COMPTE-RENDU DU TROISIÈME DÉBAT RÉPUBLICAIN (CNBC)

Le troisième débat républicain, organisé par CNBC, a eu lieu ce mercredi 28 octobre à Boulder (Colorado). En voici le compte-rendu. 

INTRODUCTION

Plusieurs heures avant que le débat ne commence, un petit scandale éclatait déjà ! En effet, les équipes de campagne de certains candidats – notamment Chris Christie et Rand Paul – se sont plaintes auprès de la direction de leur parti en raison de la vétusté des green rooms (littéralement les loges, autrement dit la salle attribuée à chaque candidat et à son équipe pour préparer le débat) qui leur avaient été attribuées. Leur colère était d’autant plus grande que d’autres candidats mieux classés dans les sondages, comme Donald Trump ou Marco Rubio, s’étaient vus attribuer des locaux bien plus luxueux. La salle de Carly Fiorina disposait même d’un jacuzzi ! Un membre de l’équipe de campagne de Rand Paul a décidé de publier quelques photos sur Twitter et l’information a été rapidement reprise par la presse. Voici ces photos. La première est celle de la loge de Donald Trump et de son équipe, avec fauteuils en cuir et grand écran de télévision. La seconde, celle de Rand Paul. Shocking?

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(Source: twitter.com/LaCivitaC)

Les plaintes ont apparemment été entendues puisqu’un peu plus tard, le conseiller de Rand Paul publiait un nouveau tweet affirmant que le problème avait été réglé et qu’une nouvelle salle avait été attribuée à l’équipe du sénateur du Kentucky.

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Venons-en maintenant au débat. Il s’agissait du troisième débat républicain. Il avait lieu au sein de l’Université du Colorado, située dans la ville de Boulder. Il était organisé par la chaîne de télévision CNBC, qui est une chaîne spécialisée en économie. Il était donc prévu que le débat se focalise essentiellement sur les questions économiques. Il avait d’ailleurs été baptisé Your Money, Your Vote.

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Les dix candidats crédités de plus de 3% des intentions de vote dans les sondages étaient qualifiés pour le débat principal alors que les autres ont pu s’affronter lors d’un Happy Hour Debate.

Comme dans nos autres compte-rendus, nous vous présentons ici les propos que nous jugeons avoir été les plus significatifs. Il est possible que le compte-rendu vous paraisse plus court que les précédents et c’est probablement le cas. Plusieurs raisons à cela :

1 – Moins de thèmes ont été abordés puisque le débat portait exclusivement sur les questions économiques.

2 – Les candidats ont tendance à se répéter d’un débat à l’autre, défendant toujours les propositions qui sont les leurs. C’est somme toute logique mais avec le temps, on commence à connaître les grandes idées de chacun et il ne nous semble pas nécessaire de tout répéter à chaque fois.

3 – Le débat n’a duré que deux heures, publicité comprise. Et les pages de publicité ont été nombreuses.

4 – Le débat a été mal géré par les journalistes de CNBC (nous y reviendrons), ce qui l’a rendu moins intéressant que les deux débats précédents.

HAPPY HOUR DEBATE

Participants : Bobby Jindal, Rick Santorum, Lindsey Graham, George Pataki

Modérateurs : Carl Quintanilla, Becky Quick & John Harwood (tous journalistes à CNBC)

Durée du débat : 1h

Vainqueur : Lindsey Graham

Compte-rendu :

  • Quel taux d’imposition ?

Tous les candidats républicains prônent à la fois une diminution des impôts pour les particuliers et des cotisations sociales pour les entreprises, ce qui devrait permettre de relancer la croissance économique. Mais leurs plans ne sont pas tous exactement les mêmes pour autant. Bobby Jindal a indiqué qu’il voulait que tous les citoyens, sans exception, payent des impôts. Il estime qu’exempter complètement d’impôts les personnes les moins favorisées, comme le prévoient Jeb Bush ou Donald Trump, est une erreur. Il propose de passer à trois tranches d’imposition : 2%, 10% et 25%. Par contre, il veut supprimer totalement les cotisations sociales payées par les entreprises. Rick Santorum prône lui une flat tax de 20% pour tous les américains, quelques soient leurs revenus, et pour les entreprises.

