RICK SANTORUM, DÉFENSEUR DES VALEURS CHRÉTIENNES ET DE LA CLASSE OUVRIÈRE

Rick Santorum, ex-sénateur de Pennsylvanie, se présente pour la seconde fois d’affilée à la présidence. En 2012, il avait remporté les primaires républicaines dans onze états et s’était imposé comme le principal concurrent de Mitt Romney. Voici son portrait.

SA CARRIÈRE POLITIQUE EN UN COUP D’OEIL

Député de Pennsylvanie à la Chambre des Représentants (1991-1995)

Sénateur de Pennsylvanie (1995-2007)

SON PARCOURS

Richard John Santorum est né le 10 mai 1958 à Winchester, en Virginie. Mais ses parents déménagent en Pennsylvanie peu après sa naissance. C’est donc là qu’il grandira, dans une petite ville peuplée majoritairement d’ouvriers travaillant dans les mines de charbon. Le père de Rick est arrivé aux Etats-Unis à l’âge de sept ans avec son propre père. Ils fuyaient l’Italie fasciste de Benito Mussolini. Le grand-père de Rick travaillait dans les mines de charbon mais son père est devenu psychologue. Sa mère était quant à elle infirmière. Ils se sont rencontrés alors qu’ils travaillaient tous les deux dans un hôpital pour vétérans.

Rick étudie le droit à l’Université de Pennsylvanie et devient avocat. Il travaille un temps pour le prestigieux cabinet Kirkpatrick&Lockhart. C’est là qu’il rencontre sa future femme Karen. Ils ont aujourd’hui sept enfants, quatre garçons et trois filles. Ils ont également perdu un fils qui est mort quelques jours après sa naissance prématurée en 1996. La plus jeune de leur fille, Bella, est quant à elle atteinte d’un handicap très lourd, la trisomie 18. Il s’agit d’une maladie génétique qui l’empêche de parler et de marcher. Bella a aujourd’hui sept ans. Rick et sa femme ont écrit un livre à son sujet afin de partager leur expérience de parents d’un enfant lourdement handicapé. Les Santorum sont de fervents catholiques et disent que cette expérience n’a fait que renforcer leur foi et leur croyance dans le fait que toute vie mérite d’être vécue.

Rick se lance en politique au début des années 90. Il est élu député à la Chambre des Représentants puis sénateur. Il a été membre pendant huit ans du Senate Armed Services Committee, le comité du Sénat spécialisé dans les affaires étrangères et la sécurité nationale. Il s’est aussi fait régulièrement remarquer pour ses prises de position anti-avortement et anti-mariage gay. En 2006, il échoue à se faire réélire. Il reprend son métier d’avocat et travaille comme analyste pour le Ethics and Public Policy Center, un think tank conservateur. Il y est chargé d’étudier les menaces étrangères pesant sur les Etats-Unis. Il devient un spécialiste du terrorisme islamiste. Il est aussi commentateur politique pour la chaîne Fox News. En 2012, il est candidat à la Maison Blanche. Il remporte onze états et plus de quatre millions de voix lors des primaires républicaines. Mais il est devancé par Mitt Romney qui remporte l’investiture. Il décide de se présenter à nouveau en 2016.

L’ANNONCE DE SA CANDIDATURE

Rick Santorum a officialisé sa candidature à la Maison Blanche le 27 mai.

LE DISCOURS

Rick Santorum avait choisi de prononcer son discours à l’intérieur d’une usine de la petite ville de Cabot, en Pennsylvanie. Il est arrivé entouré de sa famille qui est restée à ses côtés tout au long de son discours. Il n’a pas manqué de préciser que l’un de ses fils n’avait pas pu venir parce qu’il est engagé dans l’armée.

Santorum a prononcé un discours très populiste. Il a mis l’accent sur son attachement à la classe ouvrière davantage que sur ses positions conservatrices et religieuses pour lesquelles il s’est fait connaître en tant que sénateur. Cette problématique s’est trouvée reléguée en fin de discours lorsqu’il a déclaré qu’il défendrait le droit à la vie de tous, y compris les pauvres, les handicapés et les non-nés.

Il a débuté son discours en brandissant un morceau de charbon et en déclarant :

Ladies and gentlemen, this is a piece of coal. And this is where my American story started. (Mesdames et Messieurs, ceci est un morceau de charbon. Et c’est là que mon histoire américaine a commencé)

Il a alors rappelé que son grand-père était un mineur. Mais il a immédiatement ajouté qu’il était venu aux Etats-Unis avant tout pour la liberté. Tout en disant cela, il a brandi un drapeau américain dans son autre main.

