UN SEPTIÈME DÉBAT RÉPUBLICAIN PRIVÉ DE SA TÊTE D’AFFICHE

Fox News organisait ce jeudi 28 janvier le septième débat républicain. Donald Trump avait choisi de ne pas y participer. Compte-rendu.

INTRODUCTION

Ce septième débat républicain avait lieu à Des Moines, capitale de l’Iowa. Le choix de ce lieu n’était évidemment pas anodin puisque le débat se déroulait quatre jours seulement avant la première échéance du calendrier électoral, qui n’est autre que… le caucus de l’Iowa.

Huit candidats avaient rempli les critères d’admission (ndlr: être classé parmi les six premiers dans les sondages au niveau national ou dans les cinq premiers en Iowa et/ou au New Hampshire) pour participer au débat principal mais ils n’étaient finalement que sept au rendez-vous. Donald Trump avait en effet choisi de ne pas participer au débat. Rand Paul faisait lui son retour sur la scène du débat principal, après en avoir été écarté pour la première fois lors du débat précédent (et avoir boycotté le Happy Hour Debate en guise de protestation). Un autre revenant faisait quant à lui son retour sur la scène du Happy Hour Debate. Il s’agit de Jim Gilmore, ancien gouverneur de Virginie, dont on parle très peu mais qui est bel et bien toujours candidat. On ne l’avait plus vu depuis sa participation au tout premier débat, en août dernier.

UN GRAND ABSENT : DONALD TRUMP

Deux jours avant le débat, Donald Trump faisait savoir qu’il avait décidé de ne pas y participer. La raison de ce boycott? La présence de Megyn Kelly, l’une des journalistes devant animer le débat. Un petit retour en arrière s’impose pour bien comprendre comment on en est arrivé là.

  • Chronique d’un boycott

Acte 1

Jeudi 6 août 2015. Le tout premier débat entre candidats à l’investiture républicaine est organisé par Fox News. Il est co-animé par les journalistes Bret Baier, Chris Wallace et Megyn Kelly. Cette dernière fait remarquer à Donald Trump qu’il a qualifié plusieurs femmes qu’il n’appréciait pas de « grosses cochonnes », « chiennes », « souillons » ou encore « animaux répugnants ». Elle lui pose ensuite la question suivante : « Est-ce que tout cela vous semble être le tempérament d’un homme que nous devrions élire comme président? ».

Megyn Kelly lors du débat du 6 août 2015
Megyn Kelly lors du débat du 6 août 2015

Une question que n’apprécie guère Donald Trump. Il réplique :

And frankly what I say, and oftentimes it’s fun, it’s kidding. We have a good time. What I say is what I say. And honestly Megyn, if you don’t like it, I’m sorry. I’ve been very nice to you, although I could probably maybe not be based on the way you have treated me. (Et franchement ce que je dis, souvent c’est drôle, c’est pour plaisanter. On passe un bon moment. Ce que je dis est ce que je dis. Et honnêtement Megyn, si vous ne l’appréciez pas, je suis désolé. J’ai été très gentil avec vous, même si je pourrais probablement ne pas l’être vu la façon dont vous m’avez traité)

Acte 2

Vendredi 7 août 2015. Donald Trump accorde une interview à CNN. Il y évoque le débat qui a eu lieu la veille et déclare que les questions de Megyn Kelly étaient « ridicules » et que :

You could see there was blood coming out of her eyes, blood coming out of her… wherever. (On pouvait voir qu’il y avait du sang qui sortait de ses yeux, du sang qui sortait de son… peu importe où)

Les autres candidats républicains à la présidence condamnent immédiatement les propos de Trump. Cela n’empêchera pas celui-ci de continuer à publier régulièrement (jusqu’à aujourd’hui) des messages désobligeants à l’égard de Megyn Kelly sur son compte Twitter.

Acte 3

Samedi 23 janvier 2016, soit cinq jours avant le débat qui nous intéresse ici. Donald Trump estime que Megyn Kelly est « partiale » et menace de boycotter le débat si Fox News ne la retire pas de la liste des modérateurs (ndlr: la chaîne Fox News avait annoncé depuis un bon moment que le débat serait animé par les trois mêmes journalistes que le 6 août).

Traduction: En raison du conflit d'intérêt et du parti pris de Megyn Kelly, elle ne devrait pas être autorisée à être une modératrice du prochain débat.
Traduction: En raison du conflit d’intérêt et du parti pris de Megyn Kelly, elle ne devrait pas être autorisée à être une modératrice du prochain débat.

Donald Trump demande également à ses abonnés sur Twitter (sous forme d’un sondage) s’ils pensent qu’il devrait oui ou non boycotter le débat.