  • Immigration et économie

Comme lors du précédent débat, Rick Santorum et Lindsey Graham ont affiché des opinions divergentes concernant la main-d’œuvre étrangère. Pour Santorum, il faut mettre fin à l’immigration car les immigrants constituent une main-d’œuvre bon marché et prennent la place des travailleurs américains. Graham estime quant à lui qu’il n’y aura bientôt plus assez de travailleurs américains pour financer les retraites. Les Etats-Unis ont donc besoin de main-d’œuvre étrangère. Cette immigration doit simplement être mieux encadrée. George Pataki a ajouté que certains employeurs ne parviennent pas à trouver d’employés qualifiés dans certains domaines. Il faut donc également revaloriser certains métiers techniques.

  • Le réchauffement climatique

Si certains candidats républicains se montrent encore frileux quand il s’agit de reconnaître la réalité d’un réchauffement climatique causé par l’action humaine, ce n’est pas le cas de Lindsey Graham ni de George Pataki. Graham a déclaré que lorsque 90% des scientifiques vous disent que c’est une réalité et que vous n’êtes pas scientifique vous-même, il est difficile de nier l’évidence. Concernant les mesures à prendre pour régler le problème, Pataki ne pense pas que la solution soit de prendre des mesures qui nuiraient à l’économie (comme l’instauration d’une taxe carbone par exemple). La solution est d’investir dans la Recherche&Développement afin de développer de nouvelles sources d’énergie et de nouvelles technologies qui seront bénéfiques à la fois pour l’environnement et pour l’économie. En effet, cela créera des emplois et les Etats-Unis pourront même exporter ces nouvelles technologies.

  • Rick Santorum et la bière

Rick Santorum nous a appris qu’il ne fallait pas s’inquiéter pour l’avenir du secteur de la bière aux Etats-Unis.

There are no shortage of breweries around the United States of America. (Il n’y a pas de pénurie de brasseries aux Etats-Unis)

Hourra ! Il était en fait interrogé sur le fait qu’un tiers des brasseries américaines appartiennent désormais à une seule grande compagnie et on lui demandait s’il fallait s’inquiéter d’un éventuel manque de compétitivité dans le secteur. Sa réponse est non.

  • Quelles sont les trois applications que vous utilisez le plus sur votre téléphone portable ?

Cette question a été posée à tous les candidats à la fin du débat. Voici leurs réponses :

JINDAL : Il a tout d’abord affirmé qu’il utilisait encore un BlackBerry et non un iPhone (I may be the last American out there without an iPhone / Je dois être le dernier américain à ne pas avoir d’iPhone). Il a ensuite déclaré qu’il l’utilisait principalement comme agenda, pour communiquer avec sa femme et ses enfants et pour s’informer sur Internet.

SANTORUM : Les applications de la MLB (le championnat de base-ball), de la NHL (le championnat de football américain) et du Wall Street Journal.

PATAKI : Uber et Twitter.

GRAHAM: Il a d’abord plaisanté : Well, number one, the only reason I have an iPhone is because I gave my number to Donald Trump. Don’t do that ! / Et bien, tout d’abord, la seule raison pour laquelle je possède un iPhone est parce que j’ai donné mon numéro à Donald Trump. Ne faites pas ça ! On se souvient qu’il avait dû se débarrasser de son ancien téléphone après que Donald Trump ait divulgué son numéro en public. Il a ensuite déclaré que l’application qu’il utilisait le plus était celle de Fox News, tout en s’excusant auprès de ses hôtes de CNBC.

