris, Pete Buttigieg, Beto O’Rourke, Cory Booker, Amy Klobuchar, Julián Castro, Andrew Yang, Tulsi Gabbard, Tom Steyer

Organisateurs: Le débat était co-organisé par CNN et le New York Times

Modérateurs: Anderson Cooper, Erin Burnett et Mark Lacey

Durée du débat: 3h

Compte-rendu:

(Attention, ce compte-rendu n’est pas un résumé exhaustif du débat. Revenir sur tout ce qui a été dit serait bien trop long. Nous avons seulement sélectionné les moments les plus marquants de la soirée)

  • Tous les candidats se disent favorables à l’impeachment du président Trump et Joe Biden affirme que son fils et lui n’ont jamais rien fait de mal en Ukraine

La première partie du débat a été consacrée à la question de l’impeachment potentiel du président Trump. Tous les candidats se sont déclarés favorables à ce que ce dernier fasse l’objet d’une procédure d’impeachment. Certains l’ont fortement critiqué. Bernie Sanders a par exemple déclaré que Donald Trump était « le président le plus corrompu de l’histoire de ce pays ». Kamala Harris a déclaré qu’il était le président « le plus corrompu et le moins patriote que nous n’ayons jamais eu ». Amy Klobuchar a quant à elle déclaré que la politique du président consistait davantage à Make Russia great again qu’à Make America great again.

De son côté, Joe Biden a été amené à réagir aux accusations de corruption dont il fait l’objet de la part du président Trump. Pour rappel, ce dernier et son avocat Rudy Giuliani affirment que Joe Biden aurait fait pression sur les autorités ukrainiennes lorsqu’il était vice-président, afin qu’un procureur qui enquêtait sur des affaires de corruption soit licencié. Biden aurait ainsi voulu protéger son fils, Hunter, qui travaillait pour une entreprise ukrainienne active dans le secteur de l’énergie. Jusqu’à preuve du contraire, rien n’indique que ces accusations soient fondées, ni que Joe Biden ou Hunter Biden aient jamais enfreint la loi. Les modérateurs du débat ont néanmoins demandé à Joe Biden si le fait que le fils du vice-président des Etats-Unis travaille pour une grande entreprise étrangère pouvait constituer un problème. Joe Biden n’a pas véritablement répondu à la question. Il s’est contenté de répéter que son fils et lui n’avaient jamais rien fait de mal. Il a également affirmé que si Donald Trump l’avait pris pour cible, c’est parce qu’il savait qu’il serait son adversaire le plus sérieux à l’élection présidentielle.

He doesn’t want me to be the candidate. He’s going after me because he knows if I get the nomination, I will beat him like a drum. (Il ne veut pas que je sois le candidat. Il s’en prend à moi parce qu’il sait que si je suis le nominé, je le battrai à plates coutures)

  • Le débat sur le Medicare for All, encore et toujours

Les candidats se sont une nouvelle fois affrontés autour de la question de la réforme du système de santé et du projet de Medicare for All. Ce thème fut clairement le thème dominant de tous les débats démocrates qui ont eu lieu jusqu’ici.

Cette fois-ci, Elizabeth Warren s’est retrouvée sous le feu des critiques de ses adversaires, qui l’ont accusée de refuser de reconnaître que la mise en place du Medicare for All entraînerait une hausse des impôts pour la classe moyenne. Un fait que Bernie Sanders reconnaît. Il a d’ailleurs encore confirmé lors de ce débat que les impôts augmenteraient afin de financer le Medicare for All. Il insiste toutefois sur le fait que la baisse des dépenses de santé entraînée par le programme sera supérieure à la hausse des impôts et qu’au total, les citoyens américains seront donc gagnants.

Interrogée par les modérateurs du débat, Elizabeth Warren n’a jamais clairement répondu par oui ou par non à la question de savoir si la mise en place du Medicare for All qu’elle défend conduirait à une hausse des impôts pour la classe moyenne. Warren n’a cessé de dire que « les coûts » augmenteront pour les riches et diminueront pour la classe moyenne. Elle n’a jamais défini ce qu’elle entendait exactement par « les coûts ». On peut raisonnablement supposer qu’elle reprenait le même argument que Bernie Sanders, à savoir que la baisse des frais liés à la santé compenserait largement une éventuelle hausse des impôts, qu’elle n’a toutefois jamais clairement mentionnée. Pourquoi refuser obstinément de dire que, oui, elle augmentera effectivement les impôts pour financer son programme?