Acte 4

Mardi 26 janvier 2016, soit deux jours avant le débat. Le président de Fox News, Roger Ailes, publie un communiqué se moquant de Donald Trump et de ses menaces de boycott.

We learned from a secret back channel that the Ayatollah and Putin both intend to treat Donald Trump unfairly when they meet with him if he becomes president – a nefarious source tells us that Trump has his own secret plan to replace the Cabinet with his Twitter followers to see if he should even go to those meetings. (Nous avons appris par un canal de communication secret que l’Ayatollah et Poutine ont tous les deux l’intention de traiter Donald Trump inéquitablement lorsqu’ils le rencontreront s’il devient président – une source malfaisante nous dit que Trump a son propre plan secret pour remplacer le Cabinet par ses abonnés Twitter pour voir s’il devrait se rendre à ces réunions)

Donald Trump le prend très mal et publie à son tour un communiqué annonçant qu’il a pris la décision définitive de ne pas participer au débat de Fox News.

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Dans ce communiqué, Trump rappelle qu’il a construit une « compagnie incroyable » et qu’il possède une fortune de plusieurs milliards de dollars. Il déclare également être sorti vainqueur des six débats précédents. Enfin, il annonce qu’il ne participera pas au débat de Fox News et organisera à la place un événement qui aura pour but de récolter des fonds pour les vétérans. Ce rassemblement a bien eu lieu, à quelques kilomètres de l’endroit où se tenait le débat et à la même heure. Mike Huckabee et Rick Santorum avaient annoncé qu’ils y rejoindraient Donald Trump après avoir participé au Happy Hour Debate et ils ont tenu parole.

Traduction: Après le débat je rejoindrai Donald Trump à Des Moines pour soutenir nos vétérans qui ont été abandonnés par Barack Obama. J'espère que vous nous rejoindrez !
Traduction: Après le débat je rejoindrai Donald Trump à Des Moines pour soutenir nos vétérans qui ont été abandonnés par Barack Obama. J’espère que vous nous rejoindrez !

Le lendemain, Donald Trump publiait un tweet annonçant que son rassemblement avait permis de récolter 6 millions de dollars pour les vétérans.

Traduction: L'Iowa était incroyable hier soir. L'événement n'aurait pas pu mieux se dérouler. Nous avons récolté $6,000,000 pour nos vétérans. Ils étaient si heureux & fiers
Traduction: L’Iowa était incroyable hier soir. L’événement n’aurait pas pu mieux se dérouler. Nous avons récolté $6,000,000 pour nos vétérans. Ils étaient si heureux & fiers

Acte 5

Fox News répond à la décision de Trump en accusant le directeur de campagne de celui-ci d’avoir fait pression sur la chaîne pour qu’elle évince Megyn Kelly, et même d’avoir proféré des menaces à l’encontre de la journaliste ! Le communiqué précise toutefois que si Trump change d’avis, il est toujours le bienvenu au débat et qu’il y sera traité équitablement.

It should be clear to the American public by now that this is rooted in one thing – Megyn Kelly, whom he [Trump] has viciously attacked since August and has now spent four days demanding be removed from the debate stage […] Capitulating to politicians’ ultimatums about a debate moderator violates all journalistic standards, as do threats, including the one leveled by Trump’s campaign manager Corey Lewandowski toward Megyn Kelly. In a call on Saturday with a Fox News executive, Lewandowski stated that Megyn had a « rough couple of days after that last debate » and he « would hate to have her go through that again ». Lewandowski was warned not to level any more threats, but he continued to do so. We can’t give in to terrorizations toward any of our employees. Trump is still welcome at Thursday night’s debate and will be treated fairly, just as he has been during his 132 appearances on Fox News & Fox Business, but he can’t dictate the moderators or the questions. (Il devrait maintenant être clair pour le public américain que tout ceci a une seule raison – Megyn Kelly, qu’il [Trump] a attaquée méchamment depuis le mois d’août et dont il a maintenant passé quatre jours à exiger qu’elle soit retirée du débat […] Capituler face à des ultimatums de politiciens à propos du modérateur d’un débat viole toutes les normes journalistiques, tout comme les menaces, y compris celles proférées par le directeur de campagne de Trump Corey Lewandowski à l’encontre de Megyn Kelly. Dans un appel à un cadre de Fox News samedi, Lewandowski a déclaré que Megyn avait connu « deux ou trois jours éprouvants après le dernier débat » et qu’il « détesterait qu’elle doive vivre cela à nouveau ». Lewandowski a été mis en garde de ne pas proférer de nouvelles menaces, mais il a continué. Nous ne pouvons pas céder à la terrorisation (sic) contre n’importe lequel de nos employés. Trump est toujours le bienvenu au débat de jeudi soir et sera traité équitablement, comme il l’a été lors de ses 132 apparitions sur Fox News & Fox Business, mais il ne peut pas imposer les modérateurs ou les questions)

Acte 6

Jeudi 28 janvier 2016. Le débat de Fox News a lieu sans Donald Trump mais avec Megyn Kelly.

