JEB, UN TROISIÈME BUSH À LA MAISON BLANCHE ?

Verra-t-on un troisième Bush accéder à la présidence des Etats-Unis? Jeb Bush est en tout cas le favori à l’investiture républicaine. Ou du moins, il l’était avant l’ascension fulgurante du milliardaire Donald Trump dans les sondages. Portrait de l’ex-gouverneur de Floride. 

SA CARRIÈRE POLITIQUE EN UN COUP D’ŒIL

Secrétaire au Commerce de l’état de Floride (1987-1988)

Gouverneur de Floride (1999-2007)

SON PARCOURS

Impossible de présenter Jeb Bush sans évoquer brièvement la famille Bush au sens large. Ou le « clan Bush » comme le décrivent certains. C’est en effet en grande partie en raison de son héritage familial que Jeb Bush est considéré comme le favori à l’investiture républicaine et qu’il retient particulièrement l’attention des médias. Tout le monde se pose la même question : est-il possible que les américains élisent un troisième Bush à la Maison Blanche?

Voici un arbre généalogique de la famille Bush pour ceux qui ne la connaîtraient pas encore bien. Les spécialistes sont autorisés à sauter quelques lignes 😉

Arbre généalogique de la famille Bush (Source: Washington Post)
Arbre généalogique de la famille Bush (Source: Washington Post)

Vous ne trouvez pas Jeb? C’est normal. Son véritable nom est John Ellis Bush. Jeb n’est qu’un surnom qui correspond à ses initiales : J pour John, E pour Ellis et B pour Bush. Autre petite précision : les cases coloriées en rouge représentent les membres de la famille ayant exercé ou exerçant des fonctions politiques (tous sous les couleurs du Parti Républicain). Faisons les présentations.

Prescott Bush, le grand-père de Jeb, est né en 1895 dans l’Ohio. Il a combattu lors de la Première Guerre Mondiale avant de faire carrière dans le monde des affaires. Il a également fait de la politique puisqu’il a été sénateur du Connecticut de 1952 à 1963. Il est décédé en 1972 et est enterré à Greenwich, au Connecticut. Avec sa femme Dorothy Walker (de son nom de jeune fille), il a eu cinq enfants dont George Herbert Walker Bush, plus communément appelé George H.W. Bush ou tout simplement George Bush.

George H. W. Bush choisit de mettre ses études entre parenthèses pour s’engager dans l’armée suite à l’attaque de Pearl Harbor. Il a tout juste dix-huit ans et devient le plus jeune pilote de l’US Navy. Il participe à la Seconde Guerre Mondiale en effectuant de nombreuses missions dans le Pacifique. À son retour de la guerre, il termine ses études à la prestigieuse université de Yale. Il part ensuite s’installer au Texas où il se lance d’abord dans le business du pétrole puis dans la politique. Il sera d’abord élu député à la Chambre des Représentants (1967-1971). Il occupera ensuite le poste d’ambassadeur des Etats-Unis auprès des Nations Unies (1971-1973), d’ambassadeur des Etats-Unis en Chine (1974-1975) et de directeur de la CIA (1976-1977). En 1980, il est candidat à la présidence mais ne parvient pas à remporter les primaires républicaines. Il est battu par Ronald Reagan mais ce dernier lui propose ensuite d’être son colistier. Bush occupera le poste de vice-président des Etats-Unis pendant les deux mandats de Reagan (1981-1989). En 1988, il est de nouveau candidat à la présidence et remporte cette fois-ci l’élection. Il succède à Ronald Reagan et devient le 41ème président des Etats-Unis (1989-1993). En 1992, il échoue à se faire réélire. Il est battu par le candidat démocrate Bill Clinton. Certains Républicains attribuent encore aujourd’hui cette défaite à la présence du milliardaire Ross Perrot comme candidat indépendant sur les bulletins de vote. Celui-ci avait en effet réussi à obtenir près de 19% des voix au niveau national, ce qui est très rare pour un candidat indépendant. Or, certains estiment qu’il est très probable que les électeurs ayant voté Perrot auraient voté Bush en cas de duel Bush/Clinton et que Bush aurait alors remporté l’élection. Cela est bien sûr impossible à prouver mais il est certain que la candidature de Perrot a fait plus de tort à Bush qu’à Clinton. George Bush et sa femme Barbara ont eu six enfants. Du plus âgé au plus jeune : George Walker Bush (plus connu sous le nom de George W. Bush), Pauline (qui est morte d’une leucémie à l’âge de quatre ans), Jeb, Neil, Marvin et Dorothy. De ces six enfants, deux se sont lancés en politique : les deux fils aînés, George W. et Jeb.

