ET MAINTENANT ? APRÈS LES ATTENTATS DE PARIS, L’AMÉRIQUE S’INTERROGE

Dans notre dernier Weekly News Flash, nous vous parlions des premières réactions américaines aux attentats de Paris. L’émotion a depuis laissé place à l’inquiétude. La question de la sécurité nationale se retrouve de nouveau au cœur du débat politique. Et les interrogations sont nombreuses. L’Amérique est-elle en guerre contre l’Islam radical? Que faire face à cet Etat Islamique qui menace dorénavant de frapper les villes de Washington et de New York? Faut-il envoyer des troupes au sol en Syrie? Faut-il continuer à accueillir des réfugiés syriens? Décryptage de ces questions qui font l’actualité outre-Atlantique.

TROIS DÉBATS À LA UNE

1Commençons par une image. Celle de la couverture du prochain TIME. On y voit la Tour Eiffel dont l’ombre vient mettre en évidence un titre d’article pour le moins évocateur : World War ISIS*.

*ISIS (Islamic State of Iraq and Syria) est le terme qu’utilisent le plus souvent les américains pour désigner l’organisation que nous désignons par le terme Etat Islamique ou Daesh. Ils utilisent également plus rarement ISIL (Islamic State of Iraq and the Levant) ou tout simplement Islamic State.

Cette Une illustre bien à quel point les attentats de Paris ont marqué les esprits au pays du 11 septembre 2001 et à quel point ils ont imposé le retour du thème de la sécurité nationale au cœur du débat politique.

On peut en réalité distinguer trois débats – même s’ils sont évidemment liés l’un à l’autre – qui ont agité la sphère politique américaine (et l’opinion publique) depuis un peu plus d’une semaine.

1 – FAUT-IL PARLER DE GUERRE CONTRE L’ISLAM RADICAL  ?

Le premier débat est celui du vocabulaire. Comment faut-il nommer l’ennemi qui a attaqué Paris et menace désormais de s’en prendre aux Etats-Unis? Alors que les Républicains utilisent le terme de Radical Islam (Islam radical) ou Radical Islamic Terrorism (Terrorisme islamique radical), le président Obama et les Démocrates préfèrent utiliser le mot Jihadists (Djihadistes), voire tout simplement Extremists (Extrémistes). Lors du débat démocrate qui avait lieu au lendemain des attentats de Paris, Hillary Clinton a refusé d’utiliser le terme Islam radical, et ses adversaires républicains le lui ont reproché. Quels sont les arguments des uns et des autres?

  • Pourquoi il faut éviter d’utiliser le terme Islam radical (selon Barack Obama, Hillary Clinton et les Démocrates)

Il faut éviter de parler d’Islam radical car les terroristes n’ont rien à voir avec l’Islam. Ils ne font qu’utiliser cette religion comme un prétexte pour justifier leurs atrocités. Utiliser le mot Islam pour se référer à eux contribuerait donc à la propagation de l’amalgame Islam = Terrorisme. Utiliser les termes terroristes, extrémistes ou djihadistes pour désigner les combattants de l’Etat Islamique (ou d’autres organisations terroristes) éviterait de tomber dans le piège de la stigmatisation. C’est la position qu’a défendue Hillary Clinton lors du débat démocrate, invoquant même l’exemple de George W. Bush. L’ancien président n’a en effet eu de cesse tout au long de sa présidence de faire la distinction entre Islam, religion de paix, et terrorisme. Quelques articles de presse ont d’ailleurs suggéré cette semaine, comme Hillary Clinton, que les membres actuels du Parti Républicain feraient peut-être bien de se remémorer les paroles de leur ancien président. De plus, et c’est là le deuxième argument des opposants à l’usage de la référence à l’Islam, la stigmatisation de l’Islam et des musulmans est l’un des buts recherchés par l’Etat Islamique. Les terroristes veulent précisément créer des tensions entre les communautés dans nos sociétés occidentales. On ne ferait donc que leur rendre service en contribuant à la propagation des amalgames car de jeunes musulmans se sentant rejetés sont autant de nouvelles recrues potentielles.