  • Quelques réactions

Jeb Bush. Le meilleur ennemi de Donald Trump s’est quelque peu moqué de lui sur Twitter en proposant le sondage suivant à ses abonnés.

Traduction: Si Donald Trump ne peut pas faire face au débat de Fox News, à quoi d'autre ne sera-t-il pas capable de faire face? Hillary Clinton / L'Etat Islamique / Poutine / Tout ce qui précède
Traduction: Si Donald Trump ne peut pas faire face au débat de Fox News, à quoi d’autre ne sera-t-il pas capable de faire face? Hillary Clinton / L’Etat Islamique / Poutine / Tout ce qui précède

Les résultats finaux faisaient état de plus de 9,000 votes. 82% des personnes ayant voté ont opté pour la quatrième réponse.

Ted Cruz a quant à lui proposé à Donald Trump de l’affronter dans un débat en face-à-face le samedi 30 janvier, afin que les électeurs de l’Iowa puissent choisir de voter pour l’un ou pour l’autre en connaissance de cause (ndlr: Trump et Cruz sont au coude-à-coude en tête des sondages en Iowa). Trump a répliqué en demandant ironiquement sur Twitter si on pouvait organiser ce débat au Canada, lieu de naissance de Cruz.

Traduction: Bien que je l'ai battu lors des six premiers débats, surtout le dernier, Ted Cruz veut encore débattre contre moi. Pouvons-nous le faire au Canada?
Traduction: Bien que je l’ai battu lors des six premiers débats, surtout le dernier, Ted Cruz veut encore débattre contre moi. Pouvons-nous le faire au Canada?

Le débat Cruz/Trump n’aura finalement pas lieu.

Dana Summers, caricaturiste, a proposé le dessin suivant :

3 Dana Summers - Tribune Media

  • Un cas rare mais pas unique

Le boycott de Donald Trump est-il sans précédent dans l’histoire des débats électoraux? Et bien non ! Il suffit d’ailleurs de songer au cas de Rand Paul, qui avait boycotté le Happy Hour Debate de Fox Business il y a quinze jours. Si les cas de boycotts restent rares, celui de Donald Trump n’est donc pas unique. Politifact rappelait ainsi dans un article qu’en 1980, Ronald Reagan avait lui aussi annulé sa participation au débat républicain organisé quelques jours avant le caucus de l’Iowa, qu’il était certain de remporter. Mal lui en avait pris puisque George H. W. Bush, auteur d’une bonne performance lors de ce débat, avait contre toute attente finalement remporté le caucus ! Les électeurs de l’Iowa sanctionneront-ils Donald Trump de la même manière?

L’article de Politifact donne plusieurs autres exemples et l’un d’eux est particulièrement savoureux. Dans le cadre de la campagne pour la dernière élection présidentielle, celle de 2012, la chaîne Newsmax avait prévu d’organiser un débat républicain animé par… Donald Trump ! Cinq candidats républicains (sur sept) avaient refusé l’invitation : Mitt Romney, Rick Perry, Jon Huntsman, Michele Bachmann et Ron Paul. Ce dernier avait même déclaré :

Mr. Trump’s participation will contribute to an unwanted circus-like atmosphere. (La participation de Mr. Trump contribuera à une ambiance de cirque non désirée)

Seuls Newt Gingrich et Rick Santorum avaient accepté de participer à ce débat, qui avait finalement été annulé.

HAPPY HOUR DEBATE

Participants: Carly Fiorina, Mike Huckabee, Rick Santorum, Jim Gilmore

Modérateurs: Bill Hemmer & Martha Maccallum, journalistes à Fox News

Durée du débat: 1h

Compte-rendu:

  • Rick Santorum et Donald Trump

Rick Santorum s’est plaint que les médias n’aient encore une fois parlé que de Donald Trump dans les heures ayant précédé le débat et a même exhorté les électeurs à ne pas voter pour un showman. Mais quelques secondes après, il confirmait qu’il se rendrait bien au rassemblement organisé par Donald Trump en vue de contribuer à la récolte de fonds pour les vétérans…

  • Mike Huckabee, proche des simples citoyens

Mike Huckabee a joué à fond la carte du candidat proche des gens en difficulté. Il a rappelé qu’il avait lui-même grandi dans un milieu très modeste, il a affirmé que personne n’était pauvre parce qu’il le désirait (Nobody wants to be poor), il a rappelé qu’il n’était soutenu par aucune grande banque mais par les petites contributions de simples citoyens, etc.

