COMPTE-RENDU DU QUATRIÈME DÉBAT RÉPUBLICAIN (FOX BUSINESS)

Le quatrième débat républicain avait lieu ce mardi 10 novembre à Milwaukee. En voici le compte-rendu. 

INTRODUCTION

Ce quatrième débat républicain avait lieu au Milwaukee Theater de Milwaukee (Wisconsin). Il était co-organisé par Fox Business – chaîne télévisée sur laquelle il était diffusé – et par le prestigieux Wall Street Journal. Comme lors du débat précédent, les questions devaient porter essentiellement sur l’économie. Il y avait par contre du changement au niveau des participants. Seuls huit candidats avaient été admis au débat principal, contre dix ou onze lors des débats précédents. Chris Christie et Mike Huckabee n’avaient en effet pas rempli les critères de sélection et étaient donc relégués sur la scène du Happy Hour Debate, en compagnie de Rick Santorum et de Bobby Jindal, habitués de ce rendez-vous. George Pataki et Lindsey Graham, qui avaient participé aux trois premiers Happy Hour Debates étaient quant à eux cette fois-ci absents.

Comme avant chaque débat, une petite histoire a animé les réseaux sociaux. Plusieurs journalistes ont publié des photos montrant que pour avoir accès à la connexion Wifi de la salle de presse, ils devaient taper le mot de passe StopHillary. Le Parti Républicain a confirmé être à l’origine du choix de ce mot de passe.

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Quant au prix du meilleur tweet de la soirée, il revient sans doute à Ted Cruz. Quelques minutes avant le début du débat principal, ce dernier partageait un message de CNN annonçant que Netflix venait de tomber en panne et y ajoutait le commentaire suivant : Plus d’excuse pour ne pas regarder le débat sur Fox News maintenant !

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HAPPY HOUR DEBATE

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Participants : Chris Christie, Mike Huckabee, Rick Santorum, Bobby Jindal

Modérateurs : Trish Regan, Sandra Smith (journalistes à Fox Business) et Jerry Seib (journaliste au Wall Street Journal)

Durée du débat : 1h

Compte-rendu :

  • Croissance économique et taux d’imposition

Le débat portant avant tout sur l’économie, les candidats ont été amenés à détailler leur plan en la matière. On a pu une nouvelle fois se rendre compte que d’un point de vue idéologique, tous les Républicains sont d’accord sur la manière de relancer la croissance économique et de créer de nouveaux emplois :

  1. Diminuer les impôts et les charges pesant sur les entreprises
  2. Simplifier la régulation de l’économie, par exemple en diminuant les contraintes pour les entrepreneurs

Ce qui les différencie est à quel point ils entendent réduire les impôts et comment ils entendent définir les différentes tranches d’imposition. Les quatre candidats ont eu l’occasion de s’exprimer à ce sujet. On leur a notamment demandé le pourcentage de leurs revenus que les américains devraient reverser à l’état s’ils parvenaient à la Maison Blanche.

CHRISTIE : La tranche d’imposition la plus élevée serait de 28% et la plus basse de 8%

JINDAL : Trois tranches d’imposition : 25%, 10% et 2%

SANTORUM : 20% pour tous les américains, quelque soit le montant de leurs revenus

HUCKABEE : Plus aucun impôt sur le revenu mais uniquement des taxes à la consommation (qui sont les mêmes pour tout le monde). C’est ce qu’il appelle la Fair Tax.

  • Relancer l’industrie manufacturière ?