Une seconde question insolite a ensuite été posée aux candidats avant de passer aux closing statements. Il s’agissait de savoir si le lendemain du Super Bowl (la finale annuelle du championnat de football américain) devrait être un jour férié. Des questions insolites avaient déjà été posées aux candidats lors des précédents débats mais elles semblaient tout de même pouvoir révéler quelque chose sur les croyances politiques des uns et des autres (par exemple, CNN leur avait demandé quelle femme ils souhaiteraient voir figurer sur le billet de 10$). Ici, l’intérêt de ces questions semblait vraiment limité. Il n’y eut d’ailleurs curieusement aucune question insolite de ce type lors du débat principal.

  • La phrase de la soirée

The number two guy went to the Soviet Union on his honeymoon and I don’t think he ever came back. (Le numéro deux est allé en Union Soviétique pour sa lune de miel et je pense qu’il n’en est jamais revenu)

Déclaration de Lindsey Graham concernant Bernie Sanders, numéro deux des intentions de vote démocrates derrière Hillary Clinton.

  • Vainqueur du débat : Lindsey Graham

Lindsey Graham est sorti vainqueur de ce Happy Hour Debate. Sa performance a d’ailleurs été saluée sur Twitter par les deux derniers candidats républicains à la Maison Blanche, John McCain et Mitt Romney. Si le soutien de John McCain n’est pas étonnant puisqu’il soutient la candidature de son ami Graham depuis le début, le commentaire de Mitt Romney est plus surprenant. D’autant plus qu’il ne s’exprime pas si souvent que cela sur Twitter.

Traduction: Bravo à Lindsey Graham pour un autre bon débat - il mérite définitivement d'être sur la scène principale la prochaine fois!
Traduction: Bravo à Lindsey Graham pour un autre bon débat – il mérite définitivement d’être sur la scène principale la prochaine fois!
Traduction: Après avoir écouté Lindsey Graham parler de politique étrangère ce soir, il est clair qu'il appartient à la cour des grands.
Traduction: Après avoir écouté Lindsey Graham parler de politique étrangère ce soir, il est clair qu’il appartient à la cour des grands.

Ceci étant dit, lors du précédent Happy Hour Debate sur CNN, Graham avait aussi été désigné comme l’auteur de la meilleure performance mais cela ne s’était jamais traduit par une amélioration de ses scores dans les sondages.

DÉBAT PRINCIPAL

Participants : Donald Trump, Ben Carson, Marco Rubio, Carly Fiorina, Jeb Bush, Ted Cruz, Mike Huckabee, Chris Christie, John Kasich, Rand Paul

Modérateurs : Les mêmes que lors du Happy Hour Debate

Durée du débat : 2h

Vainqueur : Marco Rubio

Compte-rendu : 

  • Le fiasco de CNBC

C’est sans doute un peu dommage de commencer par là mais il faut bien le dire, ce débat n’a pas été bien géré par les modérateurs de CNBC et a par conséquent été moins intéressant à suivre que les deux débats précédents. La pertinence des questions des journalistes a été remise en cause par de nombreux observateurs et par les équipes de campagne des candidats eux-mêmes. On leur reproche notamment d’avoir posé trop de questions qui s’apparentaient à des critiques personnelles que de vraies questions permettant aux candidats d’exprimer leur point de vue sur l’économie. Deux exemples parmi d’autres :

– À Donald Trump concernant sa campagne : Est-ce la version bande dessinée d’une campagne présidentielle?

– À Marco Rubio : Le fait que vous ayez connu des problèmes financiers personnels ne met-il pas à mal l’idée que vous puissiez gérer l’économie du pays? (en référence au fait que Rubio ait connu quelques difficultés à rembourser certains crédits et notamment son prêt étudiant, comme de nombreux américains). Il s’est défendu en disant qu’il était issu d’une famille très modeste et que justement, cela lui permettait de mieux comprendre les difficultés que pouvaient connaître les familles américaines.