  • Pourquoi il faut appeler les choses par leur nom et utiliser le terme Islam radical (selon les Républicains)

Il est essentiel de bien nommer les choses et de les considérer pour ce qu’elles sont, sans se voiler la face. Comment vaincre un ennemi dont on refuse de reconnaître l’identité et les motivations? Or, que cela plaise ou non, l’Etat Islamique se revendique de l’Islam (c’est d’ailleurs inscrit dans son nom) et les combattants qui le rejoignent le font au nom de la foi islamique, même si leur version de cette foi est pervertie. L’Islam en soi n’est pas l’ennemi mais l’ennemi vit au sein de l’Islam. Si l’on refuse de reconnaître cela, on se prive d’un élément important de compréhension de la problématique à laquelle nous sommes confrontés. Marco Rubio résume ce point de vue de la manière suivante :

These are individuals motivated by their faith […] Of course, all Muslims are not members of violent jihadist groups. But there is a global jihadist movement in the world, motivated by their interpretation of Islam, in this case Sunni Islam, and it needs to be confronted for what it is. This is not a geopolitical movement. It’s a religiously oriented movement. (Ce sont des individus motivés par leur foi […] Bien sûr, tous les musulmans ne sont pas membres de groupes djihadistes violents. Mais il existe un mouvement djihadiste mondial, motivé par son interprétation de l’Islam, dans ce cas l’Islam sunnite, et il faut lui faire face pour ce qu’il est. Ce n’est pas un mouvement géopolitique. C’est un mouvement religieux)

Même Jeb Bush a adopté ce point de vue puisqu’il parle de Radical Islamic Terrorism (terme qu’il utilise davantage que Radical Islam) là où son frère ne parlait que de « terrorisme ».

À vous désormais de réfléchir et de choisir votre camp lexical en toute connaissance de cause 😉

2 – COMMENT COMBATTRE L’ETAT ISLAMIQUE ?

C’est peut-être le débat le plus important. Comment réagir après les attentats de Paris? Barack Obama doit-il changer de stratégie? Faut-il envoyer des troupes au sol en Syrie? Faut-il s’allier avec Vladimir Poutine pour vaincre l’Etat Islamique, et ce malgré ses liens avec le régime de Bachar El-Assad? Voire même, faut-il s’allier à Bachar El-Assad pour vaincre l’Etat Islamique? Notons que cette dernière question ne semble pas d’actualité aux Etats-Unis. Tous les candidats à la présidence continuent d’affirmer que le départ de Bachar El-Assad du pouvoir est indispensable. Il serait même impossible de vaincre l’Etat Islamique sans qu’il y ait une transition politique en Syrie.

  • Barack Obama

La politique étrangère du président américain est de plus en plus critiquée. Les reproches proviennent essentiellement de l’opposition républicaine mais pas uniquement. Certains parlementaires démocrates ont déjà émis des réserves, tout comme de nombreux observateurs étrangers. En juin dernier, l’ancien président démocrate Jimmy Carter égratignait également Obama. Il déclarait que celui-ci avait fait de bonnes réformes au niveau national (Obamacare notamment) mais que,

On the world stage, just to be objective about it, I can’t think of many nations in the world where we have a better relationship now than when he took over. (Sur la scène mondiale, pour être objectif, je ne vois pas beaucoup de nations dans le monde avec qui nous avons une meilleure relation aujourd’hui que lorsqu’il est arrivé au pouvoir)

I would say the U.S.’s influence and prestige and respect in the world is probably lower than it was six or seven years ago. (Je dirais que l’influence, le prestige, et le respect des Etats-Unis dans le monde sont probablement plus bas qu’il y a six ou sept ans)

Quand on sait qu’Obama a succédé à George W. Bush qui avait la réputation d’avoir énormément terni l’image de l’Amérique sur la scène internationale, ces paroles paraissent lourdes de sens.