George W. Bush a d’abord été gouverneur du Texas (1995-2000) puis président des Etats-Unis (2001-2009).

Jeb Bush a quant à lui été gouverneur de Floride (1999-2007) et espère désormais être le troisième membre de sa famille à devenir président des Etats-Unis.

Enfin, l’un des fils de Jeb, George Prescott Bush a été élu au poste de land commissioner* du Texas en novembre 2014. Il représente ainsi la quatrième génération de la famille Bush à occuper une fonction publique. Certains lui prédisent d’ailleurs un avenir politique brillant, notamment son oncle George W. Bush qui l’avait engagé dans son équipe de campagne lors de ses campagnes présidentielles de 2000 et 2004.

* Le land commissioner du Texas est à la tête du Texas General Land Office, l’agence qui s’occupe de la gestion des terrains appartenant à l’état du Texas et de l’exploitation des ressources naturelles présentes sur ces terrains.

George H.W. Bush, George W. Bush et Jeb Bush en 2001
George H.W. Bush, George W. Bush et Jeb Bush en 2001

Venons-en maintenant au parcours de Jeb. Il est né le 11 février 1953 à Midland, au Texas. Sa famille déménage ensuite à Houston où il passera la plus grande partie de son enfance. Lorsque Jeb a treize ans, son père est élu pour la première fois. Il devient député au Congrès et quitte donc Houston avec sa femme et leurs plus jeunes enfants pour s’installer à Washington. Mais Jeb restera lui à Houston afin de terminer son année scolaire. Il ne retournera en réalité plus jamais vivre avec ses parents. En effet, l’année suivante, il part étudier à Andover. Il s’agit d’une prestigieuse école secondaire très élitiste située dans le Massachusetts et fonctionnant comme un internat. Son grand-père Prescott, son père et son frère aîné y ont étudié avant lui. À l’âge de dix-sept ans, il part au Mexique dans le cadre d’un programme d’échange organisé par Andover. Il y rencontre Columba Gallo qui deviendra rapidement sa femme. Lorsqu’ils se marient,  Jeb n’a que 21 ans et Columba en a 19. Jeb Bush a donc la particularité d’être marié à une mexicaine et de parler couramment l’espagnol. Jeb et Columba auront trois enfants : George Prescott, Noelle et Jeb Jr. Leur mère étant mexicaine, ils sont considérés comme des Hispaniques.

Alors que son père et son frère aîné ont étudié à Yale, Jeb choisit de poursuivre ses études supérieures à l’Université du Texas. Il y obtient un diplôme de Latin American Studies. Après la fin de ses études, Jeb travaillera d’abord dans le secteur bancaire. Ce travail l’amènera à vivre trois ans au Venezuela avant de revenir aux Etats-Unis et de s’établir à Miami, en Floride. Il se lance alors dans le domaine de l’immobilier. Il sera notamment l’associé d’un immigré cubain devenu millionaire, Armando Codina.

En 1994, Jeb et son frère aîné George W. choisissent de se présenter tous les deux au poste de gouverneur. Le premier en Floride, le second au Texas. C’est un pari risqué puisqu’ils n’ont pour ainsi dire aucune expérience en politique*, si ce n’est celle d’avoir aidé leur père lors de ses propres campagnes électorales.

*Jeb a seulement occupé le poste de secrétaire au commerce de Floride pendant quelques mois. George W. n’a jamais occupé aucune fonction politique.

George W. remporte son pari au Texas mais Jeb échoue à se faire élire en Floride. Si l’on en croit la légende qui s’est construite autour de la famille Bush, ce résultat aurait surpris leurs parents qui auraient toujours considéré que Jeb était bien plus apte que son frère aîné à réussir une grande carrière politique. On raconte même que Jeb était le préféré des enfants Bush, celui dans lequel ses parents plaçaient les plus grands espoirs de réussite. Mais les parents Bush ont toujours nié cette version de l’histoire. Selon eux, tout cela a été largement exagéré par les médias. Ils nient avoir favorisé Jeb et nient également qu’il y ait une quelconque rivalité entre leurs deux fils aînés. Ceux-ci ont en effet toujours été plutôt proches et se sont toujours soutenu mutuellement, du moins publiquement. Si les deux frères s’entendent bien et ont le point commun d’être réputés pour avoir tous les deux un certain sens de l’humour, ils sont aussi très différents l’un de l’autre. Jeb est beaucoup plus introverti et moins à l’aise en public que son frère aîné. Son frère Marvin le décrit d’ailleurs comme « le membre le plus introverti et indépendant de notre famille ».