Certains adversaires de Warren n’ont pas manqué de la critiquer sur ce point, l’accusant de ne pas vouloir dire la vérité aux Américains au sujet de son programme. D’autres ont même affirmé que le Medicare for All est en réalité un programme irréaliste, qui serait impossible à financer. C’est notamment le cas de Pete Buttigieg et de Joe Biden.

L’ancien vice-président a déclaré qu’il était important d’être honnête avec les électeurs et que le plan de Warren allait coûter 30 mille milliards de dollars en dix ans. « C’est plus que l’entièreté du budget fédéral annuel », a-t-il souligné. Selon lui, Warren fait des promesses intenables aux électeurs en leur vendant un Medicare for All impossible à financer.

If you eliminated the entire Pentagon, every single thing, plane, ship, troop, the buildings, everything, satellites, it would get you – it would pay for a total of four months. Four months. Where do you get the rest? Where does it come from? (Si vous éliminiez entièrement le Pentagone, absolument tout, les avions, les bateaux, les troupes, les buildings, tout, les satellites, cela permettrait de financer le Medicare for All pendant quatre mois. Quatre mois. Où allez-vous chercher le reste de l’argent? D’où vient-il?)

Beto O’Rourke a aussi reproché à Elizabeth Warren d’avoir déclaré « montrez-moi votre plan budgétaire et je vous dirai quelles sont vos valeurs » (ndlr: une phrase qu’elle avait effectivement prononcée quelques minutes plus tôt), mais de refuser de répondre simplement par oui ou par non à la question de savoir si son plan budgétaire prévoyait une hausse des impôts. Comme les modérateurs du débat avant lui, O’Rourke a demandé à plusieurs reprises à Warren si elle comptait augmenter les impôts de la classe moyenne pour financer le Medicare for All. Warren n’a jamais répondu clairement à la question.

  • La déclaration de la soirée

I’ve done 70,000 selfies, which must be the new measure of democracy. (J’ai fait 70,000 selfies, ce qui doit être la nouvelle mesure de la démocratie)

Elizabeth Warren répondant à une question sur le Medicare for All et affirmant avoir rencontré assez de citoyens pour savoir ce qu’ils réclament. La sénatrice du Massachusetts a effectivement pris l’habitude de prendre de très nombreux selfies avec ses supporters à la fin de ses meetings.

  • Elizabeth Warren déclare que les pertes d’emploi s’expliquent davantage par la signature de traités de libre-échange que par l’automatisation

Le débat ayant lieu en Ohio, la question de la perte massive d’emplois dans certains secteurs de l’économie américaine, notamment l’industrie automobile, a évidemment été abordée. Et Elizabeth Warren a affirmé que l’automatisation n’en était pas la principale responsable. D’après la candidate démocrate, la principale cause des pertes d’emploi dans certains secteurs industriels est une « mauvaise politique de libre échange » qui profite à des multinationales qui « n’ont aucune loyauté envers l’Amérique ».

Andrew Yang, dont toute la campagne électorale tourne autour de l’idée de la nécessité de créer un revenu universel parce qu’il n’y aura bientôt plus assez d’emplois pour tout le monde en raison de l’automatisation, a déclaré que Warren avait tout faux. D’après lui, l’automatisation est bien la principale cause des pertes d’emplois aux Etats-Unis et il faudra s’adapter au changement de société induit par cette automatisation. Yang a reproché à Warren de nier une réalité dont tous les Américains ont pourtant bien conscience.

Senator Warren, I’ve been talking to Americans around the country about automation. And they’re smart. They see what’s happening around them. (…) They see a self-serve kiosk in every McDonalds, every grocery store, every CVS. Driving a truck is the most common job in 29 states, including this one – 3.5 million truck drivers in this country. And my friends in California are piloting self-driving trucks. What is that going to mean for the 3.5 million truckers or the 7 million Americans who work in truck stops, motels, and diners that rely upon the truckers getting out and having a meal? (Sénatrice Warren, je discute de l’automatisation avec les Américains partout dans le pays. Et ils sont intelligents. Ils voient bien ce qu’il se passe autour d’eux. (…) Ils voient qu’il y a désormais une caisse automatique dans chaque McDonalds, dans chaque supermarché, dans chaque pharmacie. Conduire un camion est le travail le plus répandu dans 29 états, y compris celui-ci –  il y a 3,5 millions de conducteurs de camions dans ce pays. Et mes amis en Californie pilotent des camions automatiques. Que va-t-il se passer pour les 3,5 millions de conducteurs et les 7 millions d’Américains qui travaillent dans les points d’arrêt pour camions, les motels, les restaurants qui dépendent des conducteurs qui viennent y manger?)