Bref, son message aux habitants de l’Iowa était le suivant : la plupart des hommes politiques vivent dans un autre monde et à force de ne côtoyer que des gens comme eux, ils finissent pas oublier les problèmes (économiques surtout) auxquels la plupart des gens sont confrontés.

People who live in the bubbles of the high finance world of New York, the government world of Washington, the entertainment world of Hollywood, don’t have a clue about how hard people out here in Iowa are working every single day. (Les gens qui vivent dans les bulles du monde de la haute finance à New York, du monde du gouvernement à Washington, du monde du spectacle à Hollywood, n’ont aucune idée de combien les gens ici en Iowa travaillent dur chaque jour)

  • Carly Fiorina vs Hillary Clinton

Comme lors du dernier débat, Carly Fiorina s’en est prise violemment à Hillary Clinton. Elle a expliqué que cette dernière était prête à tout pour se maintenir au pouvoir, y compris rester auprès d’un mari aux comportements désobligeants.

If my husband did what Bill Clinton did, I would have left him long ago. (Si mon mari avait fait ce que Bill Clinton a fait, je l’aurais quitté depuis longtemps)

  • Carly Fiorina vs Planned Parenthood

Carly Fiorina s’en est également prise violemment à l’organisation Planned Parenthood (qui pratique des avortements et a été récemment accusée de revendre les tissus et organes des fœtus avortés), dont elle a qualifié les pratiques de « terrifiantes ». Elle a promis que si elle était présidente, pas un centime de son budget ne serait consacré au financement de Planned Parenthood.

  • Jim Gilmore vs les médias

Jim Gilmore a accusé les médias de fausser complètement l’élection.

This media across the country is manipulating and shaping and framing this campaign […] It has to change. And when I’m president, it’s going to change. (Les médias à travers le pays manipulent et façonnent et encadrent cette campagne […] Il faut que cela change. Et quand je serai président, cela changera)

Il a pourtant lui-même reconnu n’avoir quasiment pas fait campagne en Iowa et avoir l’intention de ne débuter véritablement sa campagne que dans les jours à venir dans le New Hampshire.

  • Quand Mike Huckabee cite Adele

Mike Huckabee a tenté de persuader les électeurs de l’Iowa de lui faire confiance comme ils l’avaient fait il y a huit ans (ndlr: Huckabee avait remporté le caucus de l’Iowa en 2008). Et il a choisi de le faire en paraphrasant la célèbre chanson Hello d’Adele.

Hello, Iowa. It’s me. And you know me. You gave me the largest number of votes in the history of the Iowa caucus eight years ago. (Hello, l’Iowa. C’est moi. Et tu me connais. Tu m’as donné le plus grand nombre de voix de l’histoire du caucus de l’Iowa il y a huit ans)

  • Les phrases de la soirée

News flash, President Obama. News flash, Mrs. Clinton. Climate change is not our most pressing national security threat. Actually, it’s ISIS. (Flash spécial, Président Obama. Flash spécial, Mrs. Clinton. Le changement climatique n’est pas notre menace à la sécurité nationale la plus urgente. En réalité, c’est l’Etat Islamique)

– Carly Fiorina

If gun control comes to the President’s desk when I’m president, I’ll veto it as fast as it takes Hillary Clinton to eliminate her emails. (Si une loi sur le contrôle des armes arrive sur mon bureau lorsque je suis président, j’y mettrai mon veto aussi rapidement qu’Hillary Clinton fait disparaître ses e-mails)

– Jim Gilmore

She has escaped prosecution more times than El Chapo, perhaps Sean Penn should interview her. (Elle a échappé aux poursuites judiciaires plus de fois qu’El Chapo, peut-être que Sean Penn devrait l’interviewer)

– Carly Fiorina, à propos d’Hillary Clinton

I’m not feeling the Bern.

– Mike Huckabee. Feel The Bern est un slogan créé par les supporters du Démocrate Bernie Sanders. Huckabee a ajouté qu’il ne comprenait pas comment quiconque ayant « un QI supérieur à celui d’une plante » pouvait supporter les idées de Bernie Sanders.

LE DÉBAT PRINCIPAL

Participants: Ted Cruz, Marco Rubio, Ben Carson, Jeb Bush, Chris Christie, John Kasich, Rand Paul

Modérateurs: Bret Baier, Chris Wallace & Megyn Kelly, journalistes à Fox News

Durée du débat : 2h

Compte-rendu:

  • L’absence de Donald Trump

L’absence de Donald Trump n’a été que brièvement évoquée. Les journalistes de Fox News ont commencé le débat en posant une ou deux questions à ce sujet mais ils n’ont pas insisté sur ce thème très longtemps.

Ted Cruz en a profité pour déclarer, tout en imitant Donald Trump :

I’m a maniac and everyone on this stage is stupid, fat and ugly. And Ben, you’re a terrible surgeon. (Je suis un maniaque et tout le monde sur ce plateau est stupide, gros et moche. Et Ben, tu es un mauvais chirurgien)

Jeb Bush a quant à lui affirmé ironiquement que Donald Trump allait lui manquer.

