LE CHALLENGE PATAKI

George Pataki a connu son heure de gloire en 1994 lorsqu’il est devenu le 53ème gouverneur de New York. Il a occupé ce poste pendant douze ans et a eu à gérer la crise des attentats du 11 septembre 2001. Il est aujourd’hui l’un des nombreux candidats républicains à la présidence. Et il est loin d’être le favori. Parviendra-t-il à déjouer tous les pronostics?

SA CARRIÈRE POLITIQUE EN UN COUP D’ŒIL

Maire de Peekskill (1981-1984)

Député à la Chambre des Représentants de New York (1985-1992)

Député au Sénat de New York (1993-1994)

Gouverneur de New York (1995-2006)

SON PARCOURS

George Pataki est né le 24 juin 1945 dans la petite ville de Peekskill, située dans l’état de New York. Ses quatre grands-parents étaient des immigrés qui avaient quitté leur pays pour s’établir aux Etats-Unis. Ils étaient d’origine hongroise, italienne et irlandaise. Ses parents sont quant à eux nés aux Etats-Unis. Son père était facteur et pompier volontaire. Le petit George a grandi dans la ferme familiale dans laquelle il travaillait aussi occasionnellement pour aider ses parents. Il a ensuite étudié à Yale et est devenu avocat.

En 1981, il devient le maire de sa ville natale. Sa carrière politique est lancée. Il sera ensuite député à la Chambre et au Sénat de l’état de New York avant d’en devenir le gouverneur. En 1994, il remporte l’élection pour le poste de gouverneur face au sortant démocrate Mario Cuomo. Ce n’est pas un mince exploit car Cuomo était très populaire à l’époque et surtout, parce que l’état de New York est réputé comme un état acquis aux démocrates. Pataki parviendra pourtant à en rester le gouverneur pendant douze ans, ce qui équivaut à trois mandats consécutifs.

Il était donc à la tête de l’état de New York lorsque celui-ci fut frappé de plein fouet par les attentats terroristes du 11 septembre 2001. Il gérera la crise avec le maire de la ville de New York, Rudy Giuliani.

Le président George W. Bush avec Rudy Giuliani, maire de New York (à gauche) et George Pataki, gouverneur de New York (à droite) quelques jours après les attentats du 11 septembre 2001
Le président George W. Bush avec Rudy Giuliani, maire de New York (à gauche) et George Pataki, gouverneur de New York (à droite) quelques jours après les attentats du 11 septembre 2001

Depuis la fin de son troisième et dernier mandat de gouverneur en 2006, Pataki n’a plus exercé aucune fonction politique. Il est aujourd’hui le patron de sa propre entreprise qui est active dans le secteur de l’énergie.

L’ANNONCE DE SA CANDIDATURE

George Pataki a annoncé sa candidature aux primaires républicaines le 28 mai. Ce jour-là, il a d’abord posté une vidéo sur son site web avant de prononcer un discours dans le New Hampshire.

LA VIDÉO

Le message central que Pataki entend délivrer dans cette vidéo de quatre minutes est un message d’unité. Les américains ne sont jamais aussi forts que lorsqu’ils s’unissent. Ils peuvent alors réaliser de grandes choses. Pour illustrer cette idée, Pataki utilise le souvenir des attentats du 11 septembre et de la reconstruction qui a suivi (et dont il a été un témoin privilégié en tant que gouverneur). Dans le moment qui est sans doute le plus marquant de la vidéo, on voit défiler des images du nouveau site du World Trade Center et de la nouvelle Freedom Tower. Et on entend la voix de Pataki déclarer :

When we stand together, we can accomplish anything. I saw that on the streets of New York in the days and weeks after September 11th. We understood we were all Americans who had been attacked and we’re going to rise up together and we did. We need to recapture that spirit, that sense that we are one people. (Lorsque nous nous serrons les coudes, nous pouvons accomplir n’importe quoi. J’ai vu cela dans les rues de New York dans les jours et les semaines qui ont suivi le 11 septembre. Nous avons compris que nous étions tous des américains qui avaient été attaqués et nous allons nous relever ensemble et on l’a fait. Nous avons besoin de retrouver cet esprit, ce sens que nous sommes un peuple)

À la fin de la vidéo, il répète que :

What unites us is so much more important than what might seems superficially to divide us. (Ce qui nous unit est bien plus important que ce qui pourrait sembler superficiellement nous diviser)

On voit alors apparaître à l’écran des images aux accents très patriotiques retraçant des événements importants de l’histoire du pays, comme le premier pas de l’homme sur la lune.

Bref, Pataki semble vouloir se présenter comme un candidat qui rassemble les gens plutôt que de les dresser les uns contre les autres. Et vouloir ranimer le patriotisme de ses concitoyens.