Que reproche-t-on à Obama concernant la Syrie? Tout d’abord de ne pas être intervenu assez fermement contre Bachar El-Assad alors qu’il massacrait son propre peuple. On se souvient notamment qu’il avait menacé d’intervenir si le président syrien franchissait la « ligne rouge », c’est-à-dire l’utilisation d’armes chimiques. El-Assad a franchi cette ligne rouge et Obama n’a pas tenu sa promesse. Au-delà des conséquences désastreuses pour le peuple syrien, cela aurait complètement décrédibilisé les Etats-Unis sur la scène internationale. Et contribué à la montée en puissance de l’Etat Islamique (tout comme d’ailleurs le retrait prématuré des troupes américaines d’Irak en 2011). On lui reproche ensuite d’avoir sous-estimé la menace que représentait l’Etat Islamique et de ne pas avoir suffisamment soutenu les rebelles syriens et les Kurdes (en leur fournissant davantage de matériel militaire). Certains lui reprochent également de ne pas avoir mis en place une zone d’exclusion aérienne au-dessus du territoire syrien. Ils sont de plus en plus nombreux à penser que les frappes aériennes ne suffiront pas pour vaincre l’Etat Islamique et que le président doit donc absolument revoir sa stratégie. Mais Barack Obama est têtu. Après les attentats de Paris, il s’est engagé à soutenir la France et à poursuivre les frappes aériennes à ses côtés. Mais il a répété lors du G20 qui se tenait à Antalya, en Turquie, qu’il n’envisageait pas de changement de stratégie majeur. Visiblement agacé par les questions des journalistes, il a notamment affirmé que l’envoi de troupes au sol serait une erreur.

Not because our military could not march into Mosul or Raqqa or Ramadi and temporarily clear out ISIL, but because we would see a repetition of what we’ve seen before, which is if you do not have local populations that are committing to inclusive governance and who are pushing back against ideological extremes, that they resurface, unless we’re prepared to have a permanent occupation of these countries. (Pas parce que notre armée ne pourrait pas marcher sur Mossoul, Raqqa ou Ramadi et en chasser temporairement l’Etat Islamique, mais parce que nous assisterions à une répétition de ce que nous avons vu auparavant, c’est-à-dire que si vous n’avez pas de populations locales engagées dans un gouvernement inclusif et qui font reculer les extrêmes idéologiques, alors ceux-ci refont surface, à moins que nous soyons préparés à une occupation permanente de ces pays)

  • Hillary Clinton et les autres candidats démocrates à la présidence

Hillary Clinton a semblé vouloir se distancer quelque peu de Barack Obama cette semaine, en affichant une position plus interventionniste. Elle a déclaré qu’on ne pouvait pas se contenter de contenir l’Etat Islamique, mais qu’il fallait le vaincre. Elle milite pour un renforcement des frappes aériennes mais aussi pour la mise en place d’une zone d’exclusion aérienne et un appui militaire plus important aux combattants rebelles syriens et aux Kurdes. Elle semble par contre toujours opposée à l’envoi de troupes américaines au sol. Elle a aussi évoqué la nécessité d’agir sur Internet, pour bloquer les sites faisant l’apologie du terrorisme et qui permettent à l’Etat Islamique de recruter des combattants dans les pays occidentaux. Enfin, elle a aussi appelé à un meilleur partage des informations des services de renseignement des différents pays.

Bernie Sanders et Martin O’Malley, les deux autres candidats démocrates à la présidence, n’évoquent que peu le thème de la politique étrangère, qui ne semble pas être leur préoccupation majeure. On ne les a pas beaucoup entendus cette semaine. On sait en tout cas qu’ils sont catégoriquement opposés à l’envoi de troupes au sol.