Les journalistes se sont rapidement mis les candidats à dos et par conséquent, ceux-ci ne respectaient guère plus les règles. Ils dépassaient régulièrement le temps de parole qui leur était imparti ou prenaient la parole sans y avoir été invités. Les journalistes se mettaient quant à eux à couper régulièrement les candidats en plein milieu de leur intervention. Bref, tout cela ne faisait pas très sérieux. Et cette image de grand cafouillage a été renforcée par le fait qu’alors que les journalistes étaient déjà trois pour poser les questions, une quatrième personne apparaissait régulièrement pour poser une seule question avant de s’en aller ! À la fin, les journalistes semblaient dépassés par les événements. L’exemple suivant le montre bien : Becky Quick, l’une des journalistes, a accusé Donald Trump d’avoir critiqué Mark Zuckerberg (le patron de Facebook). Donald Trump a nié. Du coup, Becky Quick a déclaré tout haut : « Où ai-je lu cela? » avant de commencer à fouiller vainement dans ses notes. Et pourtant, il se trouve qu’elle avait raison et que Trump mentait ! Enfin, alors que Donald Trump rappelait qu’il avait fait pression avec Ben Carson pour que le débat ne dure que deux heures au lieu des trois heures initialement prévues, l’un des journalistes a nié, affirmant qu’il avait toujours été prévu que le débat ne dure que deux heures. Ce qui est faux. Ou alors toute la presse qui a relayé les informations sur les menaces de boycott de Trump et Carson était mal informée…

Certains candidats exaspérés s’en sont même pris directement aux journalistes, en critiquant la manière dont se déroulait le débat. Les charges les plus lourdes sont venues de Ted Cruz et Chris Christie.

  1. Ted Cruz

Cruz a été le premier à critiquer ouvertement la manière dont le débat se déroulait. Au lieu de répondre à une question qui venait de lui être posée, il a déclaré :

The questions that have been asked so far in this debate illustrate why the American people don’t trust the media. This is not a cage match. And, you look at the questions – « Donald Trump, are you a comic book villain? », « Ben Carson, can you do math? », « John Kasich, will you insult two people over here? », « Marco Rubio, why don’t you resign? », « Jeb Bush, why have your numbers fallen? ». How about talking about the substantive issues the people care about? (Les questions qui ont été posées jusqu’ici dans ce débat illustrent bien pourquoi les américains ne font pas confiance aux médias. Ce n’est pas un match de catch. Et quand vous regardez les questions – « Donald Trump, êtes-vous un méchant de bande dessinée? », « Ben Carson, pouvez-vous calculer? », « John Kasich, insulterez-vous deux personnes ici présentes? », « Marco Rubio, pourquoi ne démissionnez-vous pas? », « Jeb Bush, pourquoi vos chiffres dans les sondages ont baissé? ». Et si l’on parlait des vraies questions auxquelles les américains s’intéressent?)

Il fut fortement applaudi.

  1. Chris Christie

Alors qu’une question venait d’être posée à Jeb Bush concernant le fantasy football (un jeu en ligne où les joueurs créent leur propre équipe de football américain avant de s’affronter) et la nécessité ou non d’encadrer sa pratique, Christie s’est emporté :

Carl, are we really talking about getting government involved in fantasy football? We have $19 trillion in debt. We have people out of work. We have ISIS and Al-Qaeda attacking us. And we’re talking about fantasy football? Can we stop? (Carl, sommes-nous vraiment en train de parler du fait d’impliquer le gouvernement dans le fantasy football? Nous avons une dette de 19 mille milliards de dollars. Nous avons des gens au chômage. Nous avons l’Etat Islamique et Al-Qaïda qui nous attaquent. Et nous parlons de fantasy football? Pouvons-nous arrêter?)