En 1995, Jeb se convertit au catholicisme, la religion de sa femme. En 1998, il se présente à nouveau au poste de gouverneur de Floride et remporte cette fois-ci l’élection. Dans le même temps, son frère est réélu à la tête du Texas. Leur père aurait déclaré à l’annonce des résultats que c’était le plus beau jour de sa vie. Jeb sera ensuite réélu en 2002 et occupera donc le poste de gouverneur de Floride jusqu’en 2007. Il n’a plus exercé aucune fonction politique depuis lors. Il a par contre créé sa propre entreprise, baptisée Jeb Bush & Associates. Celle-ci a plusieurs clients pour lesquels Bush et ses associés travaillent comme consultants. Cette nouvelle profession l’a considérablement enrichi. Dans un souci de transparence, Jeb Bush a rendu public trente-trois ans de recettes fiscales peu après avoir officialisé sa candidature à la présidence (plus que n’importe quel autre candidat). En consultant ces archives, on réalise qu’il a mieux gagné sa vie depuis 2007 qu’à n’importe quel autre moment. Entre 2007 et 2013, Jeb Bush & Associates aurait gagné 33 millions de dollars.

Source: Washington Post
Source: Washington Post

Un peu plus d’un tiers de ces revenus (12 millions de dollars) aurait été versé par le client principal, la banque Lehman Brothers devenue Barclays après la crise financière de 2008. En 2008, Lehman Brothers aurait même envoyé Jeb Bush en mission au Mexique. Le but de ce Project Verde était de convaincre Carlos Slim, l’un des hommes les plus riches de la planète, de racheter une partie de la banque qui était alors en grande difficulté. La mission a échoué et Lehman Brothers a fait faillite. La banque britannique Barclays a ensuite racheté la majeure partie des actifs de Lehman et a continué à employer Jeb Bush comme conseiller. Une autre grande partie des revenus de l’entreprise de Bush provient des discours rémunérés effectués par l’ex-gouverneur de Floride (8,1 millions de dollars). Enfin, le reste des revenus (12,9 millions de dollars) provient d’autres clients dont Jeb Bush n’a pas révélé tous les noms en raison, dit-il, de clauses de confidentialité. Entre 2007 et 2013, Jeb Bush & Associates aurait dépensé 2 millions de dollars en salaires pour ses employés. Parmi ceux-ci, la femme de Jeb Bush et l’un de ses fils, Jeb Jr. En mars dernier, celui-ci a racheté l’entreprise à son père qui a donc cessé toute activité professionnelle pour se consacrer exclusivement à sa campagne électorale pour la présidence.

Si les deux fils de Jeb ont plutôt bien réussi (l’un dans les affaires, l’autre en politique), Jeb a eu plus de problèmes avec sa fille puisque celle-ci a eu des problèmes d’addiction à la drogue. En 2002, elle avait même été condamnée à dix jours de prison après qu’on ait découvert qu’elle avait introduit de la cocaïne dans le centre où elle effectuait une cure de désintoxication. L’affaire avait bien sûr fait grand bruit à l’époque puisque son père était gouverneur de Floride et son oncle président des Etats-Unis. Elle semble aujourd’hui être guérie de ses addictions. Lors d’une récente réunion publique dans le New Hampshire, Bush a évoqué cette expérience personnelle douloureuse alors qu’il était interrogé sur le problème de la recrudescence du trafic de drogue dans le pays. Il a déclaré que cela avait été une expérience terrible à affronter en tant que père. Il semble défendre l’idée qu’il faut considérer les drogués avant tout comme des malades et non comme des délinquants, tout en luttant contre les trafiquants. Il défend aussi l’idée d’étendre le système des tribunaux de la drogue (drug courts) qui ont été mis en place dans plusieurs états américains ces dernières années. Ces tribunaux condamnent les drogués ayant commis des crimes non-violents à des peines réduites (et leur évitent donc l’incarcération) à condition qu’ils acceptent de suivre un programme afin de se faire soigner.

Pour l’anecdote, signalons enfin que Jeb Bush a entamé un régime en novembre 2014 et que ce dernier lui aurait déjà fait perdre près de vingt kilos.

L’ANNONCE DE SA CANDIDATURE

Jeb Bush a officialisé sa candidature à la présidence le 15 juin dernier à Miami.

LE DISCOURS

Jeb Bush a prononcé un discours d’une trentaine de minutes dans une salle du Miami Dade College. Il y a surtout insisté sur son parcours personnel et son bilan en tant que gouverneur de Floride. Que fallait-il retenir de ce discours?