  • Les Républicains

L’ensemble du camp républicain est très critique vis-à-vis de Barack Obama, comme nous l’avons mentionné ci-dessus. Ils appellent tous à combattre plus vigoureusement l’Etat Islamique qui a d’après eux déclaré la guerre à la civilisation occidentale. Il s’agit donc de combattre pour défendre notre manière de vivre et notre démocratie. Marco Rubio est allé jusqu’à évoquer un « choc des civilisations ».

Même Mitt Romney, ancien candidat républicain à la Maison-Blanche (battu par Obama en 2012), a pris la plume pour critiquer le président. Sa tribune est parue dans le Washington Post. Elle est intitulée Obama must wage war on the Islamic State, not merely harass it / Obama doit mener la guerre contre l’Etat Islamique, pas simplement le harceler. Romney craint que si Barack Obama ne change pas rapidement de stratégie, on assiste aux Etats-Unis au même type d’événements que ceux qui se sont déroulés à Paris.

Doing the minimum won’t make us safe. (Faire le minimum ne garantira pas notre sécurité)

Il appelle le président à discuter de la mise en place d’une nouvelle stratégie avec l’OTAN et les alliés arabes. Et si l’envoi de troupes au sol s’avère nécessaire, il faut s’y résoudre.

Jeb Bush semble vouloir se présenter comme le plus apte des candidats à gérer cette crise et à être le prochain commandant en chef. Il s’est rendu dans une académie militaire de Caroline du Sud pour prononcer un discours destiné à réaffirmer sa vision des choses. Si vous lisez l’anglais, il est possible de lire l’entièreté de ce discours ici. Bush y rend d’abord hommage aux victimes des attentats de Paris « dont le seul crime était de vivre dans la liberté ». D’après lui, c’est donc bien le « monde libre » qui a été attaqué, et il doit se défendre.

Radical Islamic terrorists have declared war on the western world. Their aim is our total destruction. We can’t withdraw from this threat, or negotiate with it. We have but one choice : to defeat it. (Les terroristes islamiques radicaux ont déclaré la guerre au monde occidental. Leur objectif est notre destruction totale. Nous ne pouvons pas nous retirer face à cette menace, ou négocier avec elle. Nous n’avons qu’une possibilité : la vaincre)

Que veut faire Bush en Syrie?

– Mettre en place une zone d’exclusion aérienne

– Créer des « zones de sécurité » pour les réfugiés

– Aider davantage les rebelles syriens et les Kurdes

– Envoyer des troupes au sol, en coalition avec les partenaires de l’OTAN et les alliés arabes

While air power is essential, it alone cannot bring the results we seek. The United States – in conjunction with our NATO allies and more Arab partners – will need to increase our presence on the ground. (La puissance aérienne est indispensable, mais elle ne peut pas à elle seule apporter les résultats que nous cherchons. Les Etats-Unis – de concert avec nos alliés de l’OTAN et plus de partenaires arabes – devront augmenter leur présence au sol)

Il ajoute que pour vaincre l’Etat Islamique, il faut aussi parvenir à la création d’un état syrien stable. Cela implique le départ de Bachar El-Assad. Il reconnaît que ce sera peut-être la partie la plus difficile.

Le discours de Bush ne s’arrête pas à la situation en Syrie. Il évoque également sa volonté de renforcer l’armée américaine pour faire face aux défis futurs. Il rappelle que ces huit dernières années, le budget consacré à la défense a été réduit de mille milliards de dollars, les effectifs ont été réduits et le matériel utilisé est vieillissant. Alors que d’autres nations comme la Chine investissent massivement dans le domaine militaire, ce n’est pas la bonne direction à suivre. Il s’engage donc à augmenter de nouveau le budget alloué à la défense, à investir dans l’achat de nouveaux avions et dans la cyber-sécurité et à recruter 40,000 nouveaux soldats.