Le débat avait lieu dans le Wisconsin, l’un des états les plus touchés par la crise de l’industrie manufacturière. Plus de 120,000 emplois y auraient été perdus dans ce secteur ces quinze dernières années. Le sujet a donc été évoqué. On sait que Rick Santorum s’érige depuis le début de sa campagne en défenseur de la classe ouvrière, qui est d’après lui complètement délaissée par la classe politique. Il avait même annoncé sa candidature depuis l’intérieur d’une usine. Il a réaffirmé que son plan économique devrait permettre d’éviter de nouvelles délocalisations. Mais il a aussi insisté sur le fait que certains employeurs ne trouvent pas d’employés qualifiés dans certains domaines. 250,000 postes de soudeurs seraient ainsi à pourvoir aujourd’hui aux Etats-Unis. Santorum estime donc qu’il faut revoir le système éducatif afin de revaloriser la formation à ce type de métiers techniques plutôt que de convaincre les jeunes que la seule manière de réussir est de faire des études universitaires. Mike Huckabee s’est aussi montré sensible à la cause des ouvriers, en déclarant qu’il ne voyait pas pourquoi on devrait se résigner au déclin de l’industrie manufacturière. La seule raison pour laquelle elle est en déclin est que les charges sur les entreprises sont trop élevées, ce qui les oblige à délocaliser dans des pays où la main-d’œuvre leur coûte moins cher. Mais si l’on mettait en place sa Fair Tax, on pourrait mettre un terme à ce processus.

  • Un Bobby Jindal en colère

Bobby Jindal a passé l’essentiel de son temps de parole à insister sur la nécessité absolue de réduire les dépenses de l’état fédéral. Il a insisté à de nombreuses reprises sur le fait qu’il était le seul de tous les candidats à avoir effectivement réduit le budget de son état en tant que gouverneur. Et il s’est montré très critique vis-à-vis de ses collègues républicains qui ne font d’après lui pour la plupart pas beaucoup mieux que les Démocrates une fois qu’ils arrivent au pouvoir. Il regrette notamment que malgré que les Républicains disposent d’une majorité au Congrès, des réformes comme l’Obamacare aient pu être mises en place.

You’re going to hear a lot of Republicans tonight in this debate and the next one talk about cutting government spending. It’s going to sound great. There’s only one of us that’s actually cut government spending. Not two, there’s one, and you’re looking at him. We’ve got four senators running. They’ve never cut anything in D.C. They give these long speeches called filibusters, they pat themselves on the back, nothing changes. […] We’ve got seven current and former governors running. I’m the only one that has cut government spending. Everybody else can talk about it. (Vous allez entendre beaucoup de Républicains ce soir durant ce débat et le prochain parler de réduire les dépenses du gouvernement. Cela va sembler super. Mais il n’y en a qu’un seul parmi nous qui a véritablement diminué les dépenses du gouvernement. Pas deux, un seul, et vous êtes en train de le regarder. Nous avons quatre sénateurs qui sont candidats. Ils n’ont jamais rien réduit à Washington. Ils font de longs discours appelés filibusters, ils se tapent dans le dos, rien ne change. […] Nous avons sept actuels ou anciens gouverneurs qui sont candidats. Je suis le seul qui a diminué les dépenses du gouvernement. Tous les autres ne peuvent qu’en parler).

Mike Huckabee, ancien gouverneur de l’Arkansas, a accusé Jindal de mentir et a déclaré qu’il avait lui aussi diminué les dépenses de son gouvernement de 11% entre 2001 et 2003, afin d’éviter d’avoir à augmenter les impôts en pleine crise économique.

Jindal a ensuite attaqué Chris Christie sur le même thème, l’accusant de ne pas avoir réduit les dépenses du New Jersey depuis qu’il en est le gouverneur et de n’être qu’un big government Republican. Il est allé jusqu’à déclarer :

Let’s not just beat Hillary. Let’s elect a conservative to the White House, not just any Republican. (Ne battons pas seulement Hillary. Élisons un conservateur à la Maison Blanche, pas n’importe quel Républicain)

Christie ne semblait pas vouloir aller à la confrontation puisqu’il a répondu à Jindal en le complimentant ! Il a déclaré que c’était un très bon gouverneur et qu’il avait beaucoup de respect pour lui. Il a ensuite ajouté que ce n’était pas très utile d’insister sur les différences entre eux mais qu’il fallait plutôt mettre l’accent sur les différence de leur camp par rapport aux rivaux démocrates. Ce à quoi Jindal a rétorqué :

This is an important debate. This is not about comparing Louisiana to New Jersey or Bobby to Chris. This is an important debate for the American people. This is supposed to be an economics debate. Let’s have a debate. Do we want to grow government or do we want to grow the American economy? (C’est un débat important. Il ne s’agit pas de comparer la Louisiane au New Jersey ou Bobby à Chris. C’est un débat important pour les américains. C’est supposé être un débat sur l’économie. Alors ayons un débat. Voulons-nous agrandir le gouvernement ou voulons-nous faire croître l’économie américaine?)