  • La promesse d’une croissance économique annuelle de 4%

There is not a reason in the world why we cannot grow at a rate of 4% a year. And that will be my goal as president. 4% growth and the 19 million new jobs that comes with it. (Il n’y a aucune raison pour que nous ne puissions pas avoir un taux de croissance de 4% par an. Et cela sera mon objectif en tant que président. 4% de croissance et les 19 millions de nouveaux emplois qui vont avec)

Selon Bush, ces objectifs économiques sont atteignables et il l’a prouvé en Floride. Il a affirmé que lorsqu’il était gouverneur, la Floride avait connu une croissance économique de 4,4% et créé 1,3 millions d’emplois. Il a aussi rappelé avoir toujours adopté des budgets en équilibre et avoir fait baisser les impôts chaque année pendant huit ans.

  • L’éducation

Jeb Bush a insisté sur le thème de l’éducation, qui semble lui tenir très à cœur. Il a dit avoir réformé le système d’éducation en Floride, ce qui a permis d’améliorer les performances des élèves issus de familles aux faibles revenus. Il voudrait en faire de même au niveau fédéral afin que chaque enfant ait les mêmes chances. Il a aussi rappelé son engagement en faveur de l’accès à l’éducation pour les enfants handicapés. Selon lui, ceux-ci doivent avoir accès à la même éducation que les autres enfants.

They are not a problem. They are a priority. (Ils ne sont pas un problème. Ils sont une priorité)

  • Politique étrangère

Jeb Bush a critiqué le bilan de l’administration Obama en matière de politique étrangère.

From the beginning, our president and his foreign-policy team have been so eager to be the history makers that they have failed to be the peacemakers. (Dès le départ, notre président et son équipe de politique étrangère ont eu tellement hâte d’être les faiseurs d’histoire qu’ils ont échoué à être les faiseurs de paix)

Il dit vouloir redonner plus de moyens à l’armée dont le budget a diminué sous l’administration Obama et reconstruire les relations avec les alliés, notamment Israël. Il a aussi rappelé son opposition au rapprochement diplomatique avec Cuba. Mais il n’a pas parlé du Moyen-Orient.

  • Un incident imprévu

Au moment où Jeb Bush demandait au public d’applaudir sa mère présente dans la salle, des activistes pro-immigration se sont levés. Chacun d’entre eux portait un t-shirt arborant une lettre. L’ensemble formait le message Legal status is not enough (référence au fait que Jeb Bush est favorable à ce que les sans-papiers séjournant actuellement aux Etats-Unis aient le droit d’obtenir un statut légal mais pas la citoyenneté américaine). Curieusement, aucun passage du discours de Jeb Bush n’était consacré à la question de l’immigration. On a pu voir sur le visage de Jeb Bush qu’il était assez contrarié par ce qui était en train de se passer mais plutôt que de faire évacuer les protestataires de la salle, il a choisi de leur répondre en promettant que s’il était élu, il réglerait enfin le problème de l’immigration.

  • La famille

Jeb Bush n’a pas hésité à faire référence à son appartenance à une famille ayant déjà envoyé deux de ses membres à la Maison Blanche. Il a même plaisanté à ce sujet dans le but de démontrer que tout était possible aux Etats-Unis :

Take that from a guy who met his first president on the day he was born, and his second on the day he was brought home from the hospital. (Croyez-en quelqu’un qui a rencontré son premier président le jour où il est né, et son deuxième le jour où il a été ramené de l’hôpital à la maison)

Il a ensuite rendu hommage à ses parents :

Long before the world knew my parents’ names, I knew I was blessed to be their son. And they didn’t mind it at all when I found my own path. It led from Texas to Miami by way of Mexico. (Bien avant que le monde ne connaisse les noms de mes parents, je savais que j’étais béni d’être leur fils. Et cela ne les a pas du tout dérangé quand j’ai trouvé mon propre chemin. Il a mené du Texas à Miami en passant par le Mexique)

  • Le récit de la rencontre avec sa femme

Jeb Bush s’est montré quelque peu sentimental lors de son discours puisqu’il nous a fait le récit de la rencontre coup de foudre avec sa femme au Mexique :

Across a plaza, I saw a girl. She spoke only a little English. My Spanish was okay but really not that good. With some intensive study, we got that barrier out of the way in a hurry. (De l’autre côté d’une place, j’ai vu une fille. Elle parlait seulement un peu anglais. Mon espagnol était ok mais pas tellement bon. Grâce à une étude intensive, nous avons abattu très rapidement cette barrière)

  • Quelques mots en espagnol

À l’approche de la fin de son discours, Bush a déclaré vouloir s’adresser à tous les électeurs, « including the many who can express their love of country in a different language » (y compris ceux qui savent exprimer leur amour du pays dans une autre langue). Il a alors prononcé quelques phrases en espagnol, disant essentiellement que toutes les personnes partageant ses valeurs seraient les bienvenues dans sa campagne.