Le pari de Jeb Bush, consistant à se présenter comme le candidat le plus compétent en matière de politique étrangère, est risqué vu l’héritage de son frère (car nombreux sont ceux qui estiment que ce dernier a une grande part de responsabilité dans le chaos actuel au Moyen-Orient, en raison de son intervention en Irak en 2003). Risqué mais pas insensé pour autant. En effet, les deux candidats qui font actuellement la course en tête dans les sondages, Donald Trump et Ben Carson, ne semblent pas avoir de vision claire concernant la politique étrangère. Il serait donc possible que les électeurs américains, vu la gravité de la situation, se détournent de Trump et Carson au profit d’un candidat plus expérimenté et dont le plan de lutte contre l’Etat Islamique paraît plus sérieux. Mais restera alors encore pour Bush l’adversaire Marco Rubio, qui semble faire le même calcul.

Marco Rubio n’a pas frappé aussi fort que Bush puisqu’il n’a pas fait de grand discours dans une académie militaire. Mais il s’est exprimé sur son site web ainsi que dans un article publié par Politico. Il y écrit qu’il est évidemment difficile de savoir exactement ce qu’il fera s’il arrive à la Maison Blanche puisque l’élection présidentielle n’aura lieu que dans un an et que la situation aura très certainement évolué d’ici là. Il choisit donc plutôt d’expliquer ce qu’il ferait s’il était à la place de Barack Obama aujourd’hui.

– Renforcer l’aide aux rebelles syriens et aux Kurdes

– Mettre en place une zone d’exclusion aérienne qui empêcherait Bachar El-Assad de continuer à bombarder son peuple et permettrait donc la création de « zones de sécurité » pour les civils syriens

– Envoyer des troupes au sol pour détruire l’Etat Islamique, au sein d’une coalition internationale

– Mettre la pression diplomatique sur le gouvernement irakien, dominé par des chiites, afin qu’ils accordent davantage d’autonomie aux sunnites. Rubio est ainsi le seul à évoquer l’importance du conflit idéologique entre sunnites et chiites et la nécessité d’agir aussi à ce niveau-là.

– Chasser Bachar El-Assad du pouvoir. Sans cela, la victoire contre l’Etat Islamique est impossible. Rubio dit d’ailleurs qu’il refuserait de s’associer à la Russie tant que celle-ci soutient le président syrien.

On le voit, le plan de Rubio est en réalité fort semblable à celui de Bush. Et bien qu’ils ne rentrent pas toujours dans les détails pratiques, les plans de Rubio et Bush semblent pour l’instant les plus complets. On pourrait y ajouter celui de Lindsey Graham qui a fait de la lutte contre l’Etat Islamique le point central de sa campagne bien avant les attentats de Paris. Il appelle depuis longtemps à l’envoi d’une force de 10,000 soldats américains en Syrie.

A contrario, les deux favoris actuels que sont Donald Trump et Ben Carson ne semblent avoir aucune stratégie précise. Leur position reste très floue. Trump a régulièrement appelé à bombarder en priorité les puits de pétrole contrôlés par l’Etat Islamique, qui sont sa première source de financement. Mais il n’a jamais présenté de plan précis. D’ailleurs, on a davantage entendu Trump et Carson s’exprimer cette semaine sur la problématique des réfugiés (voir ci-dessous) que sur celle de la lutte concrète contre l’Etat Islamique.

Notons enfin que si tous les candidats républicains critiquent Barack Obama et appellent à armer davantage les rebelles syriens et les Kurdes, l’envoi de troupes au sol ne fait lui pas encore l’unanimité. Voici comment l’on peut résumer la situation sur ce point, qui divise d’ailleurs aussi fortement l’opinion publique américaine (dans un récent sondage, 44% des américains se disaient favorables à l’envoi de troupes au sol en Syrie et 45% disaient y être opposés) :

Favorables à l’envoi de troupes au sol au sein d’une coalition internationale (sans citer de chiffre précis quant au nombre de soldats) : Marco Rubio, Jeb Bush, John Kasich, Chris Christie et Mike Huckabee. Mike Huckabee appelle aussi à la mise en place de sanctions contre les pays qui refuseraient de participer à la coalition.