LE DISCOURS

Pataki débute son discours en insistant sur la notion de liberté qui a joué un rôle fondamental dans l’identité du pays. « The greatest country the world has ever known » (le plus grand pays que le monde n’ait jamais connu), comme il dit. Et il rappelle que ce sont des figures du Parti Républicain comme Abraham Lincoln, Theodore Roosevelt ou Ronald Reagan qui ont le mieux incarné et défendu cette liberté.

Il évoque ensuite sa famille et son enfance dans une petite ville. Les gens n’y étaient pas très riches mais ils croyaient au rêve américain et savaient que s’ils travaillaient dur, rien n’était impossible. Et ils savaient surtout que leurs enfants auraient une vie meilleure que la leur. C’était le cas de ses propres parents. Cela n’a pas toujours été facile pour eux mais aujourd’hui, grâce à leur travail, son frère est astrophysicien et lui est candidat à la présidence. C’est cette possibilité d’ascension sociale qui doit être préservée. Or c’est de moins en moins le cas et selon Pataki, la cause en est principalement un gouvernement fédéral devenu trop puissant et intrusif. Avec toutes ses réglementations, le gouvernement contrôle trop la vie des gens. Par exemple, en les obligeant à souscrire à une assurance santé ou en dictant aux enfants de tout le pays ce qu’ils doivent apprendre. Le gouvernement impose aussi trop de régulations et de taxes qui découragent ceux qui aimeraient créer des entreprises.

Pataki veut changer tout cela, ce qui signifie mettre fin à l’Obamacare et au Common Core, réduire les taxes sur les petites entreprises ou encore simplifier le code des impôts. Il dit que c’est ce qu’il a réussi à faire lorsqu’il était gouverneur. Il avait alors réduit la taille du gouvernement ainsi que les taxes et il était parvenu à équilibrer le budget. Il rappelle aussi que lorsqu’il est arrivé à la tête de l’état de New York, une personne sur onze dépendait de services d’aide du gouvernement. Lorsqu’il est parti, cela concernait un million de personnes en moins.

Pataki rappelle enfin qu’il était gouverneur au moment des attentats du 11 septembre et dit qu’il n’oubliera jamais la leçon de ceux-ci. Quelle est-elle? Que si on laisse l’Islam radical se développer et agir impunément ailleurs en se disant que cela ne menace pas les Etats-Unis, on fait erreur. Il faut attaquer l’Islam radical avant qu’il n’attaque le sol américain. C’est pourquoi il faut aider davantage ceux qui combattent l’Etat Islamique et si nécessaire, envoyer des troupes au sol pour le vaincre. Selon Pataki, assurer la sécurité des citoyens est le rôle principal du gouvernement. Aujourd’hui, il faut sécuriser la frontière afin de pouvoir contrôler qui entre sur le territoire américain et avec quelles intentions. Et surtout, il faut renforcer l’armée américaine (alors que Barack Obama est en train de l’affaiblir).

It’s time to strenghten our military. Not so that we can use it, but so that we don’t have to use it. (Il est temps de renforcer notre armée. Pas pour pouvoir l’utiliser, mais de façon à ce que nous n’ayons pas à l’utiliser)

Autrement dit, Pataki croit en la stratégie du peace through strenght (la paix par la force). Selon lui, Reagan a prouvé que c’était une politique qui fonctionnait. Mais il précise que les Etats-Unis ne doivent pas pour autant être les gendarmes du monde. Il explique que ses deux fils se sont engagés dans l’armée et ont servi en Irak et en Afghanistan. Il sait donc bien l’épreuve que c’est pour un parent que de savoir son enfant en train de combattre dans un pays lointain. Il ne veut infliger cette souffrance à personne tant que ce n’est pas absolument nécessaire. Il ne faut intervenir que si la sécurité des américains est en jeu. Mais on l’a compris, c’est selon lui bel et bien le cas avec l’Etat Islamique.

LE TWEET

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LOGO ET SLOGAN DE CAMPAGNE

Le logo de campagne de George Pataki indique sobrement Pataki For President.

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Son slogan de campagne est People Over Politics (Les gens avant la politique).

LE SITE WEB OFFICIEL

Le site web georgepataki.com contient les liens habituels pour contribuer à la campagne. On y retrouve aussi sa vidéo d’annonce de candidature.

Dans sa biographie, il retrace brièvement son parcours. Il rappelle que ses grands-parents étaient des immigrés et qu’il a grandi dans une ferme. Il rappelle également les différentes étapes de sa carrière politique, de maire de sa ville natale à gouverneur de New York. Il déclare aussi être marié et avoir quatre enfants et deux chiens.