Il a ensuite raconté l’histoire de ses parents et de son enfance dans une petite ville minière. Si ses parents travaillaient dans un hôpital pour vétérans, la plupart des parents de ses amis travaillaient à la mine. Il a déploré le déclin économique dont est victime l’industrie manufacturière américaine depuis la fin des années 70. Il a indiqué que la responsabilité de ce déclin revenait au big government mais aussi au big business qui délocalise sans aucun remord puisque seul le profit compte. Il s’en est pris aux politiciens qui n’ont rien fait pour améliorer la situation (NB: rappelons tout de même qu’il a lui-même été sénateur pendant de nombreuses années). Enfin, il a également accusé les travailleurs non qualifiés issus de l’immigration d’avoir pris des emplois aux travailleurs américains et d’avoir accepté des salaires inférieurs, ce qui a entraîné une baisse générale des salaires dans le pays. C’est pourquoi il veut réduire l’immigration afin de donner la priorité aux travailleurs américains.

Santorum a également évoqué la politique étrangère en promettant que s’il était élu président, il vaincrait le terrorisme islamiste. Il a même raconté qu’il avait récemment eu sa photo affichée au rang des ennemis dans un magazine en ligne de l’Etat Islamique, ce qui lui fait dire que :

They know who I am and I know who they are. (Ils savent qui je suis et je sais qui ils sont)

Enfin, il a terminé son discours par une dernière promesse :

I will take money and power out of Washington and put it back where our Constitution says it belongs, in the people who earned it. The last race we changed the debate. This race, with your help and God’s grace, we can change this nation. (Je retirerai l’argent et le pouvoir de Washington et je le remettrai là où notre Constitution dit qu’il appartient, chez les gens qui le gagnent. Lors de la dernière campagne nous avons changé le débat. Lors de cette campagne, avec votre aide et la grâce de Dieu, nous pouvons changer cette nation)

LE TWEET

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LOGO DE CAMPAGNE

Le logo de campagne de Rick Santorum est tout simplement composé de la phrase Rick Santorum For President accompagnée d’un aigle américain.

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LE SITE WEB OFFICIEL

Le site web ricksantorum.com ressemble à celui des autres candidats. Une biographie, un programme, des liens pour rejoindre la campagne etc.

Dans sa biographie, Rick Santorum se présente comme un conservateur qui veut restaurer le rêve américain pour les américains qui travaillent dur. Il raconte son parcours et évoque notamment assez longuement son bilan en tant que député puis sénateur. À noter qu’en plus de sa propre biographie, on retrouve sur le site une rubrique contenant une petite biographie de chaque membre de sa famille. On peut même y apprendre quel est le plat préféré de chacun de ses enfants !

Son programme est divisé en huit points. Il s’agit de textes très courts ne contenant pas beaucoup de propositions concrètes. On vous résume cela ci-dessous.

SON PROGRAMME

D’un point de vue économique, Rick Santorum veut simplifier le code des impôts, réduire les dépenses du gouvernement fédéral et équilibrer le budget. Il dit vouloir se battre avant tout pour les travailleurs américains et redonner vie à des secteurs de l’économie tels que l’industrie ou la construction. Mais il ne détaille pas les mesures qu’il compte prendre pour y parvenir. Il signale toutefois sur son site web qu’il dévoilera son plan pour l’économie dans les semaines à venir.

Comme il l’a dit dans son discours, il veut également réduire l’immigration. Selon lui, les travailleurs immigrés sont embauchés pour des emplois non-qualifiés à un salaire moins élevé qu’un travailleur américain. Ils prennent donc non seulement la place d’un travailleur américain et en plus, leur concurrence déloyale a pour effet de faire baisser les salaires. Sur son site web, il dit vouloir réduire l’immigration de 1 million de personnes par an (le niveau actuel) à 750 000. Avec de tels propos, Santorum est l’un des candidats républicains à la rhétorique la plus dure envers l’immigration.

Concernant la politique étrangère, Santorum veut combattre l’Islam radical. Il a déjà déclaré qu’il était favorable à l’envoi de troupes au sol pour combattre l’Etat Islamique. Il est également un fidèle soutien de l’état d’Israël et un opposant aux négociations avec l’Iran.

Enfin, l’un de ses combats majeurs reste la défense de la famille traditionnelle. Il rappelle que le mariage devrait rester l’union d’un homme et d’une femme et qu’il est catégoriquement opposé à l’avortement.

UN HUCKABEE BIS ?

Rick Santorum a de nombreux points communs avec Mike Huckabee. Ils sont tous les deux d’ardents défenseurs des valeurs familiales traditionnelles (et donc de virulents opposants à l’avortement et au mariage gay), ils ont tous les deux travaillé comme commentateurs pour la chaîne Fox News, et ils ont tous les deux remporté plusieurs états lors des précédentes primaires républicaines (Huckabee en 2008 et Santorum en 2012). Ils se présentent tous les deux pour la deuxième fois et semblent tous les deux vouloir élargir leur base électorale chrétienne en insistant davantage sur l’économie et le social que lors de leur précédente campagne. Huckabee a mis l’accent sur la défense des intérêts des retraités alors que Santorum s’érige en défenseur de la classe ouvrière.