I kind of miss Donald Trump. He was a little teddy bear to me. We always had such a loving relationship in these debates. (Donald Trump me manque. Il était comme un petit ours en peluche pour moi. Nous avions toujours une relation si affectueuse pendant ces débats)

Mais au cours du débat, Donald Trump n’a finalement été mentionné qu’à neuf reprises (trois fois par Ted Cruz, trois fois par Marco Rubio et trois fois par Jeb Bush). C’est moins qu’Hillary Clinton (16 mentions).

Le nombre de mentions de Trump et Clinton lors du débat (Source: Washington Post)
Le nombre de mentions de Trump et Clinton lors du débat (Source: Washington Post)
  • Ted Cruz vs Chris Wallace

Ted Cruz s’est plaint auprès de Chris Wallace, l’un des modérateurs du débat, de la tournure des questions. Ce qui a donné lieu à l’échange suivant entre les deux hommes.

CRUZ : Chris, I would note that the last four questions have been : Rand, please attack Ted. Marco, please attack Ted. Chris, please attack Ted. Jeb, please attack Ted. Let me just say this… (Chris, je voudrais faire remarquer que les quatre dernières questions ont été : Rand, veuillez attaquer Ted. Marco, veuillez attaquer Ted. Chris, veuillez attaquer Ted. Jeb, veuillez attaquer Ted. Laissez-moi juste dire…

WALLACE :  It is a debate, sir. (C’est un débat, monsieur)

Cruz a ensuite déclaré que si le ton des questions ne changeait pas, il pourrait quitter le plateau.

If you guys ask one more mean question, I may have to leave the stage. (Si vous posez encore une méchante question, je pourrais avoir à quitter le plateau)

Il s’agissait apparemment d’une blague (en référence à Donald Trump) mais elle n’a pas été bien accueillie par le public qui a hué Cruz. Il faut dire que ses plaintes contre les questions des journalistes juste avant semblaient elles tout à fait sérieuses.

Marco Rubio, interrogé quelques minutes après, en a profité pour remuer le couteau dans la plaie. Il a dit aux journalistes de ne pas s’inquiéter car il ne quitterait pas le plateau, quelques soient les questions qui lui seraient posées.

Don’t worry. I’m not leaving the stage, no matter what you ask me. (Ne vous inquiétez pas. Je ne quitterai pas le plateau, peu importe ce que vous me demandez)

  • Marco Rubio et Ted Cruz confrontés à leurs déclarations passées sur l’immigration

Le débat sur l’immigration fut sans doute le plus marquant de la soirée. Les deux sénateurs que sont Ted Cruz et Marco Rubio s’étaient déjà affrontés à plusieurs reprises à ce sujet lors des débats précédents. Résumons la situation :

En 2013, Marco Rubio fait partie d’un groupe de huit sénateurs (quatre Démocrates et quatre Républicains) qui rédige un projet de loi sur la réforme de l’immigration (Gang of Eight Bill). Ce projet de loi prévoyait la régularisation, et même la possibilité d’obtention de la citoyenneté américaine, pour les millions d’immigrants résidant illégalement aux Etats-Unis. La loi ne sera finalement pas adoptée. Depuis le début de sa campagne, Rubio tente de faire oublier qu’il a porté ce projet de loi, affichant une position plus dure sur l’immigration. Sa position actuelle? Il faut d’abord prendre les mesures nécessaires pour empêcher toute immigration illégale future. Concernant les illégaux déjà présents aux Etats-Unis, Rubio reste favorable à ce que ceux qui n’ont jamais commis de délit puissent régulariser leur situation sous certaines conditions (le paiement d’une amende notamment). Mais il s’oppose désormais à ce qu’ils puissent obtenir la citoyenneté américaine. Ted Cruz a régulièrement attaqué Rubio en rappelant qu’il avait été l’un des rédacteurs de la Gang of Eight Bill, alors que lui s’était opposé à cette loi. Mais Rubio accuse quant à lui Cruz d’avoir longtemps été favorable, comme lui, à ce que les illégaux puissent régulariser leur situation. Il aurait changé d’avis en voyant que cela n’était pas populaire auprès des électeurs. Cruz s’oppose aujourd’hui à toute forme de régularisation. Les illégaux ont enfreint la loi et doivent être expulsés. En réalité, les attaques des deux candidats l’un envers l’autre sont fondées. Et c’est ce qu’a montré Fox News en diffusant des vidéos où l’on voyait des déclarations faites par les deux candidats par le passé. Ils ont donc tous deux été confrontés à leurs changements d’attitude sur le sujet et ont eu un peu de mal à se justifier.

