DÉBAT DÉMOCRATE TENDU À BROOKLYN

Hillary Clinton et Bernie Sanders se sont retrouvés pour un nouveau débat à Brooklyn, cinq jours avant la primaire de New York. Compte-rendu. 

INTRODUCTION

Cinq jours avant la primaire de New York, Hillary Clinton et Bernie Sanders se sont affrontés lors d’un nouveau débat à Brooklyn. Il s’agissait du neuvième débat démocrate depuis le début de la campagne – et le cinquième en face-à-face pour Clinton et Sanders. Il était co-organisé par CNN et NY1, une chaîne de télévision locale. Le dernier débat avait eu lieu il y a plus d’un mois. Depuis lors, la tension entre les deux candidats est montée d’un cran et cela s’est bien ressenti sur le plateau. Interruptions et attaques à répétition étaient au programme. Hormis le climat plus tendu que d’habitude, ce débat ne fut pas bien différent des précédents. Comme toujours, nous avons sélectionné les moments les plus significatifs.

LE DÉBAT

Participants: Hillary Clinton, Bernie Sanders

Modérateurs: Wolf Blitzer, assisté de Dana Bash et Errol Louis

Durée du débat: 2h

Compte-rendu:

  • Les qualifications d’Hillary Clinton

En guise de première question, Wolf Blitzer a demandé à Bernie Sanders s’il pensait réellement qu’Hillary Clinton n’était pas qualifiée pour la présidence (ndlr: Sanders a récemment tenu de tels propos lors d’un meeting). Sanders a déclaré que Clinton avait l’intelligence et l’expérience nécessaires pour être présidente mais qu’il remettait en cause sa capacité de jugement. Il a de nouveau cité les importantes contributions financières que Clinton reçoit de la part de Wall Street, son vote en faveur de la guerre en Irak et ses votes en faveur de divers accords de libre-échange. D’après lui, ces trois points prouveraient que Clinton ne correspond pas à ce que les électeurs attendent du prochain président. Hillary Clinton n’a pas tardé à répliquer.

Senator Sanders did call me unqualified. I’ve been called a lot of things in my life. That was a first. And then he did say that he had to question my judgment. Well, the people of New York voted for me twice to be their senator from New York and President Obama trusted my judgment enough to ask me to be Secretary of State. (Le sénateur Sanders m’a traitée de non qualifiée. On m’a traitée de beaucoup de choses dans ma vie. Ceci était une première. Et ensuite il a dit qu’il remettait en cause mes capacités de jugement. Et bien, les habitants de New York ont voté pour moi à deux reprises pour que je sois leur sénatrice et le Président Obama a eu suffisamment confiance en mes capacités de jugement pour me demander d’être Secrétaire d’Etat)

Clinton a ensuite à son tour attaqué Sanders en mentionnant une interview qu’il a récemment accordée au New York Daily News, et dans laquelle il semblait avoir du mal à détailler son programme. D’après Clinton, cette interview a démontré que Sanders fait de grandes promesses sans avoir de vrai plan détaillé et réaliste pour les mettre en œuvre.

  • Wall Street et Goldman Sachs, encore et toujours

La journaliste Dana Bash a demandé à Bernie Sanders s’il pouvait donner un seul exemple qui prouverait qu’Hillary Clinton a été influencée dans ses décisions politiques par les dons financiers qu’elle aurait reçus de la part des grandes banques. Bernie Sanders n’a pas répondu à la question, préférant répéter une fois de plus que Wall Street a provoqué la crise économique de 2008, faisant tout perdre à de nombreux citoyens.

These banks, in my view, have too much power. They have shown themselves to be fraudulent organizations endangering the well-being of our economy. (Ces banques, de mon point de vue, ont trop de pouvoir. Elles ont montré qu’elles étaient des organisations frauduleuses qui mettent en danger le bien-être de notre économie)

Hillary Clinton ne manquera pas de faire remarquer que Sanders a échoué à répondre à la question initiale.

He cannot come up with any example, because there is no example. (Il ne peut fournir aucun exemple, parce qu’il n’y a pas d’exemple)

Bernie Sanders a ensuite de nouveau demandé à Hillary Clinton pourquoi elle refusait de publier les retranscriptions des discours rémunérés qu’elle a donnés pour la banque Goldman Sachs. Hillary Clinton a répété qu’elle le ferait à condition que tous les autres candidats fassent de même. Un argument qui semble tout de même bien léger.

  • Les déclarations de revenus de Bernie Sanders

Hillary Clinton a quant à elle reproché à Bernie Sanders de ne pas encore avoir rendues publiques ses déclarations de revenus, bien qu’il ait promis depuis longtemps de le faire. Sanders a répondu qu’il avait l’intention de le faire mais qu’il n’en avait tout simplement pas encore eu le temps. Clinton n’a pas manqué de lui faire remarquer qu’il suffisait de faire quelques photocopies et que « there are a lot of copy machines around » (Il y a beaucoup de photocopieuses un peu partout). Sanders a finalement promis de publier sa dernière déclaration dès le lendemain, tout en précisant qu’il n’y aurait rien d’exaltant à y trouver. Il rappellera même qu’il est l’un des membres les plus pauvres du Sénat.

Unfortunately, I remain one of the poorer members of the United States Senate. And that’s what that will show. (Malheureusement, je reste l’un des membres les plus pauvres du Sénat des Etats-Unis. Et c’est ce que cela montrera)

Sur ce point, Sanders dit vrai. Il est bien l’un des sénateurs américains les plus « pauvres ». Les derniers chiffres sur le patrimoine des membres du Sénat datent de 2014. Bernie Sanders y est classé à la 81ème place (sur 100). Autrement dit, il est le dix-neuvième sénateur le moins riche. Son patrimoine s’élèverait à 160,000$. Notons que les Républicains Lindsey Graham et Marco Rubio sont moins bien classés que lui. Le moins bien classé de tous est un sénateur démocrate nommé Martin Heinrich. Le top 3 des sénateurs les plus riches est quant à lui composé de trois Démocrates : Mark Warner, Dianne Feinstein et Richard Blumenthal.