  • Elizabeth Warren et Bernie Sanders confirment qu’ils veulent créer un impôt sur la fortune

Elizabeth Warren et Bernie Sanders souhaitent tous les deux créer un impôt sur la fortune aux Etats-Unis. Ce sont les deux seuls candidats démocrates à défendre cette idée. Elizabeth Warren a expliqué que la création d’un tel impôt était nécessaire parce que la richesse des personnes les plus fortunées ne provient pas de leurs salaires mais de leur patrimoine qui continue sans cesse de fructifier.

Andrew Yang a rétorqué que l’impôt sur la fortune était une belle idée en théorie mais qu’il n’avait jamais eu les effets positifs escomptés dans les pays où il avait été mis en place, comme la France.

  • La réponse la plus confuse de la soirée

Ce qui suit est la retranscription exacte d’une réponse de Joe Biden concernant la proposition de Bernie Sanders et Elizabeth Warren de créer un impôt sur la fortune aux Etats-Unis. Si vous y comprenez quelque chose, nous sommes preneurs pour la traduction 😳

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  • Politique étrangère: les candidats dénoncent la décision de Donald Trump de retirer les troupes américaines de Syrie

Les candidats ont été interrogés au sujet de la récente décision du président Trump de retirer les troupes américaines du nord-est de la Syrie alors que la Turquie préparait une offensive contre les forces kurdes alliées des Etats-Unis présentes dans la région. Tous les candidats ont critiqué la décision du président et dénoncé l’abandon des Kurdes. Joe Biden a déclaré que c’était la chose la plus honteuse qu’un président américain ait jamais faite en termes de politique étrangère.

Pete Buttigieg – qui, rappelons-le, est un vétéran de la guerre en Afghanistan – a insisté sur le fait que de nombreux soldats américains avaient déclaré qu’ils avaient honte pour la première fois depuis le début de leur carrière.

It is undermining the honor of our soldiers. You take away the honor of our soldiers, you might as well go after their body armor next. (Cela met à mal l’honneur de nos soldats. Si vous retirez leur honneur à nos soldats, vous pouvez tout aussi bien leur ôter leur gilet pare-balles)

Tulsi Gabbard a quant à elle déclaré que Donald Trump aurait le sang des Kurdes sur les mains, mais qu’il n’était pas le seul responsable. D’après elle, la situation actuelle en Syrie n’est que le résultat désastreux de la politique de « changement de régime » menée par les administrations précédentes.

Donald Trump has the blood of the Kurds on his hand, but so do many of the politicians in our country from both parties who have supported this ongoing regime change war in Syria that started in 2011. (Donald Trump a le sang des Kurdes sur les mains, mais c’est aussi le cas de beaucoup de politiciens des deux partis dans notre pays qui ont soutenu cette guerre de changement de régime en cours en Syrie depuis 2011)

  • Elizabeth Warren affirme que les Etats-Unis ne devraient plus avoir de troupes au Moyen-Orient

Elizabeth Warren a déclaré que la manière dont Donald Trump avait retiré les troupes de Syrie n’étais pas acceptable, mais que, à long terme, les Etats-Unis ne devraient plus du tout avoir de troupes stationnées au Moyen-Orient.

I think that we ought to get out of the Middle East. I don’t think we should have troops in the Middle East. (Je pense que nous devrions nous retirer du Moyen-Orient. Je pense que nous ne devrions pas avoir de troupes au Moyen-Orient)

  • Beto O’Rourke et Pete Buttigieg s’affrontent sur la question des armes à feu

Les modérateurs du débat ont interrogé Beto O’Rourke au sujet de sa proposition consistant à mettre en place un programme obligeant les Américains possédant des armes de guerre à les revendre au gouvernement. Comment faire concrètement appliquer une telle mesure? Comment savoir qui possède de telles armes et comment vérifier que toutes ces personnes les restituent bien au gouvernement? Si les citoyens concernés refusent de revendre leurs armes au gouvernement, que se passera-t-il? Beto O’Rourke n’a pas clairement répondu à la question. Il s’est contenté de dire que les Américains respecteraient probablement la nouvelle législation en vigueur, comme c’est le cas pour toute nouvelle loi adoptée dans le pays. Pete Buttigieg a alors critiqué O’Rourke, l’accusant de faire des propositions impossibles à mettre en pratique. O’Rourke a répliqué qu’il fallait avoir le courage de défendre des idées ambitieuses, même lorsque les sondages suggèrent que c’est risqué. Buttigieg a répliqué qu’il n’avait pas de leçon de courage à recevoir de sa part.