On trouve également sur le site la biographie de sa femme Libby. On peut notamment y lire qu’elle travaille pour une organisation qui milite pour la préservation d’Israël en tant qu’état juif et pour que Jérusalem soit sa capitale unifiée. On peut se demander si cela ne pourrait pas poser un problème de conflit d’intérêts en cas d’élection de son mari à la présidence. En tout cas, Pataki a l’honnêteté d’afficher ouvertement l’appartenance de sa femme à cette organisation.

On ne trouve par contre aucun programme électoral sur le site. Autrement dit, hormis ce qu’il a déclaré dans son discours (suppession d’Obamacare et de Common Core, réduction fiscale, renforcement de l’armée et lutte contre l’Islam radical), on ne sait rien des mesures qu’il entend prendre en cas d’élection. Pataki est réputé pour être un républicain modéré concernant les questions du port d’armes, de l’avortement ou du mariage gay mais il semble bien éviter de le mettre en avant. Cependant, le simple fait de ne pas avoir parlé du second amendement ou de la lutte contre l’avortement dans son discours d’annonce semble indiquer que cela ne sont pas là des priorités pour lui.

POURQUOI SE PRÉSENTE-T-IL?

Malheureusement pour Pataki, c’est LA question que tous les observateurs se posent aujourd’hui aux Etats-Unis. Sur le papier, Pataki a tout ce qu’il faut pour être un candidat crédible. Bien plus d’ailleurs que Ben Carson ou Carly Fiorina qui n’ont aucune expérience politique. Son bilan en tant que gouverneur de New York est presque unanimement salué. Il a un profil comparable à celui de Mitt Romney lorsqu’il avait remporté l’investiture républicaine en 2012. Celui d’un républicain modéré devenu un gouverneur respecté dans un état de la côte Est traditionnellement démocrate (Mitt Romney fut gouverneur du Massachusetts de 2003 à 2007). Et pourtant, personne ne semble croire en ses chances et les médias ne s’intéressent que très peu à sa campagne.

Cela s’explique par l’anonymat dans lequel est retombé Pataki. Il a quitté son poste de gouverneur en 2006 et n’est quasiment plus apparu sur la scène publique depuis. Une éternité en politique ! Il n’est bien sûr pas le seul à n’avoir pas exercé de fonction officielle depuis plusieurs années. C’est également le cas de Jeb Bush ou de Mike Huckabee. Cependant, en raison de son nom, Jeb Bush n’a plus besoin de se présenter et surtout, il est fortement soutenu par une grande partie de l’establishment du parti. Quant à Mike Huckabee, il n’a jamais véritablement quitté le devant de la scène et a continué à faire parler de lui grâce à sa propre émission sur Fox News. Pataki est lui pour ainsi dire presque retombé dans l’anonymat le plus total. Dans un récent jeu télévisé de culture générale, aucun des candidats n’a même reconnu de qui il s’agissait lorsqu’on leur a montré sa photo.

Dans ces conditions, il sera très difficile pour Pataki de faire entendre sa voix (le nombre important de candidats n’arrange rien à l’affaire) et de récolter des fonds pour sa campagne. Il semble compter sur sa gestion des attentats du 11 septembre pour se rappeler au bon souvenir des citoyens américains. Mais si vous demandez aux américains de vous citer la figure politique qu’ils associent aux attentats, presque tous vont vous répondre Rudy Giuliani. Alors qu’ils ont géré conjointement la crise, Giuliani a beaucoup plus marqué les esprits que Pataki. Et cette popularité ne l’avait pas empêché d’échouer lamentablement aux primaires républicaines de 2008.

Il reste un peu de temps à Pataki pour se faire remarquer d’ici le début des primaires en janvier 2016. Il mène en ce moment une campagne intensive dans le New Hampshire. C’est dans cet état qu’aura lieu la première primaire, juste après le caucus de l’Iowa. Il semble espérer y réaliser un bon score et créer ainsi la surprise. Dans ce cas, tous les regards se retrouveraient enfin braqués sur lui. Mais pour l’instant, il reste classé très bas dans tous les sondages. Ce n’est donc pas gagné.

CONCLUSION

À moins d’un exploit retentissant, George Pataki ne remportera pas les primaires républicaines. Hormis dans l’état de New York dont il a été le gouverneur, il est retombé dans un tel anonymat qu’il repart de très loin pour se faire connaître des électeurs. Les médias ne semblent pas non plus l’aider dans cette tâche puisqu’on parle peu de lui. Nous avons pu le constater en préparant ce portrait. Nous avons trouvé beaucoup moins d’articles de presse consacrés à Pataki qu’aux autres candidats. Alors qu’il avait déjà songé à se présenter en 2008 et en 2012 avant de renoncer, Pataki a cette fois-ci décidé de se lancer. Un peu trop tard semble-t-il.

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