Ces moments resteront comme des moments forts de la soirée. Ce qui donne une idée du niveau global du débat. Mais parlons du reste.

  • Quel est votre plus gros défaut ?

Cette question a été la toute première question posée aux candidats. La plupart n’y ont pas vraiment répondu comme vous pourrez le constater.

KASICH a répondu « Good question but I want to tell you… » (Bonne question mais je veux vous dire que…) avant d’enchaîner sur autre chose.

HUCKABEE a déclaré qu’il n’avait pas de défauts.

BUSH et RUBIO ont tous les deux donné la même réponse, à savoir qu’ils étaient optimistes et qu’ils continuaient de croire que l’avenir du pays serait positif. Est-ce vraiment un défaut?

CHRISTIE a dit que les défauts étaient plutôt présents chez les candidats démocrates.

FIORINA a plaisanté en disant qu’on lui avait reproché après le débat précédent de ne pas être assez souriante.

CRUZ a déclaré qu’il n’était pas toujours une personne très agréable mais qu’il était un combattant. « If you want someone to grab a beer with, I may not be that guy. But if you want someone to drive you home, I will get the job done and I will get you home » (Si vous voulez quelqu’un avec qui prendre une bière, je ne suis peut-être pas le bon gars. Mais si vous cherchez quelqu’un pour vous ramener chez vous, je ferai le boulot et je vous ramènerai chez vous).

TRUMP a déclaré qu’il faisait trop facilement confiance aux gens et qu’il ne savait pas pardonner quand quelqu’un le trahissait.

PAUL n’a même pas fait mine de répondre à la question. Il a commencé à parler de son opposition à une loi qui vient d’être votée par la Chambre des Représentants et qui doit encore passer au Sénat. Il s’agit d’une loi bipartisane sur le budget de l’état fédéral et qui permet d’augmenter une fois de plus le plafond de la dette. Il en a profité pour annoncer qu’il allait entamer un filibuster contre cette loi dès le lendemain du débat !

Et enfin, CARSON a donné une réponse quelque peu catastrophique :

A weakness would be not really seeing myself in that position [President] until hundreds of thousands of people began to tell me that I needed to do it. (Une faiblesse serait de ne pas vraiment me voir occuper cette position [celle de Président] jusqu’à ce que des centaines de milliers de personnes commencent à me dire qu’il fallait que je le fasse)

  • Les critiques de John Kasich

John Kasich a mis en garde contre les promesses électorales irréalistes de certains de ses adversaires. Il semblait viser particulièrement Trump et Carson qu’il avait déjà critiqués dans une interview la veille du débat.

We cannot elect somebody that doesn’t know how to do the job. You have got to pick somebody who has experience. (Nous ne pouvons pas élire quelqu’un qui ne sait pas comment faire le boulot. Il faut choisir quelqu’un qui a de l’expérience)

Se sentant visé, Trump répliquera en accusant Kasich d’être devenu méchant depuis que ses scores dans les sondages sont mauvais alors qu’il s’était engagé à ne pas attaquer les autres candidats pendant sa campagne. C’est curieusement la seule fois où Trump se montrera agressif envers l’un de ses adversaires.

  • Jeb Bush vs Marco Rubio

Ce fut sans doute le moment le plus important du débat. Alors que Marco Rubio venait d’être interrogé par l’un des journalistes sur ses absences répétées lors des votes au Sénat*, Jeb Bush a pensé que c’était le bon moment pour attaquer son ancien protégé.