Chacun se fera son opinion sur le sujet mais il nous semble que Jindal ait plutôt raison sur ce point. En effet, Christie semblait suggérer que les différences de points de vue entre les différents candidats n’intéressaient guère les électeurs. Dans ce cas, pourquoi organiser des débats dans le cadre de primaires?

Finalement, Jindal a fini par déclarer :

Chris, look, I’ll give you a ribbon for participation and a juicebox. But in the real world, it’s about results. (Chris, écoute, je vais te donner un ruban pour ta participation et un juicebox*. Mais dans le monde réel, ce sont les résultats qui comptent)

*Terme qui désigne un berlingot contenant du jus de fruit

Pourquoi un juicebox? Personne ne semble avoir compris la référence mais cette déclaration a eu le mérite de bien faire rire les internautes qui ont fait de nombreuses blagues à ce sujet sur Twitter. Certains ont même proposé que l’on rebaptise les Happy Hour Debates en Juicebox Debates.

  • Mike Huckabee et les réfugiés syriens

Mike Huckabee a été interrogé sur la question des réfugiés syriens. Il est en effet l’un des rares candidats à s’être déclaré totalement opposé à l’accueil de réfugiés syriens aux Etats-Unis. Les journalistes lui ont demandé d’expliquer pourquoi. Son argument est double :

  1. Certains réfugiés pourraient en réalité être des terroristes de l’Etat Islamique profitant du flux pour s’infiltrer et commettre ensuite des attaques terroristes sur le sol américain. Il a même affirmé qu’un réfugié syrien sur cinq qui arrivait en Europe n’était en réalité pas syrien.
  2. L’état américain est endetté et a déjà du mal à prendre soin de ses propres citoyens. C’est l’argument classique Occupons-nous d’abord de nos propres sans-abris !

Et on le sait, Huckabee a toujours le sens de la formule :

Are we going to open the doors so that the ISIS people will come on in, and we’ll give them a place to stay, and a good sandwich, and medical benefits? My gosh, we have $19 trillion dollars in debt, we can’t even afford to take care of Americans. (Allons-nous ouvrir nos portes pour que des membres de l’Etat Islamique viennent, et leur donner un endroit où rester, et un bon sandwich, et des bénéfices médicaux? Mon Dieu, nous avons une dette de 19 mille milliards de dollars, nous n’avons même pas les moyens de prendre soin des américains)

  • Chris Christie et la Chine

Chris Christie s’en est violemment pris à la Chine qui a récemment été responsable de plusieurs cyber-attaques visant les Etats-Unis. Christie a avoué faire partie des victimes de l’un de ces piratages informatiques. Son numéro de sécurité sociale et ses empreintes digitales auraient notamment été dérobés. Il a regretté que le président Obama n’ait pas réagi. Il a déclaré que s’il était président, il se montrerait bien plus ferme à l’égard de Pékin et qu’il répondrait en révélant au peuple chinois des informations que son gouvernement ne voudrait pas qu’il découvre. Sans plus de précisions.

