COMPTE-RENDU DU SEPTIÈME DÉBAT DÉMOCRATE

Ce mardi 14 janvier, six candidats se sont retrouvés en Iowa pour le premier débat démocrate de l’année 2020. Compte-rendu.

INTRODUCTION

Ce débat était le premier de l’année 2020, mais aussi et surtout le dernier avant le caucus de l’Iowa. Seulement six candidats étaient parvenus à remplir les critères de qualification fixés par le Parti Démocrate, encore plus stricts que ceux en vigueur pour les débats précédents: Joe Biden, Bernie Sanders, Elizabeth Warren, Pete Buttigieg, Amy Klobuchar et Tom Steyer. Andrew Yang était absent pour la première fois.

LE DÉBAT

Participants: Joe Biden, Bernie Sanders, Elizabeth Warren, Pete Buttigieg, Amy Klobuchar, Tom Steyer

Organisateurs: Le débat était co-organisé par CNN et le Des Moines Register

Modérateurs: Wolf Blitzer, Abby Phillip et Brianne Pfannenstiel

Durée du débat: 2h

Compte-rendu:

(Attention, ce compte-rendu n’est pas un résumé exhaustif du débat. Revenir sur tout ce qui a été dit serait bien trop long. Nous avons seulement sélectionné les moments les plus marquants de la soirée)

  • Une grande partie du débat consacrée à la politique étrangère

Près de la moitié du débat a été consacrée à la politique étrangère. Bien que toujours abordé, ce thème n’avait pas reçu autant d’attention lors des débats précédents. Le choix des modérateurs d’insister sur cette thématique a sûrement été motivé par l’actualité récente au Moyen-Orient.

Concernant l’Iran, les candidats ont critiqué la décision prise par Donald Trump de retirer les Etats-Unis de l’accord sur le nucléaire iranien. D’après eux, ce fut le point de départ d’un regain de tensions qui a mené aux dramatiques événements de ces dernières semaines. Certains candidats ont aussi émis des doutes quant aux arguments avancés par l’administration Trump pour justifier la frappe ayant conduit à la mort du général Soleimani. Bernie Sanders a par exemple déclaré que:

The two great foreign policy disasters of our lifetimes were the war in Vietnam and the war in Iraq. Both of those wars were based on lies. And right now, what I fear very much is we have a president who is lying again and could drag us into a war that is even worse than the war in Iraq. (Les deux grands désastres de politique étrangère au cours de nos vies furent la guerre au Vietnam et la guerre en Irak. Ces deux guerres étaient basées sur des mensonges. Et, en ce moment,  ce que je crains beaucoup est que nous ayons un président qui soit encore une fois en train de mentir et qui pourrait nous entraîner dans une guerre qui serait encore pire que la guerre en Irak)

Tous les candidats ont affirmé qu’il ne fallait pas que l’Iran obtienne l’arme nucléaire, tout en s’inquiétant du fait qu’il serait difficile de reprendre les négociations avec le régime iranien après la présidence Trump.

Concernant l’implication militaire américaine au Moyen-Orient au sens large, tous les candidats ont déclaré vouloir retirer les troupes américaines d’Afghanistan et d’Irak, à l’exception éventuelle d’un petit contingent nécessaire pour continuer à lutter contre les réseaux terroristes présents sur place. Les candidats les plus sceptiques envers l’engagement militaire américain restent Bernie Sanders et Elizabeth Warren. Bernie Sanders a repris son argumentation habituelle selon laquelle les milliards de dollars dépensés pour la guerre pourraient être bien plus utiles s’ils étaient investis dans la rénovation des infrastructures américaines, les soins de santé ou l’éducation. Elizabeth Warren a déclaré que:

We should stop asking our military to solve problems that cannot be solved militarily. (Nous devrions cesser de demander à notre armée de régler des problèmes qui ne peuvent pas être résolus militairement)

La sénatrice du Massachusetts a aussi affirmé qu’en tant que membre du comité des forces armées du Sénat, elle avait, au fil des années, entendu plusieurs généraux venir expliquer que la situation en Afghanistan était sur le point de s’améliorer, mais que rien n’avait en réalité jamais changé.