*C’est une critique qui est faite de plus en plus régulièrement à Rubio. Celui-ci est sénateur de Floride mais depuis le début de sa campagne présidentielle, il semble avoir un peu tendance à l’oublier. Il aurait ainsi manqué 99 votes sur 291 depuis le début de l’année et 23 votes sur 29 depuis que le premier débat républicain a eu lieu le 6 août dernier ! Il est actuellement l’un des sénateurs au taux d’absentéisme le plus élevé. Il y a quelques jours, un journal de Floride (le Sun-Sentinel) a même appelé à sa démission dans un éditorial, arguant que les habitants de Floride l’avaient élu à ce poste pour qu’il représente leurs intérêts et que s’il n’aimait pas son job, il ferait mieux de démissionner. Rubio se défend en disant qu’il manque des votes comme tout sénateur qui fait campagne pour la présidentielle. Il a notamment cité les démocrates John Kerry en 2004 et Barack Obama en 2008. Est-ce légitime pour un sénateur élu de manquer de nombreux votes parce qu’il est occupé à faire campagne pour l’élection présidentielle? Chacun aura son avis sur la question mais les statistiques donnent raison à Rubio. Les sénateurs faisant campagne pour la présidentielle ont en général tendance à manquer de nombreux votes. Il est loin d’être le premier dans ce cas. De tous les sénateurs faisant campagne pour la présidentielle de 2016, il est le plus mauvais élève et il est légèrement plus souvent absent que Barack Obama en 2007. Par contre, John McCain en 2007 et John Kerry en 2004 avaient un taux d’absentéisme encore plus élevé que lui.

Voici l’échange entre les deux hommes, qui a rapidement tourné à l’avantage de Rubio :

BUSH : Marco, when you signed up for this, this was a six-year term, and you should be showing up to work. I mean, literally, the Senate, what is it? Like a French work week? You get, like, three days where you have to show up?* You can campaign, or just resign and let someone else take the job. (Marco, lorsque tu as signé pour cela, c’était un mandat de six ans, et tu devrais te montrer au travail. Je veux dire, le Sénat, qu’est-ce que c’est? C’est comme une semaine de travail française? Tu as trois jours où tu dois te montrer?* Tu peux faire campagne, ou juste démissionner et laisser quelqu’un d’autre faire le boulot)

*Notons que ce commentaire a été repris par la presse française et a suscité la colère de certains citoyens de l’Hexagone sur les réseaux sociaux. L’ambassadeur de France à Washington a même tenu utile de préciser que les Français travaillaient plus de trois jours par semaine.

RUBIO : Well, it’s interesting. Over the last few weeks, I’ve listened to Jeb as he walked around the country and said that you’re modeling your campaign after John McCain, that you’re going to launch a furious comeback the way he did, by fighting hard in New Hampshire and places like that, carrying your own bag at the airport. You know how many votes John McCain missed when he was carrying out that furious comeback that you’re now modeling after? (Et bien, c’est intéressant. Ces dernières semaines, j’ai écouté Jeb alors qu’il parcourait le pays et tu disais que tu allais modeler ta campagne comme celle de John McCain, que tu allais lancer un come-back insensé comme il l’a fait, en te battant durement dans le New Hampshire et ailleurs, en portant ta propre valise à l’aéroport. Sais-tu combien de votes John McCain a raté pendant qu’il menait ce come-back insensé que tu veux imiter?)

BUSH : He wasn’t my senator. (Il n’était pas mon sénateur) [ndlr: Bush est citoyen de Floride]

RUBIO : No Jeb, I don’t remember – well, let me tell you. I don’t remember you ever complaining about John McCain’s vote record. The only reason why you’re doing it now is because we’re running for the same position, and someone has convinced you that attacking me is going to help you. (Non Jeb, je ne me souviens pas – ok, je vais te dire. Je ne me souviens pas que tu ne te sois jamais plaint du bilan de vote de John McCain. La seule raison pour laquelle tu fais cela maintenant c’est parce que nous nous présentons au même poste, et que quelqu’un t’a convaincu que m’attaquer allait t’aider)

Et vlan ! Si la critique de Bush sur l’absentéisme de Rubio était peut-être fondée, ce dernier a rapidement retourné la situation à son avantage. Il est d’ailleurs assez frappant de voir qu’à chaque fois (ou presque) que Bush tente d’attaquer l’un de ses adversaires, c’est un échec. On avait ici presque l’impression qu’il se forçait à le faire à contrecœur.