  • Le raté de la soirée

L’un des journalistes avait choisi de poser la question suivante aux candidats, arguant qu’il fallait pouvoir travailler avec les Démocrates :

Who in Congress do you most admire on the Democratic side? I need one name from each of you. (Qui au Congrès admirez-vous le plus dans le camp démocrate? Je veux que chacun d’entre vous me donne un nom)

Ce fut un échec complet puisque les candidats n’en ont fait qu’à leur tête et qu’aucun d’entre eux n’a daigné répondre à la question ! Bobby Jindal, qui était le premier à prendre la parole, a estimé qu’il s’agissait là du genre de « questions stupides » qui avaient fait l’échec du précédent débat. Huckabee a lui aussi refusé de répondre et a choisi à la place de rappeler que le Veterans Day avait lieu le lendemain du débat et qu’il fallait améliorer les conditions de vie des vétérans quand ils rentraient au pays. Christie a lui choisi de dire que les Démocrates ne soutenaient pas assez les officiers de police. Santorum est le seul à avoir plus ou moins répondu. Il n’a pas donné de nom mais a déclaré qu’il respectait le Parti Démocrate en général parce qu’ils se battaient pour imposer leurs idées.

  • La phrase de la soirée

All you have to do is listen to the last Democratic debate and you would think there was a Republican president in office the way they complained about how bad things are in America. (Tout ce que vous avez à faire est écouter le dernier débat démocrate et vous pourriez penser que c’est un président républicain qui est en poste tant ils se plaignent de combien les choses vont mal en Amérique)

Rick Santorum

  • La blague de la soirée

Mike Huckabee a fait une petite blague au sujet de sa femme, qui était présente dans le public. Lorsqu’on lui a demandé s’il laisserait Janet Yellen en poste à la présidence de la Fed (la banque centrale américaine) s’il était élu, il a répondu :

Well, my wife’s name is Janet and when you say Janet Yelling (du verbe To Yell qui signifie crier), I’m very familiar with what you mean. (Et bien, le prénom de ma femme est Janet donc lorsque vous parlez de Janet Yelling, je vois bien ce que vous voulez dire)*

*Yellen et yelling se prononcent presque de la même manière.

DÉBAT PRINCIPAL

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Participants : Donald Trump, Ben Carson, Marco Rubio, Ted Cruz, Jeb Bush, Carly Fiorina, John Kasich, Rand Paul

Modérateurs : Neil Cavuto, Maria Bartiromo (tous les deux journalistes à Fox Business) et Gerard Baker (rédacteur en chef du Wall Street Journal)

Durée du débat : 2h

Compte-rendu :

  • Faut-il augmenter le salaire minimum ?

C’est la première question qui a été posée, au moment où de nombreux syndicats militent pour une augmentation du salaire minimum à 15$ de l’heure. La question n’a pas été posée à l’ensemble des candidats mais Donald Trump, Ben Carson et Marco Rubio se sont tous les trois déclarés opposés à une telle augmentation.

Trump a déclaré que des salaires trop élevés nuiraient à la compétitivité des Etats-Unis sur la scène internationale. Certains l’attaquent déjà en estimant que c’est tout comme s’il avait déclaré qu’un salaire de 15$ de l’heure était un salaire élevé.

Ben Carson a affirmé qu’à chaque fois que le salaire minimum avait été augmenté, le chômage avait lui aussi augmenté. Pourquoi? Parce qu’un salaire minimum plus élevé incite les entreprises à recruter moins de travailleurs. D’après lui, cette mesure serait surtout défavorable pour les jeunes sans expérience qui auraient encore plus de mal à trouver un emploi. Or, le plus important lorsqu’on est jeune est de parvenir à se faire embaucher pour gagner de l’expérience et pouvoir évoluer par la suite.

Marco Rubio a lui déclaré que l’augmentation du salaire minimum n’était pas la solution car cela rendrait les salariés plus chers que les machines. La solution est de renforcer l’économie. Si l’économie se porte mieux, les salaires augmenteront automatiquement. Il a aussi affirmé, comme Rick Santorum lors du Happy Hour Debate, qu’il fallait revaloriser les métiers techniques comme celui de soudeur :

Welders make more money than philosophers. We need more welders and less philosophers. (Les soudeurs gagnent plus d’argent que les philosophes. Nous avons besoin de plus de soudeurs et de moins de philosophes)

Certains philosophes l’auront sans doute mal pris mais au-delà de cela, la presse a rapidement mené son enquête et révélé que l’affirmation de Rubio n’était pas tout à fait correcte. En effet, un soudeur et un philosophe gagnent environ le même salaire au début de leur carrière. Par contre, une fois arrivés en milieu de carrière, les philosophes gagnent bien davantage que les soudeurs. Mais ces chiffres ne concernent évidemment que les personnes qui parviennent à trouver un emploi correspondant à leur formation. Or, il est vrai (comme l’a affirmé Santorum lors du Happy Hour Debate) que le pays connaît une pénurie de soudeurs. Un soudeur est donc quasiment assuré de trouver un emploi, ce qui n’est pas le cas d’un philosophe.