I don’t need lessons from you on courage, political or personal. (Je n’ai pas de leçons de courage, politique ou personnel, à recevoir de ta part)

  • Bernie Sanders et Joe Biden répondent aux inquiétudes concernant leur âge

Après le malaise cardiaque dont a été victime Bernie Sanders, on ne pouvait sans doute pas y échapper… Les modérateurs du débat ont interrogé plusieurs candidats au sujet de leur âge et de leur état de santé, qui pourraient préoccuper certains électeurs. Rappelons que Bernie Sanders et Joe Biden approchent tous les deux des 80 ans.

Bernie Sanders a assuré qu’il allait très bien et que, pour célébrer son retour en campagne, il allait organiser un grand meeting à New York le week-end prochain, auquel participerait une invitée spéciale. (La presse américaine a rapidement révélé qu’il s’agissait de la jeune députée Alexandria Ocasio-Cortez, qui devrait apporter son soutien officiel à Sanders).

Joe Biden a quant à lui déclaré que son âge et son expérience étaient justement l’une des raisons pour lesquelles les électeurs devraient lui faire confiance.

One of the reasons I’m running is because of my age and my experience. With it comes wisdom. We need someone to take office this time around who on day one can stand on the world stage, command the respect of world leaders, from Putin to our allies, and know exactly what has to be done to get this country back on track. (L’une des raisons pour lesquelles je suis candidat est précisément mon âge et mon expérience. Avec l’âge vient la sagesse. Nous avons besoin cette fois d’élire quelqu’un qui puisse être crédible dès le premier jour sur la scène internationale, inspirer le respect aux autres leaders mondiaux, de Poutine à nos alliés, et qui sache exactement ce qu’il faut faire pour remettre notre pays sur les rails)

Joe Biden a également promis qu’il rendrait public un bilan de santé complet avant le caucus de l’Iowa.

  • Kamala Harris réclame la suppression du compte Twitter de Donald Trump

Kamala Harris a décidé de consacrer une partie de son temps de parole à insister sur le fait que Twitter devrait supprimer le compte officiel de Donald Trump. Le fait qu’une partie d’un débat démocrate ait ainsi été consacrée au compte Twitter de Donald Trump en dit sans doute long sur l’époque que nous traversons.

Kamala Harris a déclaré qu’elle avait été surprise d’apprendre qu’Elizabeth Warren n’était pas d’accord avec elle pour dire que le compte Twitter de Donald Trump devrait être supprimé. Warren a répliqué qu’elle ne voulait pas seulement supprimer le compte Twitter de Donald Trump, mais le chasser de la Maison Blanche.

  • Tulsi Gabbard affirme que l’avortement ne devrait pas être autorisé durant le troisième trimestre de la grossesse

La question de l’avortement a brièvement été abordée lors du débat. Les candidats interrogés ont tous mis en avant leur volonté de défendre le droit à l’avortement, qu’ils estiment être en danger. Cory Booker a même déclaré que, s’il était élu à la présidence, il créerait un « Bureau de la liberté reproductive et des droits reproductifs » (Office of Reproductive Freedom and Reproductive Rights) au sein de la Maison Blanche.

Tulsi Gabbard est la seule candidate qui a apporté un avis un peu plus nuancé sur la question. Elle a déclaré qu’elle entendait défendre le droit à l’avortement, mais qu’elle pensait qu’il devrait rester limité à un certain nombre de semaines et ne pas être autorisé durant le troisième trimestre de la grossesse, sauf en cas de danger pour la santé de la mère.

  • Une question sur les amitiés surprenantes pour clore le débat

En guise de conclusion, les modérateurs du débat ont choisi de demander à tous les candidats d’évoquer l’une de leurs amitiés que le public pourrait trouver surprenante et ce qu’elle leur avait appris. On a ainsi découvert que beaucoup de candidats étaient amis avec certains de leurs collègues républicains. Dans le contexte de division politique extrême que nous connaissons actuellement, il s’agissait peut-être d’un rappel bienvenu.

Le défunt John McCain a été la personne la plus citée, respectivement par Joe Biden, Amy Klobuchar et Bernie Sanders.

Tulsi Gabbard a évoqué son amitié avec l’ex-député républicain Trey Gowdy. Elle a ensuite ajouté que les Américains devraient se souvenir qu’ils sont tous frères et sœurs. La députée d’Hawaï a ensuite adressé une critique à peine voilée à Hillary Clinton, qui avait déclaré lors de sa campagne de 2016 que les supporters de Donald Trump étaient des gens « déplorables ».