Ces dernières semaines, Santorum s’est fait remarqué pour une réaction plus consensuelle qu’Huckabee face au changement de sexe de Caitlyn Jenner. Il a déclaré :

My job as a human being is to treat everybody with dignity and respect. (Mon boulot en tant qu’être humain est de traiter tout le monde avec dignité et respect)

Mais cela ne doit pas faire oublier que lorsqu’il était sénateur, Santorum s’est fait remarquer à plusieurs reprises pour des déclarations tapageuses concernant l’homosexualité. La plus célèbre (et celle qui a déclenché le plus gros scandale) est la suivante, qui date de 2003 :

In every society, the definition of marriage has not ever to my knowledge included homosexuality. That’s not to pick on homosexuality. It’s not, you know, man on child, man on dog, or whatever the case may be. It is one thing. (Dans chaque société, la définition du mariage n’a à ma connaissance jamais inclus l’homosexualité. Ce n’est pas s’en prendre à l’homosexualité [que de dire cela]. Le mariage n’est pas l’homme sur l’enfant, l’homme sur le chien, ou peu importe le cas. C’est une seule chose [l’union d’un homme et d’une femme])

De nombreuses personnes s’étaient alors insurgées, considérant que Santorum assimilait l’homosexualité à la pédophilie et à la zoophilie.

En tout cas, Santorum vise bien le même électorat chrétien conservateur qu’Huckabee. Et celui-ci est également convoité par Ted Cruz (et dans une moindre mesure par Ben Carson). Or, pour l’instant, Santorum est le moins bien classé de ces quatre prétendants dans les sondages.

UN DÉBUT DE CAMPAGNE DIFFICILE

Rick Santorum est actuellement très bas dans les sondages (entre 2 et 3% des intentions de vote) et sa campagne ne semble pas beaucoup intéresser les américains. Il avait récemment organisé un rassemblement dans un restaurant de la ville d’Hamlin en Iowa. Il invitait les habitants à venir le rencontrer. Mais un seul s’est présenté au rendez-vous. La presse ne s’est bien sûr pas privée de rapporter l’événement (un journaliste de CNN était présent sur place) et de se moquer gentiment du candidat. Celui-ci est tout de même resté une heure sur place, buvant un milkshake tout en discutant avec les quelques personnes présentes.

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Il s’est aussi défendu en disant que la clé du succès dans des petits états comme l’Iowa n’était pas forcément de rassembler les foules mais de convaincre quelques personnes de se porter volontaires pour rejoindre son équipe de campagne. Et si vous prenez le temps de discuter avec les gens et de les écouter, ils ne manqueront pas de le répéter autour d’eux.

On ne peut cependant pas s’empêcher de penser que la campagne de Rick Santorum n’a pas très bien commencé. Il a bien sûr encore le temps de se rattraper. Il ne faut d’ailleurs pas oublier qu’en 2012, il était également mal classé dans les sondages quelques mois avant le début des primaires et qu’il était pourtant parvenu à remporter onze états et quatre millions de voix. Cependant, plusieurs membres importants de son équipe de 2012 travaillent cette année pour d’autres candidats. Son ancien directeur de campagne travaille ainsi pour Rand Paul alors que deux de ses anciens porte-paroles ont rejoint l’équipe de Mike Huckabee.

De plus, sa mauvaise position dans les sondages pourrait l’empêcher de participer au premier débat télévisé entre candidats républicains. Ce premier débat est prévu pour le 6 août. Mais les candidats aux primaires républicaines sont tellement nombreux que la chaîne Fox News, organisatrice de ce premier débat, a fait savoir que seuls les dix candidats les mieux classés dans les cinq derniers sondages réalisés au niveau national seraient invités. Rick Santorum a vivement critiqué cette décision. Il a rappelé qu’il n’était pas rare que des candidats soient crédités de très bons scores dans les sondages quelques mois avant les primaires et ne parviennent ensuite pas à remporter un seul état. Il a notamment cité l’exemple de Rudy Giuliani. Celui-ci était en effet le favori des sondages quelques mois avant les primaires républicaines de 2008 et avait pourtant réalisé de très mauvais scores. Il s’était même retiré de la course avant la fin des primaires. Santorum a également rappelé qu’en janvier 2012, il n’était crédité que de 4% dans les sondages réalisés au niveau national mais qu’il avait remporté le caucus de l’Iowa. Il avait ensuite confirmé en remportant dix autres états.

CONCLUSION

Comme en témoigne son début de campagne difficile, Rick Santorum fait partie des outsiders aux primaires républicaines. Mais il était dans la même position en 2012 et avait étonné tout le monde. Pourra-t-il à nouveau créer la surprise? Difficile à dire. Mais cela semble tout de même plus compliqué à réaliser cette fois-ci car il ne pourra peut-être pas faire entendre sa voix lors du premier débat télévisé. Et surtout, alors qu’il représentait en 2012 la seule alternative très conservatrice à Mitt Romney, il est cette fois-ci concurrencé sur ce terrain par plusieurs autres candidats comme Mike Huckabee, Ted Cruz ou Ben Carson.

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