  • Ben Carson et ses « mensonges »

Les journalistes ont posé une question à Ben Carson sur la polémique qui dominait l’actualité depuis quelques jours à son sujet. Nous vous en parlions dans notre dernier Weekly News Flash. Carson est soupçonné d’avoir menti sur certains épisodes de sa biographie, ou du moins de les avoir quelque peu embellis. Ben Carson a une fois de plus accusé la presse de s’acharner sur lui et de ne pas faire preuve d’autant de zèle vis-à-vis d’Hillary Clinton et de ses mensonges sur Benghazi.

I have no problem with being vetted. What I do have a problem with is being lied about and then putting that out there as truth. (Je n’ai pas de problème à être examiné de près. Mais j’ai un problème lorsque l’on dit des mensonges sur moi et qu’on les présente comme la vérité)

Les journalistes n’ont pas insisté davantage et sont rapidement passés à un autre sujet.

  • L’immigration illégale

Donald Trump a réaffirmé qu’il fallait mettre fin à l’immigration illégale et expulser tous les illégaux présents sur le territoire américain. Il a répété qu’il construirait un mur tout le long de la frontière entre les Etats-Unis et le Mexique. If you think walls don’t work, all you have to do is ask Israel (Si vous pensez que les murs ne fonctionnent pas, demandez à Israël), a-t-il ajouté.

John Kasich l’a rapidement critiqué en disant qu’il fallait renforcer le contrôle de la frontière pour éviter l’immigration illégale future mais qu’il était impossible de renvoyer 11 millions de personnes au Mexique. Il a affirmé :

It’s a silly argument. It’s not an adult argument. It makes no sense.(C’est un argument stupide. Ce n’est pas un argument d’adulte. Cela n’a aucun sens)

D’après Kasich, les personnes présentes illégalement aux Etats-Unis depuis un certain temps et n’ayant jamais commis de délit devraient pouvoir régulariser leur situation après avoir été sanctionnés d’une amende. Jeb Bush est allé dans le même sens, ajoutant qu’expulser autant de personnes était non seulement impossible mais aussi contraire aux valeurs américaines.

Donald Trump a répliqué en disant que le président républicain Dwight Eisenhower avait expulsé 1,5 millions de personnes dans les années 50. Il faisait référence à Operation Wetback, un programme d’expulsion qui a bien été mis en place en 1954. La US Border Patrol, avec l’appui du gouvernement mexicain, était chargée de trouver les mexicains présents illégalement sur le territoire américain et de les expulser. Ils étaient renvoyés au Mexique par bateau, train ou camion. Le programme a été très critiqué car les droits des personnes expulsées étaient très souvent bafoués. Ils ont été nombreux à se plaindre d’avoir été victimes de violences physiques de la part des agents chargés de les arrêter. De plus, lorsqu’ils étaient arrêtés, ils étaient parfois expulsés directement, sans pouvoir récupérer les biens dont ils disposaient aux Etats-Unis ou prévenir leur famille.

Ted Cruz a quant à lui déclaré qu’il trouvait insultant que les gens qui voulaient tout simplement faire appliquer la loi soient qualifiés d’anti-immigrants. D’après lui, lutter contre l’immigration illégale ne revient pas à être anti-immigrants. Il s’agit seulement de faire respecter la loi.

  • La gaffe de Ted Cruz

Ted Cruz a fait une petite gaffe qui n’était pas sans rappeler celle de Rick Perry en 2012. En effet, il a affirmé vouloir supprimer cinq agences gouvernementales. Il a alors entrepris de les citer mais a mentionné deux fois le Département du Commerce dans sa liste. Il n’en a donc cité que quatre et non pas cinq. Heureusement pour lui, les journalistes n’ont pas relevé son erreur et la gaffe est donc passée plus ou moins inaperçue.