When I look out at our country, I don’t see deplorables. I see fellow Americans, people who I treat with respect, even when we disagree and when we disagree strongly. (Lorsque je regarde notre pays, je ne vois pas de gens déplorables. Je vois des compatriotes américains que je traite avec respect, même lorsque nous ne sommes pas d’accord)

Beto O’Rourke a parlé d’un roadtrip effectué avec le député républicain Will Hurd pour rentrer du Texas à Washington et l’amitié que ce voyage avait contribué à créer entre eux.

Cory Booker a choisi l’humour en déclarant qu’il avait essayé d’inviter au moins une fois tous ses collègues républicains du Sénat au restaurant mais qu’il avait été très difficile, en tant que végétarien, de trouver un compromis avec Ted Cruz, qui est un « mangeur de viande texan ».

Kamala Harris a cité le sénateur républicain Rand Paul.

Enfin, Tom Steyer a probablement été l’auteur de la réponse la plus étrange et la plus maladroite en citant l’une de ses amies qui vit en Caroline du Sud et qui est « d’un autre sexe, d’une autre race et d’une autre partie du pays ». Pour rappel, on demandait aux candidats de décrire une amitié pouvant être jugée surprenante. Est-il surprenant d’avoir un ami du sexe opposé et d’une autre couleur de peau? Oups.

VAINQUEURS ET PERDANTS

(Pour chaque débat, nous vous donnerons notre avis sur les gagnants et les perdants de la soirée. Attention, même si nous tentons d’analyser les choses de la manière la plus objective possible – il ne s’agit pas de déclarer gagnant le candidat dont nous partageons le plus les positions -, il s’agit évidemment d’un choix quelque peu subjectif. Il n’est pas interdit d’avoir un avis divergent)

  • Les gagnants

Pete Buttigieg. Il n’y a pas grand-chose à dire de plus. Le maire de South Bend a tout simplement fait un très bon débat.

Bernie Sanders. En voyant Bernie Sanders lors de ce débat, impossible de dire qu’il venait tout juste de se remettre d’un accident cardiaque. Apparaître en forme était sans doute le plus important pour le sénateur du Vermont, afin de rassurer ses supporters et ses autres électeurs potentiels. Défi relevé.

  • Les perdants

Elizabeth Warren. Par où commencer?

La sénatrice du Massachusetts a affirmé « Montrez-moi votre plan budgétaire et je vous dirai quelles sont vos valeurs », mais a refusé à de nombreuses reprises tout au long de la soirée de répondre clairement à une question simple: son programme prévoit-il une hausse des impôts de la classe moyenne pour financer le Medicare for All qu’elle promet de mettre en place? Le refus obstiné de Warren de répondre clairement à cette question est apparu d’autant plus absurde que Bernie Sanders, premier défenseur du Medicare for All, a quant à lui clairement reconnu qu’une augmentation des impôts serait bien nécessaire pour le financer.

Elizabeth Warren a également affirmé que les Etats-Unis ne devraient plus du tout avoir de troupes au Moyen-Orient. Peu après la fin du débat, lors d’une interview, le sénateur démocrate Chris Coons (qui soutient Joe Biden) a affirmé que ce commentaire était l’illustration d’un « niveau de naïveté saisissant ».

Warren a aussi défendu la thèse selon laquelle les pertes d’emploi massives dans certains secteurs de l’industrie américaine s’expliquaient davantage par la signature de certains traités de libre-échange que par l’automatisation. Peu après la conclusion du débat, les fact-checkers de l’Associated Press ont rapidement publié un article expliquant que ce n’était pas du tout l’opinion de la majorité des économistes.

Enfin, que dire de la déclaration de Warren selon laquelle le fait qu’elle ait réalisé plus de 70,000 selfies depuis le début de sa campagne prouve à quel point elle est à l’écoute des électeurs et devrait être la « nouvelle mesure de la démocratie »? Nous n’avons rien contre les selfies mais tout de même….

Tom Steyer. Il ne doit certes pas être facile pour quelqu’un qui n’a aucune expérience politique de participer à son tout premier débat au milieu de onze autres candidats. Mais nous n’aurons rien retenu de la performance de Tom Steyer, si ce n’est sa réponse étrange concernant son amitié surprenante et sa cravate qui a fait l’objet de nombreux commentaires sur les réseaux sociaux.

5

Le climat. La question du réchauffement climatique n’a pas été abordée une seule fois lors de ce débat. Cela n’a pas du tout plu au gouverneur de l’état de Washington, Jay Inslee, qui avait fortement axé sa campagne électorale autour de cette question, avant d’y mettre un terme au mois d’août.

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Traduction: Pas une seule question sur la crise climatique. Pas une seule question sur la crise climatique. Pas une seule question sur la crise climatique. C’est la crise existentielle de notre époque. Pas une seule question, et c’est totalement inexcusable.

 

 

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