Favorables à l’envoi de troupes au sol (10,000 hommes) : Lindsey Graham, Rick Santorum

Opposés à l’envoi de troupes américaines au sol : Ted Cruz, Rand Paul

Pas de réponse claire : Donald Trump, Ben Carson, Carly Fiorina, George Pataki

3 – FAUT-IL CONTINUER D’ACCUEILLIR DES RÉFUGIÉS SYRIENS ?

Au-delà de la question de la stratégie à adopter en Syrie, les attentats de Paris ont aussi relancé le débat sur l’accueil des réfugiés syriens aux Etats-Unis. De nombreux élus craignent que des terroristes puissent se faire passer pour des réfugiés afin d’accéder au territoire américain et d’y commettre des attentats. Cette crainte est renforcée par le fait que l’un des terroristes impliqués dans les attaques de Paris avait un passeport syrien et pourrait donc être entré en Europe comme réfugié. Nous utilisons le conditionnel car le passeport pourrait également être un faux. L’enquête à ce sujet n’est pas encore terminée. De plus, il ne faut pas oublier que tous les autres terroristes du commando étaient des citoyens européens et non des réfugiés syriens. Mais même s’il semble évident que la très grande majorité des réfugiés syriens fuient les atrocités commises dans leur pays par l’Etat Islamique et/ou le régime de Bachar El-Assad, la question suivante se pose : faut-il continuer d’accueillir des réfugiés syriens aux Etats-Unis? Peut-on prendre ce risque? Le débat a fait rage toute la semaine.

Commençons par quelques chiffres. Depuis 2013, les Etats-Unis ont accueilli près de 2,000 réfugiés syriens, ce qui ne représente qu’une goutte d’eau par rapport à l’effort consenti par les pays voisins de la Syrie, où l’essentiel des réfugiés syriens se concentre. Ils sont plus de 2 millions en Turquie, plus d’1 million au Liban, plus de 600,000 en Jordanie. C’est aussi très peu comparé à d’autres pays occidentaux. L’Allemagne et le Canada ont ainsi accueilli plus de 30,000 réfugiés chacun. Mais c’est plus que la France ou le Royaume-Uni.

Source: Vox, d'après les chiffres de l'UNHCR (Haut Commissariat aux Réfugiés des Nations Unies)
Source: Vox, d’après les chiffres de l’UNHCR (Haut Commissariat aux Réfugiés des Nations Unies)

Barack Obama s’est engagé à accueillir 10,000 réfugiés syriens supplémentaires aux Etats-Unis l’année prochaine. Ces réfugiés sont bien sûr soumis à toute une série de contrôles avant de recevoir leur titre de séjour. D’après la Maison Blanche, ces contrôles seraient très exigeants. Les candidats doivent passer plusieurs interviews menées par plusieurs agences américaines et l’on se renseigne sur leur entourage, leur histoire personnelle etc. Le processus d’admission prendrait entre 18 et 24 mois. Au moindre doute, la demande serait refusée. Mais pour de nombreux élus, ces contrôles ne seraient pas suffisants pour garantir la sécurité des américains. Vu le chaos actuel en Syrie et le fait que les Etats-Unis n’y ont plus aucune présence diplomatique, certains antécédents (notamment criminels) seraient devenus impossibles à vérifier. Un terroriste pourrait donc passer à travers les mailles du filet.

C’est pourquoi, quelques jours après les attentats de Paris, les gouverneurs de 31 états américains (dont les candidats républicains à la présidence John Kasich, Chris Christie et Bobby Jindal) ont fait savoir à la Maison Blanche qu’ils ne voulaient plus accueillir de réfugiés syriens. Sur la carte ci-dessous, on peut voir en brun foncé les 31 états dont les gouverneurs ont pris position contre l’accueil des réfugiés et en beige, les 7 états dont les gouverneurs se sont engagés à les accueillir. Les états en gris sont les états dont les gouverneurs ne se sont pas prononcés.