  • Rand Paul et Marco Rubio débattent du budget de la défense

Ce fut sans doute l’un des moments les plus mémorables du débat. Et qui a permis à Rand Paul de mettre en évidence un point de vue qui le différencie fortement de ses concurrents. Il a en effet attaqué Marco Rubio au sujet de sa volonté d’augmenter le budget de la défense alors que le pays est endetté. D’après lui, augmenter sans compter le budget de la défense est une mesure qui va à l’encontre de vraies valeurs conservatrices. Voici un extrait de l’échange entre les deux hommes.

RUBIO : I do want to rebuild the American military. (Je veux reconstruire l’armée américaine)

PAUL : How is it conservative? (En quoi est-ce conservateur?)

RUBIO : I know that Rand is a committed isolationist. I’m not. I believe the world is a stronger and a better place when the United States is the strongest military power in the world. (Je sais que Rand est un isolationniste engagé. Je ne le suis pas. Je crois que le monde est un endroit plus fort et meilleur lorsque les Etats-Unis sont l’armée la plus forte du monde)

PAUL : Yeah but Marco ! Marco ! How is it conservative? How is it conservative to add a trillion-dollar expenditure for the federal government that you’re not paying for? (Oui mais Marco ! Marco ! En quoi est-ce conservateur? En quoi est-ce conservateur d’ajouter mille milliards de dollars de dépenses pour le gouvernement fédéral alors qu’il ne peut pas payer pour?)

RUBIO : Because… (Parce que…)

PAUL : How is it conservative? (En quoi est-ce conservateur?)

RUBIO :  Are you talking about the military Rand? (Tu parles de l’armée Rand ?)

PAUL : How is it conservative to add a trillion dollars in military expenditures? You can not be a conservative if you’re going to keep promoting new programs that you’re not going to pay for. (En quoi est-ce conservateur d’ajouter mille milliards de dollars en dépenses militaires? Tu ne peux pas être un conservateur si tu continues de promouvoir de nouveaux programmes pour lesquels tu ne peux pas payer)

RUBIO : We can’t even have an economy if we’re not safe. There are radical jihadist in the Middle East beheading people and crucifying Christians. A radical Shia cleric in Iran trying to get a nuclear weapon, the Chinese taking over the South China Sea… Yes, I believe the world is a safer – no, no, I don’t believe, I KNOW that the world is a safer place when America is the strongest military power in the world. (Nous ne pouvons même pas avoir d’économie si nous ne sommes pas en sécurité. Il y a des djihadistes radicaux au Moyen-Orient qui décapitent des gens et crucifient les Chrétiens. Un chiite radical en Iran qui essaye de se procurer l’arme nucléaire, les Chinois qui prennent le contrôle de la mer de Chine… Oui, je crois que le monde est plus sûr – non, non, je ne crois pas, je SAIS que le monde est plus sûr lorsque l’Amérique est l’armée la plus puissante du monde)

PAUL : No. I don’t think we’re any safer. I do not think we are any safer from bankruptcy court. As we go further and further into debt, we become less and less safe. This is the most important thing we’re going to talk about tonight. Can you be a conservative and be liberal on military spending? Can you be for unlimited military spending and say, Oh, I’m going to make the country safe? No, we need a safe country, but, you know, we spend more on our military than the next ten countries combined. I want a strong national defense but I don’t want us to be bankrupt. (Non. Je ne pense pas que nous soyons plus en sécurité. Je ne pense pas que nous risquions moins la faillite. Au plus nous nous endettons, au moins nous sommes en sécurité. C’est la chose la plus importante dont nous puissions parler ce soir. Peut-on être un conservateur et être libéral en ce qui concerne les dépenses militaires? Peut-on être pour des dépenses militaires illimitées et dire, Oh, je vais garder mon pays en sécurité? Non, nous avons besoin d’un pays sûr, mais, vous savez, nous dépensons plus pour notre armée que les dix pays suivants réunis. Je veux une défense nationale forte mais je ne veux pas que nous fassions faillite)