  • Et enfin, la déclaration qui a le plus retenu l’attention

Campaigns aren’t easy, and they’re not supposed to be. And I know that there are a lot of good people running for president. Quite a few, in fact. And not one of us deserves the job by right of resume, party, seniority, family, or family narrative. It’s nobody’s turn. It’s everybody’s test, and it’s wide open – exactly as a contest for president should be. (Les campagnes ne sont pas faciles, et elle ne sont pas censées l’être. Et je sais qu’il y a beaucoup de bonnes personnes candidates à la présidence. Un bon nombre, en fait. Et aucun d’entre nous ne mérite ce job en raison de son CV, de son parti, de son ancienneté, de sa famille, ou de l’histoire de sa famille. Ce n’est le tour de personne. C’est le test de tout le monde, et c’est très ouvert – exactement comme doit l’être une lutte pour la présidence)

LE TWEET

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LOGO ET SLOGAN DE CAMPAGNE

Le logo de campagne de Jeb Bush est Jeb ! et ne fait donc pas mention de son nom de famille. Il avait déjà utilisé le même logo lors de ses campagnes électorales en Floride.

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Jeb Bush ne semble pas avoir de véritable slogan de campagne pour l’instant mais il incite ses supporters à utiliser la formule #AllInForJeb sur les réseaux sociaux afin de marquer leur soutien à sa candidature.

LE SITE WEB OFFICIEL (Jeb2016.com)

On y trouve une rubrique biographique qui débute par le récit de sa rencontre avec sa future femme au Mexique. Il décrit leur rencontre comme un véritable coup de foudre. Jeb Bush raconte ensuite qu’en 1994, il fut l’un des rares candidats républicains à perdre l’élection à laquelle il se présentait et avoue qu’il l’a mal vécu. Il dit que c’est suite à cette défaite qu’il a pris la décision de se convertir au catholicisme. Il parle ensuite de son action en tant que gouverneur de Floride. Il insiste particulièrement sur sa lutte pour faciliter l’accès à l’éducation des enfants handicapés. Il rappelle également qu’il a diminué les impôts chaque année et réduit le nombre d’employés dans la fonction publique. Il raconte également que ses opposants l’avaient surnommé Veto Corleone car il a mis son veto à plus de 2,500 lignes dans le budget de l’état. Enfin, il rappelle qu’il a eu à gérer quatre ouragans qui ont frappé la Floride en l’espace de quarante-quatre jours. Il dit que voir la solidarité déployée à cette occasion par les habitants reste l’un des moments les plus forts qu’il ait vécu en tant que gouverneur.

Une autre rubrique du site est intitulée News. Des informations sur la campagne ou des communiqués de Jeb Bush y sont régulièrement publiés, ainsi que la retranscription de certains de ses discours. Bush y a par exemple publié un billet sur ses impressions après sa visite à l’Iowa State Fair ou encore son opinion concernant le rapprochement diplomatique entre les Etats-Unis et Cuba.

On retrouve aussi sur le site les liens pour faire un don à la campagne, un lien pour accéder à une version du site en espagnol et une boutique en ligne. Cette dernière a été qualifiée par le Washington Post de « most hipster campaign merchandise store of all time » (la marchandise de campagne la plus hipster de tous les temps). On peut notamment s’y procurer un t-shirt vintage sur lequel est imprimée une photo de Jeb dans les années 70, lorsqu’il avait les cheveux longs et portait une moustache.

Tank-Top

Par contre, pas la moindre trace d’une rubrique consacrée au programme du candidat sur le site. Bien sûr, dans la rubrique News, il a déjà publié certains articles consacrés à certaines problématiques (notamment son programme concernant l’immigration) mais on peut tout de même s’étonner de l’absence d’un programme complet.

Enfin, la page d’erreur 404 du site de Jeb Bush est assez originale. On y voit une vieille photo d’un Jeb jouant au tennis, un sport qu’il pratiquait régulièrement étant plus jeune. Le message d’erreur fait référence à des problèmes avec le net, mot qui peut bien sûr désigner à la fois le filet au tennis et Internet.

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SON PROGRAMME

Comme nous venons de le signaler, le site web du candidat Bush ne contient pas un programme électoral complet. Attardons-nous sur deux sujets qu’il a déjà longuement évoqués : la politique étrangère et l’immigration.