You know, on the Senate Armed Services Committee, we have one general after another in Afghanistan who comes in and says, you know, we’ve just turned the corner and now it’s all going to be different. And then what happens? It’s all the same for another year. Someone new comes in and we’ve just turned the corner. We’ve turned the corner so many times, we’re going in circles in these regions. (Vous savez, au sein du comité des forces armées du Sénat, nous voyons défiler un général après l’autre qui vient nous dire que nous venons d’effectuer un tournant décisif en Afghanistan et que tout va maintenant être différent. Et puis que se passe-t-il? C’est le statu quo pendant une année supplémentaire. Puis quelqu’un de nouveau arrive et nous dit à nouveau que nous venons d’effectuer un tournant décisif. Nous avons effectué tellement de tournants décisifs que nous tournons en rond dans ces régions)

PS: Joe Biden a une nouvelle fois répété que son vote en faveur de la guerre en Irak avait été une erreur.

  • Bernie Sanders déclare qu’il votera contre l’adoption du USMCA

Le USMCA, nouveau traité de libre-échange entre les Etats-Unis, le Mexique et le Canada négocié par l’administration Trump, a déjà été adopté par la Chambre des Représentants. Un vote doit avoir lieu prochainement au Sénat. Bernie Sanders a annoncé qu’il voterait contre l’adoption de ce traité, qui, selon lui, ne mettra pas fin aux délocalisations et ne mentionne pas la nécessité de lutter contre le changement climatique. À l’inverse, Elizabeth Warren a déclaré qu’elle voterait en faveur de l’adoption du USMCA. Elle a noté que ce traité était loin d’être parfait, mais elle estime qu’il permettra d’améliorer la situation de nombreux agriculteurs et ouvriers américains actuellement en grande difficulté.

Tom Steyer a déclaré qu’il ne voterait pas en faveur du USMCA s’il était sénateur, alors que les autres candidats ont déclaré qu’ils étaient favorables à son adoption.

  • L’événement de la soirée

Bien que de nombreux sujets importants aient été abordés au cours de la soirée, tout le monde se souviendra avant tout du conflit qui a opposé les deux idoles de la gauche américaine, Bernie Sanders et Elizabeth Warren, qui avaient pourtant jusqu’ici toujours évité de se critiquer mutuellement.

Quelques petites explications s’imposent. La veille du débat, CNN publiait un article affirmant que, selon des sources bien informées, Bernie Sanders aurait dit à Elizabeth Warren lors d’une conversation privée en décembre 2018 qu’il pensait qu’une femme ne pourrait pas être élue à la présidence des Etats-Unis. Après la publication de l’article, Elizabeth Warren a confirmé que Bernie Sanders avait bien tenu de tels propos.

I thought a woman could win, he disagreed. (Je pensais qu’une femme pourrait l’emporter, il n’était pas d’accord)

Lors du débat, Bernie Sanders a été interrogé à ce sujet. Il a catégoriquement nié avoir tenu les propos qui lui sont attribués, avant d’ajouter que la question n’avait pas beaucoup d’intérêt, hormis peut-être pour Donald Trump et les médias.

I didn’t say it. And I don’t want to waste a whole lot of time on this, because this is what Donald Trump and maybe some of the media want. Anybody knows me knows that it’s incomprehensible that I would think that a woman cannot be president of the United States. (Je n’ai jamais dit cela. Et je ne veux pas perdre de temps à parler de cela, parce que c’est ce que Donald Trump et peut-être certains médias souhaitent. Quiconque me connaît sait qu’il serait incompréhensible que je pense qu’une femme ne puisse pas devenir présidente des Etats-Unis)

Elizabeth Warren a ensuite affirmé que Bernie Sanders lui avait bel et bien dit qu’il pensait qu’une femme ne pourrait pas remporter l’élection présidentielle.

Autrement dit, Sanders et Warren se sont mutuellement accusés de mentir. Et, effectivement, l’un des deux ment forcément. Il nous est toutefois impossible de savoir qui, puisque les propos incriminés ont été tenus dans le cadre d’une conversation strictement privée.

Elizabeth Warren a ensuite ajouté que tous les hommes présents sur le plateau avaient perdu dix élections au total, alors que les deux femmes présentes sur le plateau (Amy Klobuchar et elle-même) avaient remporté toutes les élections auxquelles elles s’étaient présentées.