  • Trump, Poutine et la Syrie

Donald Trump a été amené à s’exprimer sur l’intervention russe en Syrie. ll a commencé par dire que la Russie n’était pas le seul pays qui représentait une menace pour les Etats-Unis. Il a notamment cité la Corée du Nord. D’après lui, personne n’en parle mais ce pays est dirigé par un fou disposant de l’arme nucléaire. Il a également cité la Chine. Concernant la Russie, il a affirmé qu’il était persuadé qu’il aurait une bonne relation avec Vladimir Poutine parce qu’ils ont un jour participé ensemble à la même édition de l’émission 60 Minutes ! Ils s’étaient parlé dans les loges et le contact était bien passé, explique-t-il.  Il ajoute ensuite qu’il ne comprend pas pourquoi tout le monde est opposé à l’intervention russe en Syrie. Si Poutine veut y aller et combattre l’Etat Islamique, tant mieux ! Jeb Bush est alors intervenu pour dire à Trump que ce n’était pas ce que la Russie faisait (ndlr: de nombreux rapports indiquent en effet que la Russie bombarde bien davantage les rebelles syriens s’opposant au président El-Assad que les combattants de Daech). Trump a rétorqué que les Etats-Unis ne pouvaient plus être les gendarmes du monde et que financer les rebelles en Syrie n’était pas une bonne idée car on ne sait pas exactement qui ils sont ni ce qu’ils veulent vraiment.

Jeb Bush a lui rappelé que le terrorisme était la plus grande menace à la sécurité des Etats-Unis et qu’il fallait agir davantage pour lutter contre les groupes terroristes. En Syrie, il plaide pour la mise en place d’une zone d’exclusion aérienne, un renforcement de l’aide aux rebelles et la création de « zones de sécurité » où les syriens pourraient se réfugier plutôt que de devoir prendre la route de l’exil. Il n’a pas donné plus de détails sur la mise en place de ces « zones de sécurité » mais on a du mal à imaginer leur mise en place sans l’envoi de troupes au sol. Notons également que Bush a fait un lapsus un peu malheureux lors de son intervention, puisqu’il a parlé de moderate islamist plutôt que de moderate muslim pour désigner les musulmans victimes du terrorisme.

  • Trump vs Fiorina

Comme lors du débat précédent (et contrairement aux deux premiers), Donald Trump n’a pas beaucoup attaqué ses concurrents. Mais il s’est tout de même emporté à un moment donné contre Carly Fiorina, alors qu’elle coupait la parole à Rand Paul. Why does she keep interrupting everybody? (Pourquoi continue-t-elle à interrompre tout le monde?), a-t-il lancé, ce qui lui a valu des sifflets de la part du public.

  • La phrase de la soirée

There are more words in the IRS code than there are in the Bible, and not a one of them is as good. (Il y a plus de mots dans le code des impôts qu’il n’y en a dans la Bible, et pas un n’est aussi bon)

Ted Cruz

QUE PEUT-ON DIRE DES PERFORMANCES DES CANDIDATS ?

Signalons tout d’abord que suite aux critiques concernant la gestion du dernier débat par les modérateurs de CNBC (voir notre compte-rendu ici), Fox Business s’était engagée à ce que son débat ne soit constitué que de questions sérieuses permettant aux candidats d’exposer leurs idées sur l’économie. Force est de constater qu’ils ont tenu parole. Certains observateurs ont même regretté que les modérateurs aient été trop conciliants, ne relevant jamais les incohérences des candidats. Par exemple, lorsque Ted Cruz n’a cité que quatre agences fédérales à supprimer au lieu des cinq annoncées, les journalistes n’ont même pas relevé. L’équilibre entre trop de questions s’apparentant à des attaques personnelles d’un côté et une trop grande complaisance de l’autre ne semble donc pas facile à trouver.