LA POLITIQUE ÉTRANGÈRE

Le 11 août, Jeb Bush a prononcé un discours consacré à la politique étrangère à la Ronald Reagan Presidential Library. Le but de ce discours était de présenter son programme pour lutter contre le terrorisme en Irak et en Syrie.

Bush a accusé Barack Obama et Hillary Clinton d’être responsables des troubles actuels au Moyen-Orient en raison de leur décision de retirer les troupes d’Irak. Les opposants de Jeb Bush ne se sont bien sûr pas fait prier pour dénoncer le fait que celui-ci ne mentionnait pas la guerre d’Irak lancée par son frère en 2003 comme la première cause du chaos actuel dans la région. Tout juste a-t-il déclaré que :

No leader or policymaker involved will claim to have gotten everything right in the region, Iraq especially. (Aucun leader ou législateur impliqué ne prétendra qu’il ne s’est jamais trompé dans la région, surtout en Irak)

Mais il a tout de suite enchaîné en disant que malgré certaines erreurs et certains revers militaires, la victoire avait finalement été atteinte grâce à la nouvelle stratégie mise en place en 2007. C’est la décision de Barack Obama de retirer les troupes qui a ensuite été l’erreur fatale qui a ramené le chaos dans la région et permis la montée en puissance de l’Etat Islamique.

Bush a qualifié l’Etat Islamique de « genocidal terrorist army » (armée terroriste génocidaire). Il a rappelé que l’organisation persécutait les chrétiens et autres minorités religieuses mais aussi de très nombreux musulmans innocents. Il s’est ensuite montré déterminé à agir contre l’organisation. Comment compte-t-il s’y prendre?

En Irak

1) Soutenir les forces irakiennes qui ont la volonté de vaincre l’Etat Islamique mais qui manquent de moyens.

2) Apporter un soutien aérien aux forces irakiennes qui combattent au sol.

3) Élargir le champ d’action des 3,500 soldats américains actuellement présents en Irak. Pour l’instant, ils ne font qu’entraîner les troupes irakiennes mais Bush aimerait qu’ils puissent également participer aux missions de combat à leur côté. Il dit aussi qu’il faudra peut-être envoyer des troupes supplémentaires mais sans avoir besoin d’une opération de grande envergure.

4) Soutenir davantage les Kurdes.

5) Renforcer la stratégie diplomatique pour renforcer les liens entre les différentes communautés irakiennes.

En Syrie

Pour Bush, la situation en Syrie est bien plus complexe qu’en Irak car il n’y a aucune force avec qui travailler sur place pour le moment. Il rappelle quelques chiffres : sur 23 millions de syriens, plus de 200,000 sont morts et 11 millions ont été déplacés ou ont fui le pays depuis le début du conflit. Il accuse là aussi l’administration Obama d’être à l’origine d’une énorme perte de crédibilité pour les américains dans la région. En cause, les paroles du président Obama qui avait déclaré que l’utilisation d’armes chimiques était une ligne rouge à ne pas franchir pour le régime de Bachar El-Assad sous peine de représailles. Or, celui-ci a franchi cette limite et les Etats-Unis n’ont rien fait. Pour Jeb Bush, l’objectif en Syrie doit être à la fois de vaincre l’Etat Islamique et de faire tomber le régime d’El-Assad. Comment s’y prendre?

1) Coordonner un effort international visant à réunir les différentes forces d’opposition syriennes modérées en un seul groupe que l’on pourra ensuite soutenir et avec qui on pourra travailler pour former un futur gouvernement après le départ d’El-Assad. Mais Bush ne précise pas comment on s’y prend concrètement pour parvenir à réunir ces différentes forces.

2) Recruter et former des combattants.

3) Établir des zones de sécurité dans le pays (à l’abri des attaques de l’Etat Islamique et du régime d’El-Assad).

4) Créer une zone d’exclusion aérienne au-dessus de la Syrie afin d’empêcher le régime d’El-Assad de continuer ses frappes aériennes sur les civils et d’empêcher l’Iran de continuer à ravitailler le régime.

Jeb Bush a également utilisé le terme evil lors de son discours pour désigner le terrorisme islamique. On doit la banalisation de l’utilisation de ce terme en politique étrangère à Ronald Reagan qui qualifiait l’URSS d’empire du mal (evil empire). George W. Bush avait ensuite remis le terme au goût du jour en 2002 en parlant d’axe du mal (axis of evil) pour désigner les états soutenant le terrorisme (principalement l’Iran, l’Irak et la Corée du Nord). La reprise du terme par Jeb Bush fait dire à ses opposants qu’il a la même vision manichéenne et néoconservatrice du monde que son frère. Il ressort en effet de son discours que Jeb pense, tout comme son frère, que l’Amérique se doit de combattre le mal dans le monde. D’ailleurs, sur 21 conseillers de campagne de Jeb Bush spécialisés en politique étrangère, 17 ont travaillé pour son frère à la Maison Blanche.