  • Débat sur la Sécurité Sociale

Ce fut l’un des points intéressants du débat, qui a mis en évidence une différence de vue entre plusieurs candidats. Pour Chris Christie, la seule manière de sauver la Sécurité Sociale (qui menace d’être bientôt en faillite parce que les gens vivent de plus en plus vieux et qu’il n’y a plus assez de travailleurs par rapport au nombre de retraités) est de réduire les bénéfices accordés aux personnes retraitées gagnant plus de 80,000$ et les supprimer complètement pour les personnes retraitées gagnant plus de 200,000$. Mais Mike Huckabee est totalement opposé à de telles mesures. Pour lui, supprimer les bénéfices de la Sécurité Sociale à certains personnes s’apparente à du vol car ces personnes ont cotisé comme les autres. Ted Cruz a estimé que Christie et Huckabee avaient tous les deux raison. D’après lui, il ne faut rien changer pour les personnes déjà à la retraite mais commencer à modifier le système graduellement pour les personnes encore actives, notamment en repoussant l’âge du départ à la retraite.

  • Les phrases de la soirée

1.

I know the Democrats have the ultimate SuperPAC. It’s called the mainstream media. (Je sais que les Démocrates ont le nec plus ultra des SuperPAC. Ce sont les médias traditionnels)

Déclaration de Marco Rubio qui accuse donc la majorité des médias de soutenir les Démocrates. Il faudrait ici expliquer ce qu’est un SuperPAC mais il faudrait presque consacrer un article entier à ce sujet. En très gros résumé, les superPAC (PAC étant l’acronyme de Political Action Committee) sont des organisations qui soutiennent les candidats. Ils ne peuvent pas contribuer directement à la campagne du candidat qu’ils soutiennent mais ils peuvent en revanche dépenser leur argent dans des spots télévisés vantant les mérites de ce candidat.

2.

I may not be your dream candidate just yet, but I can assure you I am Hillary Clinton’s worst nightmare. And in your heart of hearts, you cannot wait to see a debate between Hillary Clinton and Carly Fiorina. (Je ne suis peut-être pas encore la candidate de vos rêves, mais je peux vous assurer que je suis le pire cauchemar d’Hillary Clinton. Et au fond de vous, vous êtes impatients de voir un débat entre Hillary Clinton et Carly Fiorina)

Déclaration de Carly Fiorina lors de son closing statement.

VAINQUEURS, PERDANTS ET AUTRES STATISTIQUES

Qui sont les vainqueurs et les perdants du débat ?

Il faudra bien évidemment attendre les premiers sondages pour confirmer mais nous pensons pouvoir dire que :

– Le grand vainqueur du débat est Marco Rubio. Il avait déjà été l’auteur de bonnes performances lors des deux premiers débats, mais il a véritablement brillé lors de celui-ci. Il est même systématiquement parvenu à tourner les questions les plus dérangeantes à son avantage. Sa prestation ayant suscité beaucoup d’engouement, il publiait le tweet suivant au lendemain du débat :

Traduction: Merci pour tout votre soutien! La nuit dernière a été géniale, mais ce n'était qu'un débat parmi d'autres. Ce sera une longue bataille & nous allons gagner.
Traduction: Merci pour tout votre soutien! La nuit dernière a été géniale, mais ce n’était qu’un débat parmi d’autres. Ce sera une longue bataille & nous allons gagner.

– Ted Cruz fut l’auteur de la meilleure performance après celle de Rubio. Chris Christie s’en est également plutôt bien tiré.

– Donald Trump s’est montré étonnamment calme et discret. Hormis une attaque envers John Kasich, il n’a pas critiqué ses adversaires. Quel changement par rapport aux deux débats précédents qui avaient tourné autour de sa personne ! Le fait que les autres candidats l’aient moins attaqué a sans doute joué mais tout de même… La question est de savoir s’il n’était juste pas en forme ou s’il s’agissait d’une véritable stratégie visant à démontrer qu’il était également capable de se comporter autrement?