Prenons d’abord le cas de Marco Rubio. Dans la vidéo qui lui était consacrée, on a pu voir que lorsqu’il faisait campagne pour être élu au Sénat en 2010, il déclarait aux électeurs être opposé à toute forme de régularisation des immigrants illégaux. Mais une fois élu, il participait à la rédaction de la Gang of Eight Bill qui prévoyait la régularisation et même une possibilité d’obtention de la citoyenneté. Et aujourd’hui, il défend toujours la régularisation sous certaines conditions mais pas l’obtention de la citoyenneté.

Le cas de Ted Cruz ensuite. Dans la vidéo, on le voyait défendre un amendement à la Gang of Eight Bill. Cet amendement demandait à ce que la possibilité d’obtention de la citoyenneté américaine soit retirée du projet de loi, et que l’on se contente donc d’un processus de régularisation sans obtention de la citoyenneté. Cruz aurait donc été à l’époque opposé uniquement à ce que les illégaux obtiennent la nationalité américaine, mais pas à ce qu’ils puissent régulariser leur situation. Or, il prétend depuis le début de sa campagne qu’il a mené une opposition féroce à la TOTALITÉ de la Gang of Eight Bill. Cruz a eu beaucoup de mal à se justifier. Il s’est défendu en disant que :

The fact that each amendment didn’t fix every problem didn’t mean that I supported the rest of the bill. (Le fait que chaque amendement ne résolvait pas tous les problèmes ne signifie pas que je supportais le reste de la loi)

Comme si cela ne suffisait pas, Rand Paul et Marco Rubio ont encore une fois répété que Ted Cruz mentait en disant n’avoir jamais été favorable à un processus de régularisation.

Rand Paul :

I saw Ted Cruz say « we’ll take citizenship off the table, and then the bill will pass, and I’m for the bill ». […] I was for legalization. I think, frankly, if you have border security, you can have legalization. So was Ted, but now he says it wasn’t so. That’s not true. (J’ai vu Ted Cruz dire « nous allons retirer la citoyenneté de la table, et puis la loi passera, et je suis pour la loi ». […] J’étais pour la légalisation. Je pense, franchement, que si la frontière est sécurisée, vous pouvez avoir une régularisation. Et Ted était du même avis, mais maintenant il dit que ce n’est pas le cas. Ce n’est pas vrai)

Marco Rubio :

This is the lie that Ted’s campaign is built on […] The truth is, Ted, throughout this campaign, you’ve been willing to say or do anything in order to get votes. Ted, you worked for George W. Bush’s campaign… You helped design George W. Bush’s immigration policy. And then, when you got to the Senate, you did an interview with CBS News where you said, on the issue of people that are here illegally, « we can reach a compromise ». And then in the committee, you said « I want to bring people out of the shadows ». Now you want to trump Trump on immigration. (C’est le mensonge sur lequel la campagne de Ted est construite […] La vérité est que, Ted, au cours de cette campagne, tu as bien voulu dire et faire n’importe quoi pour obtenir des voix. Ted, tu as travaillé pour la campagne de George W. Bush… Tu as contribué à concevoir la politique d’immigration de George W. Bush. Et puis, quand tu es arrivé au Sénat, tu as fait une interview avec CBS News où tu as dit, au sujet des personnes qui sont ici illégalement, « nous pouvons parvenir à un compromis ». Et puis en comité, tu as dit « Je veux faire sortir les gens de l’ombre ». Et maintenant tu veux te montrer plus dur que Trump sur l’immigration)

Pour clore le débat, Chris Christie a déclaré qu’il n’était pas illégal de changer d’avis. Ted Cruz et Marco Rubio ont très bien pu changer d’avis mais il faudrait simplement qu’ils l’admettent.

  • Le quart d’heure de gloire de Dulce Candy

Plusieurs questions de citoyens, enregistrées sur YouTube, ont été diffusées pendant le débat afin que les candidats puissent y répondre. L’une d’elles concernait l’immigration. Une jeune femme prénommée Dulce Candy y expliquait qu’elle était arrivée du Mexique quand elle était enfant et avait depuis obtenu la citoyenneté américaine et combattu en Irak. Elle a désormais crée sa propre entreprise, qui contribue à l’économie américaine. Mais elle disait avoir peur que l’Amérique ne soit bientôt plus aussi accueillante envers les gens comme elle.

Jeb Bush a été invité à répondre à cette jeune femme. Il a qualifié le nom Dulce Candy de « plutôt cool ». Il a ensuite expliqué que les Etats-Unis devaient rester une nation accueillante.