L’IMMIGRATION

Jeb Bush a rendu public son programme concernant l’immigration le 3 août dernier, soit trois jours avant la tenue du premier débat télévisé sur Fox News. Il semble très attaché à cette problématique puisqu’il a publié un livre à ce sujet en 2013, intitulé Immigration Wars : Forging an American Solution.

La vision de Jeb Bush est axée sur deux idées principales qu’il entend combiner :

– D’une part, renforcer la lutte contre l’immigration illégale future.

– D’autre part, permettre aux illégaux déjà présents aux Etats-Unis (environ 11 millions de personnes) d’acquérir un statut légal. Ce point le distingue bien sûr fortement de Donald Trump, actuel leader dans les sondages, qui a lui annoncé vouloir expulser ces 11 millions de personnes du territoire ! Cependant, Jeb Bush n’est pas favorable à une amnistie générale (c’est-à-dire une régularisation automatique de tous les illégaux et la possibilité pour eux d’acquérir la nationalité américaine). Il préconise l’acquisition d’un statut légal de résident sans obtention de la nationalité. Pour acquérir ce statut, les illégaux devront entreprendre un certain nombre d’actions et notamment accepter de payer une amende pour avoir séjourné illégalement sur le territoire.

Le plan de Jeb Bush contient six propositions concrètes :

1) Mieux organiser le fonctionnement des patrouilles à la frontière

Contrairement à d’autres candidats, Bush ne promet pas d’augmenter drastiquement le budget alloué à la Border Patrol mais plutôt de mieux organiser son action. Il veut notamment que les patrouilleurs aient accès plus facilement aux zones à contrôler. Il propose de créer des casernes toutes proches de la frontière où les agents seraient stationnés plusieurs jours plutôt que de devoir se déplacer à chaque incident (et arriver souvent trop tard).

2) Utiliser les nouvelles technologies pour mieux surveiller la frontière

Il faut mieux surveiller la frontière afin de savoir où les choses vont se passer et où les agents devraient se déplacer en priorité. Il propose notamment d’utiliser des drones à cet effet.

3) Améliorer les infrastructures et faciliter l’accès aux terrains fédéraux

Bush propose de construire de nouvelles routes qui permettraient aux patrouilles d’accéder plus rapidement à des endroits isolés jusqu’ici. Il dit aussi que la construction d’une clôture* peut être utile à certains endroits, surtout à proximité des zones densément peuplées, afin de lutter contre les activités criminelles qui se développent autour de la frontière (principalement le trafic de drogue). Mais il ne fait pas de cette mesure la mesure principale de son plan ni une solution miracle. Enfin, il veut que les agents qui patrouillent à la frontière aient accès sans aucune restriction aux terrains fédéraux qui bordent la frontière. Ces territoires étant protégés, les patrouilles n’y ont pour le moment pas toujours accès.

*Bush utilise le terme fence (clôture) plutôt que wall (mur), utilisé par Trump

4) Obliger les employeurs américains à vérifier le statut légal de leurs futurs employés

Bush veut que les immigrants illégaux aient plus de mal à trouver un emploi, ce qui découragera l’immigration future. Il est en théorie déjà interdit aujourd’hui à un employeur d’embaucher un travailleur sans-papier sous peine d’amende mais la règle est loin d’être respectée. Bush propose de créer un E-Verify System, une base de données fédérale que les employeurs pourraient consulter facilement pour savoir si la personne qu’ils ont l’intention d’embaucher est bien en règle.

5) Identifier les personnes qui entrent légalement aux Etats-Unis mais qui prolongent ensuite leur séjour illégalement

On estime qu’environ 40% des personnes résidant actuellement illégalement aux Etats-Unis y sont entrées légalement avec un visa temporaire mais ont ensuite prolongé leur séjour illégalement après l’expiration de leur visa. C’est d’ailleurs pour cette raison que Bush ne considère pas la construction d’un mur à la frontière comme une recette miracle. Il propose de mettre en place un biometric exit system qui impliquerait de contrôler les personnes quittant le territoire (alors que pour l’instant les contrôles ont lieu presque exclusivement à l’entrée). Cela permettrait de savoir qui a quitté le territoire et par conséquent, qui ne l’a pas quitté alors que son visa est expiré. Ces personnes pourraient alors être recherchées et expulsées.