Qui a remporté ce débat? Il est difficile de désigner un grand vainqueur cette fois-ci. D’ailleurs, les différents articles que nous avons pu lire dans la presse américaine ne tiraient pas tous les mêmes conclusions à ce sujet. Voici ce que nous pensons pouvoir dire de la performance des différents candidats :

– Marco Rubio et Ted Cruz ont à nouveau été les auteurs de bonnes performances. Ils prouvent qu’ils sont sans doute les deux meilleurs orateurs du camp républicain. Mais ils ont chacun été l’auteur d’une gaffe. Rubio lorsqu’il a déclaré que les soudeurs gagnaient mieux leur vie que les philosophes et Cruz lorsqu’il a déclaré vouloir supprimer cinq agences fédérales avant d’en citer seulement quatre.

– Ben Carson n’a étonnamment été attaqué par aucun de ses adversaires au sujet des récentes polémiques concernant sa biographie. Certes, les candidats avaient fait savoir qu’ils voulaient que le débat porte sur des questions de fond et non sur des questions personnelles. Mais de nombreux observateurs prédisaient que Donald Trump, mécontent de s’être fait voler la première place dans les sondages par Ben Carson, l’attaquerait. Ce ne fut pas le cas. Quant aux journalistes, ils n’ont posé qu’une seule question à Ben Carson à ce sujet, sans trop insister. Carson a réussi à retourner cette question à son avantage en la transformant en attaque contre Hillary Clinton. Il s’en est donc plutôt bien tiré.

– Comme lors du précédent débat, la prestation de Carly Fiorina était loin d’être mauvaise. Néanmoins, elle n’est pas parvenue à briller comme elle avait pu le faire lors des deux premiers débats. On a parfois l’impression qu’elle répète exactement les mêmes phrases de débats en débats comme un robot. Certes, ces phrases sonnent bien et Fiorina est plutôt bonne oratrice. Mais ce qui avait pu impressionner lors des premiers débats ne surprend désormais plus.

– Rand Paul fut sans doute l’un des vainqueurs du débat, dans le sens où il a enfin réussi à faire entendre longuement ses opinions divergentes concernant la politique étrangère et les dépenses en matière de défense (notamment lors de l’échange qui l’a opposé à Marco Rubio). C’était certainement son meilleur débat depuis le début. Par contre, les opinions qu’il défend semblent être minoritaires auprès des électeurs républicains. Pas sûr donc que cette bonne performance ne l’aide vraiment dans les sondages.

– Donald Trump n’a que peu attaqué ses adversaires et s’est contenté de répéter les grandes lignes de son programme (reconstruire la grandeur de l’Amérique, construire un mur à la frontière…). Mais il a aussi largement montré ses limites, notamment dans ses réponses concernant la politique étrangère.

– John Kasich a pu faire étalage de ses positions modérées, que ce soit au niveau budgétaire ou concernant l’immigration. Mais pour ce faire, il a énormément interrompu les autres candidats. Ce qui pourrait avoir exaspéré le téléspectateur.

– Enfin, le cas Jeb Bush. Après sa performance désastreuse lors du précédent débat, tout le monde attendait de voir s’il allait être capable de rebondir. Il ne s’est en tout cas pas risqué à attaquer une nouvelle fois Marco Rubio. Aucun échange direct n’a eu lieu entre les deux hommes. Il a par contre mis en évidence à plusieurs reprises ses différences avec Donald Trump. Globalement, sa performance a été plutôt bonne. Pas brillante, mais correcte. La débâcle de CNBC ne semble donc plus qu’un lointain souvenir. Néanmoins, Bush ne sera sans doute jamais un grand orateur comme peuvent l’être Marco Rubio ou Ted Cruz. Il l’a d’ailleurs reconnu lui-même et a aussi avoué qu’il avait cette fois travaillé avec un expert en communication pour se préparer. Pourra-t-il encore s’améliorer d’ici le 15 décembre, date du prochain débat républicain?

Sachez enfin que le débat a réuni 13,5 millions de téléspectateurs, contre 14 millions pour le précédent sur CNBC.

 

 

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