– Sans être l’auteure d’une mauvaise prestation, Carly Fiorina n’a pas brillé comme elle l’avait fait lors des débats précédents. Elle a sans doute de quoi être déçue, d’autant plus qu’elle a dramatiquement chuté dans les derniers sondages et qu’une prestation brillante aurait donc été la bienvenue pour redresser la barre.

– Le grand perdant de la soirée est Jeb Bush, qui avait pourtant besoin d’une bonne performance pour redonner un coup de fouet à sa campagne. Après son attaque contre Rubio qui s’est retournée contre lui, il a paru effacé pendant tout le reste du débat, comme s’il accusait le coup. Et il n’a en plus pas eu beaucoup de temps de parole. Beaucoup de personnes risquent de commencer à se demander si Bush peut vraiment l’emporter, notamment parmi ses soutiens. Ceux-ci pourraient le lâcher pour rejoindre le camp de Rubio, qui est sans doute le candidat le plus proche de lui sur le plan politique mais qui se révèle bien meilleur dans les débats. On sait que Jeb Bush est bien plus à l’aise quand il s’agit de discuter de manière plus approfondie des questions politiques que de briller en quelques minutes grâce à des qualités innées d’orateur ou d’attaquer ses adversaires. Il ne l’a d’ailleurs jamais caché. Tout le monde sait que faire campagne n’est pas ce qu’il préfère dans le métier d’homme politique. Le lendemain du débat, il était cependant déjà de retour dans le New Hampshire pour un meeting. Il a aussi tenu à rassurer tout le monde en disant que sa campagne était la mieux organisée et la plus mobilisée de toutes et que les débats n’étaient qu’un aspect de la campagne électorale (tout en reconnaissant qu’il était conscient de devoir s’améliorer dans cet exercice).

– Outre la mauvaise performance de Jeb Bush, l’autre mauvaise note de la soirée est à attribuer à CNBC pour sa gestion du débat. Nous en avons déjà parlé. Après le débat, les statistiques de Twitter ont montré que quatre des cinq moments les plus commentés de la soirée sur le réseau social avaient été des moments où les candidats s’en étaient pris aux modérateurs du débat ! Et le président du Parti Républicain lui-même, Reince Priebus, a critiqué ouvertement la chaîne.

Traduction: CNBC devrait avoir honte de la manière dont le débat a été géré.
Traduction: CNBC devrait avoir honte de la manière dont ce débat a été géré.

On peut s’attendre à ce que les candidats et le Parti Républicain exigent des garanties de la part des organisateurs des prochains débats.

Terminons par quelques statistiques :

1 – Le temps de parole des différents candidats lors du débat

Source: Vox
Source: Vox

C’est peut-être là le seul bon point que l’on peut accorder à CNBC. L’écart entre la personne ayant le plus parlé et celle ayant le moins parlé est moins élevé que lors des précédents débats.

2 – Le débat a rassemblé 14 millions de téléspectateurs. C’est un beau score mais bien moins élevé que celui des deux premiers débats qui avaient rassemblé respectivement 24 et 23 millions de téléspectateurs. Il faut dire que CNBC avait de la concurrence avec la reprise des World Series de base-ball.

Le prochain débat républicain est déjà prévu pour le 10 novembre, soit dans moins de quinze jours ! Il sera co-organisé par Fox Business (la chaîne économique de Fox News) et le Wall Street Journal. On peut donc s’attendre à ce que les questions portent à nouveau principalement sur l’économie. Tous les regards seront probablement braqués sur Jeb Bush qui aura intérêt à rectifier le tir s’il veut continuer d’être considéré comme l’un des favoris à l’investiture.

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