6) Sanctionner les sanctuary cities* qui empêchent la politique fédérale de lutte contre l’immigration illégale de fonctionner correctement. Bush veut sanctionner ces villes en ne leur allouant plus aucune aide fédérale.

*Ce terme désigne les villes qui mettent en place une politique de tolérance vis-à-vis des immigrants illégaux. Cela signifie en général qu’elles interdisent aux forces de police locales d’enquêter sur le titre de séjour des habitants. Ainsi, si une personne est arrêtée pour un délit, on ne va pas pour autant enquêter pour savoir si elle séjourne légalement ou non aux Etats-Unis. De même, ces villes refusent en général de transmettre les informations dont elles disposent aux services d’immigration fédéraux. Cela leur permet par exemple d’inciter des illégaux à collaborer sur des enquêtes liées au trafic de drogue sans pour autant craindre de se faire ensuite expulser. Il y aurait aujourd’hui environ 200 sanctuary cities aux Etats-Unis.

SA FAMILLE ET SA PERSONNALITÉ : ATOUTS OU POINTS FAIBLES ?

Le nom de famille de Jeb constitue à la fois un atout et un point faible. Il s’agit d’un atout car cela lui confère tout d’abord une énorme notoriété. Il n’a donc plus besoin de se faire connaître auprès des électeurs, ce qui permet de gagner beaucoup de temps dans une campagne. Ensuite, il peut profiter des réseaux familiaux pour obtenir des dons financiers importants pour sa campagne. Il aurait récolté 11,4 millions de dollars dans les seize jours suivant l’annonce de sa candidature. Et la plupart des personnes ayant fait des dons importants à sa campagne avaient déjà contribué aux campagnes de son père et de son frère. Mais son nom pourrait aussi être un désavantage pour Jeb. En effet, son frère reste un président très controversé et beaucoup d’américains ne semblent pas vouloir d’un troisième Bush à la Maison Blanche. George W. Bush aurait d’ailleurs lui-même récemment déclaré lors d’une conférence que le problème principal de Jeb n’était autre que lui. Il avait ensuite affirmé qu’il ne lui donnerait pas spécialement de conseils politiques pendant sa campagne mais qu’il serait là pour le soutenir comme doit le faire un membre de la famille. On peut donc s’interroger sur le rôle qu’aura George W. Bush dans la campagne électorale de Jeb. Il ne semble pas vouloir s’impliquer publiquement pour l’instant, en participant à des meetings par exemple. Mais dans les coulisses, c’est une autre histoire. On a ainsi appris qu’il allait participer à une récolte de fonds pour la campagne de Jeb à New York quelques jours avant la commémoration des attentats du 11 septembre. CNN rapporte également que fin octobre, George W. Bush et George H. W. Bush devraient organiser une récolte de fonds pour la campagne de Jeb à Houston.

Autre point important : la personnalité de Jeb Bush. Là aussi, difficile de dire s’il s’agit d’un point fort ou d’un point faible. Jeb est quelqu’un de direct et doté d’un certain sens de l’humour mais il est aussi assez introverti, ce qui n’était pas le cas de son frère. Depuis le début de la campagne et lors du premier débat télévisé entre candidats républicains, il s’est montré très calme et peu agressif envers ses adversaires. Il semblait vouloir davantage se concentrer sur la présentation de ses idées que sur les attaques personnelles. Par conséquent, sa campagne ne déchaîne pas les foules comme celle de Donald Trump. Mais Bush affirme être persuadé que son attitude sera récompensée à long terme. Il se décrit d’ailleurs comme la joyful tortoise (tortue joyeuse) de la campagne. Interrogé par un journaliste après le débat de Fox News, il a déclaré :

I’m not going to change who I am. It’s a little late in the game for me to do that. (Je ne vais pas changer qui je suis. C’est un peu tard pour cela)

Néanmoins, Bush semble avoir décidé de se montrer un peu plus agressif ces derniers jours vis-à-vis de Donald Trump qui le devance dans les sondages depuis le début de l’été.

CONCLUSION

Mi-juillet, Jeb Bush était encore crédité de 30% d’intentions de vote aux primaires républicaines dans les sondages. Aujourd’hui, ce chiffre a chuté à 13% et il est largement devancé par Donald Trump. Certains électeurs républicains semblent désormais le juger trop modéré, d’autres trop effacé. Et puis, il doit gérer l’héritage de la présidence de son frère et notamment la décision de celui-ci d’envahir l’Irak. Mais Jeb semble rester confiant. A-t-il raison? La tortue dépassera-t-elle le lièvre?

 

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