Source: CNN
Source: CNN

Les candidats républicains à la présidence ont rapidement déclaré qu’ils soutenaient l’initiative des gouverneurs réticents. Donald Trump et Ben Carson ont notamment appelé à l’arrêt total du programme d’accueil des réfugiés. Rand Paul a lui été encore plus loin, demandant à ce qu’on arrête non seulement d’accueillir les réfugiés syriens mais à ce que l’on arrête aussi de délivrer des visas aux ressortissants de 30 pays où un mouvement djihadiste important existe. Les ressortissants de ces pays ne pourraient donc plus venir aux Etats-Unis, ni pour voyager, ni pour étudier. Il a ajouté qu’il faudrait également renforcer les contrôles sur les citoyens issus de pays qui n’ont actuellement pas besoin de visa pour se rendre aux Etats-Unis. Il visait notamment la France, puisque la majorité des auteurs des attentats de Paris étaient des citoyens français.

Mais, dans les faits, l’immigration est une matière fédérale. La décision ou non d’accepter les réfugiés sur le territoire revient donc uniquement au gouvernement fédéral et pas aux états. Une fois qu’un réfugié a reçu son titre de séjour, il peut circuler dans tout le pays et aucun état ne peut lui interdire l’accès à son territoire. Les 31 gouverneurs qui ont déclaré ne plus vouloir accueillir de réfugiés ne peuvent donc en réalité pas faire grand-chose. Leur prise de position avait surtout pour but de mettre la pression sur Barack Obama. Sans succès. Le président s’est en effet insurgé, estimant que ne plus accueillir les réfugiés serait un reniement des valeurs américaines.

That’s shameful. That’s not American. That’s not who we are. (C’est honteux. Ce n’est pas américain. Ce n’est pas ce que nous sommes)

Il a confirmé que 10,000 réfugiés syriens seraient bien accueillis l’an prochain comme prévu. Malheureusement pour le président, un sondage publié cette semaine montrait que seulement 28% des américains étaient favorables à sa décision. 53% supportaient l’idée de ne plus accueillir aucun réfugié syrien et 11% déclaraient qu’il ne fallait plus accueillir que les réfugiés syriens de confession chrétienne. Cette dernière idée a d’ailleurs été évoquée par Ted Cruz et Jeb Bush qui estimaient qu’il fallait suspendre le programme d’accueil mais qu’on pouvait envisager une exception pour les réfugiés syriens pouvant prouver qu’ils étaient des chrétiens persécutés en raison de leur foi. Jeb Bush envisageait aussi de continuer d’accueillir les femmes et les enfants.

C’est ensuite le Congrès qui s’est emparé de l’affaire. Paul Ryan, le nouveau speaker républicain de la Chambre des Représentants, a appelé à ce que le programme d’accueil des réfugiés soit suspendu jusqu’à ce que de nouvelles garanties soient apportées quant au processus de contrôle.

This is a moment where it is better to be safe than to be sorry, so we think the prudent, the responsible thing is to take a pause in this particular aspect of this refugee program in order to verify that terrorists are not trying to infiltrate the refugee population. (C’est un moment où il vaut mieux être en sécurité qu’être désolé, donc nous pensons que la chose la plus prudente et responsable est de faire une pause dans ce programme pour les réfugiés de manière à vérifier que des terroristes n’essayent pas de s’infiltrer parmi la population réfugiée)

Jeudi 19 novembre, la Chambre des Représentants a voté en faveur de cette suspension du programme d’accueil des réfugiés, proposée par les Républicains. 289 voix pour. 137 voix contre. Parmi les 289 voix pour, 242 députés Républicains mais aussi 47 députés Démocrates, ce qui augmente certainement la pression pesant sur Barack Obama. La proposition va désormais devoir passer au Sénat. Si elle est adoptée, Barack Obama a menacé d’y opposer son veto.