Our identity is not based on race or ethnicity, it’s based on a set of shared values. (Notre identité ne se fonde pas sur une race ou une ethnicité, elle se fonde sur un ensemble de valeurs partagées)

Marco Rubio a lui aussi déclaré que les Etats-Unis devaient rester une nation d’immigrants. Il a même ajouté que les Etats-Unis restaient le pays le plus généreux du monde en la matière, puisque des millions de personnes immigrent légalement aux Etats-Unis chaque année. Mais, a-t-il ajouté, les Etats-Unis ont aussi le droit de contrôler qui s’installe sur leur territoire, et c’est pourquoi il faut lutter fermement contre l’immigration illégale.

  • Rand Paul et les discriminations raciales

Rand Paul a déclaré qu’il s’était rendu à Ferguson et avait pu constater qu’il y avait bien des discriminations exercées vis-à-vis de la communauté afro-américaine. Ainsi, un tiers des revenus de la ville provenait à l’époque d’amendes distribuées abusivement à des citoyens noirs. Ceux-ci ne savaient parfois plus payer et se retrouvaient alors en prison. Il a aussi affirmé qu’au-delà du cas dramatique de Ferguson, le système judiciaire incarcérait encore aujourd’hui plus rapidement les citoyens noirs que les citoyens blancs. Il voudrait que le Parti Républicain travaille davantage sur ces questions. Il estime qu’une réforme du système judiciaire est indispensable. Il s’est aussi déclaré favorable à la généralisation de l’usage de caméras fixées au corps des policiers lors de leurs interventions.

  • Ted Cruz et l’éthanol

Il y a quelques jours, le gouverneur républicain de l’Iowa Terry Branstad a exhorté ses concitoyens à ne pas voter en faveur de Ted Cruz. La raison principale? Ted Cruz veut supprimer les subsides fédéraux accordés à l’industrie de l’éthanol, qui est très importante en Iowa (10 milliards de dollars par an). Cruz a été amené à s’expliquer sur ce point. Il a déclaré qu’il n’avait rien contre l’industrie de l’éthanol mais qu’il était opposé à ce que le gouvernement fédéral continue d’accorder des subsides aux industries actives dans le secteur de l’énergie (celle de l’éthanol comme les autres, ni plus ni moins).

  • John Kasich, l’homme de compromis

Comme lors de chaque débat, John Kasich s’est présenté comme la personne capable de faire des compromis avec les Démocrates. D’après lui, il est indispensable de pouvoir discuter avec le parti adverse si l’on veut faire des réformes importantes dans le pays.

We cannot fix things in this country – the Social Security, the border, balancing the budget, getting wages to grow faster – unless we lead as conservatives, but we also invite people in from the other party. We have to come together as a country. And we have to stop all the divisions. (On ne pourra pas réparer les choses dans ce pays – la Sécurité Sociale, la frontière, l’équilibre du budget, faire en sorte que les salaires augmentent plus vite – à moins que nous ne dirigions en temps que conservateurs, mais que nous invitions aussi les gens de l’autre parti. Nous devons nous rassembler en tant que pays. Et nous devons mettre fin aux divisions)

  • La question à laquelle on ne s’attendait pas

Une question à été posée à Jeb Bush sur la statut de l’île de Porto Rico. Bush a déclaré que les porto-ricains devraient avoir le droit à l’auto-détermination. Autrement dit, il est favorable à ce qu’ils puissent décider (par référendum par exemple) de devenir ou non un nouvel état américain à part entière.

  • Les phrases de la soirée

I’ve had more two a.m. phone calls than everybody here put together, making life and death decisions. (J’ai reçu plus d’appels téléphoniques à deux heures du matin que n’importe qui d’autre ici, prenant des décisions de vie et de mort)

– Ben Carson

There’s only one savior and it’s not me. It’s Jesus Christ who came down to earth and died for our sins. (Il n’y a qu’un seul sauveur et ce n’est pas moi. C’est Jésus-Christ qui est descendu sur terre et est mort pour nos péchés)

– Marco Rubio, après qu’on lui ait rappelé que le magazine TIME l’avait désigné comme The Republican savior (Le sauveur des Républicains).

I think Bernie Sanders is good candidate for president of Sweden. We don’t want to be Sweden. We want to be the United States of America. (Je pense que Bernie Sanders est un bon candidat pour la présidence de la Suède. Nous ne voulons pas être la Suède. Nous voulons être les Etats-Unis d’Amérique)

– Marco Rubio. Cette déclaration fut la plus commentée de la soirée sur Twitter, de nombreux internautes faisant remarquer que la Suède n’a pas de président mais un roi.

VAINQUEURS ET PERDANTS

Nous vous livrons notre avis sur les trois gagnants et les trois perdants de la soirée.

  • Les gagnants

Jeb Bush. La presse était unanime pour dire que, pour la première fois, Jeb Bush sortait véritablement gagnant d’un débat. On l’a tout de suite senti plus à l’aise en l’absence de Donald Trump. Et surtout, il a répondu posément et intelligiblement à toutes les questions qui lui étaient posées.