Look at the men on this stage. Collectively, they have lost 10 elections. The only people on this stage who have won every single election that they’ve been in are the women, Amy and me. (Regardez les hommes sur ce plateau. Collectivement, ils ont perdu 10 élections. Les seules personnes sur ce plateau qui ont gagné chaque élection à laquelle elles ont participé sont les femmes, Amy et moi)

Warren a encore ajouté qu’elle était aussi la seule personne présente sur le plateau à avoir remporté une élection face à un candidat républicain sortant au cours des trente dernières années. Bernie Sanders a rétorqué qu’il avait aussi battu un Républicain sortant lorsqu’il avait été élu au Congrès pour la première fois. « Quand? », a répliqué Warren. « En 1990 », a répondu Sanders. « Donc, il y a 30 ans », a dit Warren.

Juste après la fin du débat, les caméras de télévision ont filmé Sanders et Warren refusant de se serrer la main et ayant une brève discussion apparemment houleuse.

Les plus fervents supporters de Bernie Sanders sont désormais très en colère contre Elizabeth Warren. Peu après le débat, le hashtag #NeverWarren dominait la liste des mots-clés les plus utilisés sur Twitter aux Etats-Unis. Un autre hashtag, #WarrenIsASnake, a également remporté un certain succès. Warren était décrite comme une vipère dans de nombreux messages contenant ce hashtag ainsi que l’emoji représentant un serpent 🐍 …

  • La déclaration de la soirée

If our Republican colleagues won’t allow those witnesses, they may as well give the president a crown and a scepter. They may as well make him king. And last time I checked, our country was founded on this idea that we didn’t want to be ruled by a king. (Si nos collègues républicains ne permettent pas la venue de ces témoins à la barre, ils pourraient tout aussi bien donner une couronne et un sceptre au président. Ils pourraient tout aussi bien le déclarer roi. Or, la dernière fois que j’ai vérifié, notre pays a été fondé sur l’idée que nous ne voulions pas être dirigés par un roi)

Amy Klobuchar au sujet du procès à venir de Donald Trump au Sénat et de la réticence des Républicains à convoquer de nouveaux témoins lors de ce procès.

  • Tom Steyer affirme qu’il est le plus apte à vaincre Donald Trump sur la question de l’économie

Tom Steyer a rappelé que Donald Trump allait probablement axer en grande partie sa campagne sur l’économie et qu’il avait récemment affirmé que les gens le rééliraient même s’ils ne l’appréciaient pas « parce qu’ils savent que les Démocrates détruiraient l’économie en quinze minutes s’ils reprenaient le contrôle ». D’après Steyer, les Démocrates ont donc intérêt à choisir un candidat très crédible sur les questions économiques et capable de mettre en avant une plus grande réussite que celle du président dans le monde des affaires. En tant que businessman devenu milliardaire, Steyer estime que c’est son cas. Il pense qu’un homme d’affaires ayant aussi bien, voire mieux, réussi que Donald Trump serait plus crédible face au président sur les questions économiques qu’un membre de la classe politique. (Michael Bloomberg, qui ne participait pas au débat, met également régulièrement cet argument en avant).

  • La main tendue de Pete Buttigieg aux électeurs républicains

Dans son closing statement, Pete Buttigieg a tendu la main aux éventuels électeurs républicains déçus par Donald Trump.

If you’re used to voting for the other party but right now cannot look your kids in the eye and explain this president to them, join me. (Si vous avez l’habitude de voter pour l’autre parti mais que, en ce moment, vous ne pouvez pas regarder vos enfants dans les yeux en leur parlant de ce président, rejoignez-moi)

VAINQUEURS ET PERDANTS

(Pour chaque débat, nous vous donnerons notre avis sur les gagnants et les perdants de la soirée. Attention, même si nous tentons d’analyser les choses de la manière la plus objective possible – il ne s’agit pas de déclarer gagnant le candidat dont nous partageons le plus les positions -, il s’agit évidemment d’un choix quelque peu subjectif. Il n’est pas interdit d’avoir un avis divergent)

  • Les gagnants

Amy Klobuchar. La sénatrice du Minnesota a été l’auteure d’une très solide performance. Nous ne l’avons presque pas reconnue. Tout au long du débat, elle s’est présentée avec efficacité comme la candidate pragmatique décidée à dire la vérité aux électeurs plutôt qu’à leur faire des promesses impossibles à tenir. Elle fut aussi la seule candidate à évoquer le problème de la dette (si notre mémoire est bonne, une première lors d’un débat démocrate depuis le début de la campagne).