AUTRES IDÉES AYANT CRÉÉ LA POLÉMIQUE

Plutôt que de présenter un plan concret de lutte contre l’Etat Islamique, Donald Trump a préféré se faire remarquer d’une autre manière. Est-il allé trop loin? Lors d’une interview, il a déclaré que s’il était élu à la présidence, il examinerait la possibilité de fermer les mosquées américaines.

Well, I would hate to do it but it’s something you’re going to have to strongly consider. Some of the absolute hatred is coming from these areas. The hatred is incredible. It’s embedded. The hatred is beyond belief. The hatred is greater than anybody understands. (Et bien, je détesterais avoir à le faire mais c’est une chose qu’il va falloir envisager sérieusement. Une partie de la haine absolue vient de ces espaces. La haine est incroyable. Elle est incrustée. La haine est au-delà de ce qui est imaginable. La haine est plus grande que quiconque ne le croit)

Il a ensuite également déclaré qu’il pourrait envisager l’idée de créer une base de données pour ficher tous les musulmans du pays. Tous ses collègues républicains n’ont pas réagi mais ils ont été plusieurs à rejeter cette idée, même parmi les plus conservateurs. Ainsi, Ted Cruz, qui est pourtant le candidat républicain qui a le moins critiqué Trump depuis le début de la campagne, a déclaré :

I’m a big fan of Donald Trump, but I’m not a fan of government registries of American citizens. The First Amendment protects religious liberty, and I spent the past several decades protecting the religious liberty of every American. (Je suis un grand fan de Donald Trump, mais je ne suis pas fan des registres de citoyens tenus par le gouvernement. Le Premier Amendement protège la liberté religieuse, et j’ai passé ces dernières décennies à protéger la liberté religieuse de chaque américain)

Jeb Bush a quant à lui déclaré que les deux propositions de Trump (fermeture des mosquées et base de données pour les musulmans) étaient exactement ce qu’il ne fallait pas faire.

It’s manipulating people’s angst and their fears. That’s not strenght, that’s weakness. (Il s’agit de manipuler l’angoisse des gens et leurs peurs. Ce n’est pas un point fort, c’est un défaut)

Enfin, John Kasich a lui aussi fait une proposition quelque peu étrange. Celle de créer une agence fédérale visant à promouvoir les valeurs judéo-chrétiennes à l’étranger. Il part du principe que pour vaincre l’Etat Islamique et les autres mouvements terroristes, il faut non seulement agir militairement mais aussi être actif dans la bataille des idées. Or, la diplomatie américaine ne ferait aujourd’hui plus assez d’efforts pour promouvoir les « valeurs judéo-chrétiennes occidentales » à l’étranger. Ce serait le but de son agence, qui concentrerait son travail au Moyen-Orient, en Iran, en Chine et en Russie (cette dernière ne ferait donc pas partie de l’occident judéo-chrétien?). Au moment de citer ce qu’il entendait par « valeurs judéo-chrétiennes occidentales », Kasich a mentionné les droits de l’homme, la démocratie, la liberté d’expression ou encore la liberté religieuse. On peut bien sûr se demander si ces valeurs sont véritablement des valeurs judéo-chrétiennes et uniquement occidentales. De plus, la création d’une agence fédérale visant à promouvoir des valeurs religieuses semble impossible puisque la Constitution américaine interdit au gouvernement américain de promouvoir une religion plus qu’une autre (en vertu du principe de séparation de l’Eglise et de l’Etat). La proposition de Kasich a plus attiré les moqueries qu’autre chose. La plupart de ses collègues républicains n’ont même pas pris la peine de réagir. Seul Lindsey Graham l’a fait, de la manière suivante :

I don’t think we should be promoting Judeo-Christian values in the Arab world. I think that was the Crusades. (Je ne pense pas que nous devrions promouvoir les valeurs judéo-chrétiennes dans le monde arabe. Je pense que ça, c’était les Croisades)

Ce sera le mot de la fin. Mais le débat autour de toutes ces questions va certainement se poursuivre dans les semaines à venir.

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