Rand Paul. Là aussi, la presse était unanime. Avec Jeb Bush, Rand Paul était l’autre grand vainqueur du débat. Comme Bush, il a toujours répondu aux questions qui lui étaient posées alors que les autres candidats ont souvent l’habitude de les détourner. Il a aussi eu le temps de mettre en avant certains points qui ont tendance à être oubliés lors des débats républicains, comme la question des discriminations raciales. Enfin, mention spéciale à ses supporters déchaînés présents dans la salle, qui applaudissaient et hurlaient après chacune de ses interventions.

Fox News. Une bonne partie de la presse a désigné Fox News comme l’un des perdants du débat en raison de l’absence de Donald Trump. Mais de notre côté, nous avons choisi de désigner Fox News comme notre troisième gagnant. Trois raisons principales à cela :

1 – Fox News aurait pu faire le choix de poser des tonnes de questions aux candidats présents sur Donald Trump, afin que ceux-ci passent toute la soirée à l’attaquer. Au lieu de cela, la question a été posée d’entrée de jeu et on est ensuite rapidement passé à autre chose. Par la suite, on a assisté à un véritable débat d’idées entre les candidats présents.

2 – Malgré toute l’attention portée sur elle et le souvenir de son accrochage avec Donald Trump lors du précédent débat, Megyn Kelly n’a rien changé à son comportement. Elle a continué de poser des questions incisives aux candidats présents. C’est même elle qui s’est chargée de poser les questions les plus gênantes à Marco Rubio et à Ted Cruz au sujet de l’immigration, après la diffusion des vidéos qui faisaient éclater au grand jour leurs incohérences à ce sujet.

3 – Ces fameuses vidéos, justement. Une bonne initiative pour montrer aux téléspectateurs ce que les candidats préféreraient qu’ils ne sachent pas. On peut peut-être simplement regretter que l’initiative n’ait touché que Cruz et Rubio et pas l’ensemble des candidats. Mais sans doute la diffusion de sept vidéos aurait-elle pris trop de temps alors que le débat ne durait que 2 heures. Et Fox News avait vraisemblablement choisi ces deux candidats et ce thème-là parce qu’ils s’accusent réciproquement de mentir à ce sujet depuis le début de la campagne.

  • Les perdants

Ted Cruz. La presse était unanime pour désigner Ted Cruz comme le perdant de la soirée. Au lendemain du débat, le Des Moines Register, plus important quotidien de l’Iowa, titrait même Rough Night For Cruz (Soirée difficile pour Cruz). Il a été la cible de nombreuses attaques de la part des autres candidats et a eu énormément de mal à se justifier après la diffusion de la vidéo démontrant qu’il n’avait pas toujours affiché une position aussi stricte qu’aujourd’hui en matière d’immigration. Et comme si ce n’était pas suffisant, il n’a pas fait très bonne impression lorsqu’il s’est plaint du contenu de leurs questions auprès des modérateurs du débat.

Marco Rubio. La presse était plus nuancée au sujet de Marco Rubio. La plupart des articles que nous avons lus ne le plaçaient ni dans les vainqueurs ni dans les perdants du débat. Nous avons cependant décidé de le placer du côté des perdants. Une raison principale à cela : tout comme Cruz, il s’est retrouvé en difficulté lorsqu’il a été accusé d’avoir changé de position sur la question de l’immigration et qu’il s’est retrouvé confronté à la diffusion d’images le démontrant. De plus, il n’a pas profité de l’absence de Trump pour briller plus que d’habitude. À sa décharge, il est vrai que vu ses excellentes performances lors des derniers débats, il était sans doute difficile de placer la barre beaucoup plus haut.

Ben Carson. De plus en plus invisible à chaque débat. Et lorsqu’il prend la parole, il exploite rarement le temps qui lui est imparti pour exposer des opinions claires. Un seul exemple, assez frappant : son closing statement (cette dernière prise de parole que les candidats utilisent en général pour redire aux électeurs pourquoi ils devraient les choisir eux plutôt qu’un autre) a consisté à réciter un extrait de la Constitution !

Enfin, sachez que le débat a réuni 12,5 millions de téléspectateurs. Ce fut le programme le plus regardé à la télévision aux Etats-Unis jeudi soir. Néanmoins, le précédent débat organisé par Fox News, qui était aussi le tout premier, avait réuni 25 millions de téléspectateurs, soit deux fois plus. Certains attribuent cette diminution du nombre de téléspectateurs à l’absence de Donald Trump. Cela a sans doute joué mais notons tout de même que l’audience des débats les plus récents, lors desquels Trump était présent, tournait déjà autour des 10-15 millions de téléspectateurs.

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