Cet extrait du closing statement de Klobuchar résume bien le message qu’elle a tenté de faire passer tout au long de la soirée. À notre sens, avec succès.

It is easy to hurl insults. It is easy to draw lines in the sand and sketch out grand ideological sketches that will never see the light of day. What is hard is bringing people together and finding common ground instead of scorched earth. What is hard is the work of governing. So if you are tired of the extremes in our politics and the noise and the nonsense, you have a home with me. (Il est facile de proférer des insultes. Il est facile de tracer des lignes dans le sable et d’esquisser de grands croquis idéologiques qui ne verront jamais la lumière du jour. Ce qui est difficile est de rassembler les gens et de trouver des compromis au lieu de pratiquer la politique de la terre brûlée. Ce qui est difficile est de gouverner. Alors, si vous êtes fatigués des extrêmes dans notre politique et du bruit et des absurdités, je suis votre candidate)

Pete Buttigieg. Pete Buttigieg n’a pas particulièrement brillé, mais a tout de même été l’auteur d’une performance globalement solide. Vu les prestations mitigées des trois autres principaux favoris à l’investiture, nous pouvons le considérer comme l’un des gagnants de la soirée.

  • Les perdants

Bernie Sanders et Elizabeth Warren. « Non, je n’ai jamais dit que je pensais qu’une femme ne pourrait pas être élue à la présidence ». « Si, si, il me l’a dit ».

« Je suis la seule candidate à avoir battu un Républicain ces trente dernières années ». « J’en ai aussi battu un il y a 30 ans ». « Et bien, oui, il y a 30 ans, c’est ce que je dis ».

Quand Bernie Sanders et Elizabeth Warren se disputent, on dirait deux enfants qui se disputent dans un bac à sable. Reste que l’un des deux a menti ouvertement sur le plateau et qu’il est malheureusement impossible pour les électeurs de savoir qui.

Abby Phillip. Lorsque la modératrice de CNN a demandé à Bernie Sanders pourquoi il avait dit à Elizabeth Warren qu’il pensait qu’une femme ne pourrait pas être élue à la présidence, Sanders a catégoriquement nié avoir tenu de tels propos. En dépit des dénégations du sénateur du Vermont, Phillip s’est ensuite tournée vers Elizabeth Warren et lui a posé la question suivante: « Sénatrice Warren, qu’avez-vous pensé lorsque le sénateur Sanders vous a dit qu’une femme ne pourrait pas remporter l’élection? ». Hum. Il nous semble qu’il aurait été plus approprié de poser une question du type: « Sénatrice Warren, Bernie Sanders vient de nier avoir tenu les propos que vous lui attribuez. Est-il en train de mentir? ». En interrogeant Warren comme elle l’a fait, Phillip a clairement agi comme si elle avait choisi le camp de la sénatrice. À l’heure où la confiance des électeurs dans l’objectivité des médias est au plus bas, ce n’était certainement pas une bonne chose. Sur Twitter, CNN a immédiatement été accusé, aussi bien par les supporters de Sanders que par de nombreux sympathisants républicains, de favoriser Elizabeth Warren.

Joe Biden. Nous avons hésité à inclure Joe Biden dans notre liste des perdants de la soirée. Sa performance n’était pas catastrophique et il n’a commis aucune bourde susceptible de remettre en question son statut de favori à l’investiture. Néanmoins, il nous a parfois semblé encore plus hésitant que lors des débats précédents. On l’a vu à plusieurs reprises s’interrompre pendant quelques secondes et fermer les yeux, comme s’il avait besoin de se concentrer pour se rappeler de ce qu’il voulait dire, avant de poursuivre sa phrase. Il est indéniable que ce genre d’images ne rassurera pas ceux qui se posent des questions quant à la prudence d’élire un homme de près de 80 ans à la présidence.

 

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