D’autre part, Bernie Sanders a tenu sa promesse. Au lendemain du débat, il a publié sur son site web sa dernière déclaration de revenus. Elle montre que lui et sa femme ont gagné la somme de 205,617$ en 2014. Ils ont payé 28,000$ d’impôts fédéraux.

  • Le débat sur le salaire minimum

Bernie Sanders répète depuis le début de sa campagne qu’il augmentera le salaire fédéral minimum à 15$ de l’heure s’il est élu. Hillary Clinton s’était montrée jusqu’ici plus frileuse sur le sujet, affirmant qu’elle était favorable à une augmentation à 12$ (contre 7,25$ actuellement), tout en indiquant que si certains états ou certaines villes voulaient passer à 15$, ils étaient libres de le faire. Lors de ce débat, elle a pourtant assuré avoir toujours été favorable à l’augmentation à 15$. Sanders l’accusera de mentir. Les deux candidats vont alors s’interrompre mutuellement pendant un long moment, poussant même le modérateur Wolf Blitzer à les rappeler à l’ordre.

If you’re both screaming at each other, the viewers won’t be able to hear either of you. (Si vous vous hurlez tous les deux dessus, les téléspectateurs ne pourront pas vous entendre)

  • Les armes à feu

La question des armes à feu est un autre point qui oppose les deux candidats depuis le début de la campagne. Hillary Clinton, qui a fait du combat contre la NRA l’un de ses mots d’ordre, accuse régulièrement Bernie Sanders d’être trop frileux en la matière. Après avoir rappelé que 90 personnes meurent chaque jour par armes à feu aux Etats-Unis, elle attaquera une fois de plus Sanders, en l’accusant notamment d’être favorable à l’immunité pour les fabricants et vendeurs d’armes. Si Sanders s’oppose à la vente d’armes de guerre et est favorable à une amélioration des background checks, il s’oppose en effet à ce que les vendeurs et fabricants d’armes puissent être poursuivis en justice. Sanders n’a pas modifié sa position et a également refusé de s’excuser auprès des victimes de la tuerie de Sandy Hook. La fille de l’une des victimes de cette fusillade avait en effet réclamé des excuses à Sanders après que celui-ci ait regretté que les familles des victimes poursuivent les fabricants d’armes en justice.

BLITZER : Senator, do you owe the Sandy Hook families an apology? (Sénateur, devez-vous des excuses aux familles de Sandy Hook?)

SANDERS : No, I don’t think I owe them an apology. (Non, je ne pense pas que je leur dois des excuses)

  • L’environnement

Bernie Sanders s’est encore une fois montré très préoccupé par la menace que constitue le changement climatique.

You know, if we, God forbid, were attacked tomorrow, the whole country would rise up and say we got an enemy out there and we got to do something about it. That was what 9/11 was about. We have an enemy out there, and that enemy is going to cause drought and floods and extreme weather disturbances. There’s going to be international conflict. (Vous savez, si, Dieu nous en préserve, si nous étions attaqués demain, le pays entier se lèverait et dirait que nous avons un ennemi là-dehors et que nous devons faire quelque chose. C’est ce qu’il s’est passé après le 11 septembre. Nous avons un ennemi là-dehors, et cet ennemi va causer la sécheresse et des inondations et des troubles météorologiques extrêmes. Il y aura des conflits internationaux)

Autrement dit, Sanders estime qu’il est plus que temps d’agir drastiquement contre le réchauffement climatique et que, pour l’instant, les Etats-Unis n’en font pas assez. Hillary Clinton lui reprochera d’ailleurs d’avoir émis des critiques concernant l’accord de la COP21, approuvé par 195 pays. En réalité, Sanders a déclaré qu’il s’agissait d’un premier pas mais que ce n’était pas suffisant. Il estime que la politique des petits pas ne suffit plus. Ceci illustre bien une différence d’approche fondamentale entre Clinton et Sanders, sur tous les sujets ou presque. Sanders est un idéaliste qui entend mener une révolution politique, alors que Clinton est beaucoup plus pragmatique.

  • Israël

Plusieurs thèmes de politique étrangère ont été abordés (Libye, Syrie, OTAN) mais le passage qui aura le plus retenu l’attention est celui concernant Israël. Bernie Sanders a en effet critiqué l’attitude d’Israël lors de la dernière guerre à Gaza. Il estime que l’état d’Israël a le droit de se défendre et de lutter contre le terrorisme mais que dans ce cas, l’attaque de l’état hébreu s’est avérée « disproportionnée », faisant plus de 1,500 morts et 10,000 blessés dans la bande de Gaza. Un discours critique que l’on a peu l’habitude d’entendre aux Etats-Unis, que ce soit côté républicain ou démocrate.

If we are ever going to bring peace to that region which has seen so much hatred and so much war, we are going to have to treat the Palestinian people with respect and dignity. (Si nous voulons un jour apporter la paix dans cette région qui a vu tant de haine et tant de guerre, nous devons traiter le peuple palestinien avec respect et dignité)

Hillary Clinton se montrera beaucoup moins critique vis-à-vis d’Israël. Elle dira qu’il faut continuer à promouvoir la solution des deux états mais qu’Israël a le droit de se défendre face aux attaques de roquettes du Hamas. Ce qui était le cas lors de l’offensive à Gaza. Elle dira des israéliens :

They do not seek this kind of attacks. They do not invite the rockets raining down on their towns and villages. (Ils ne recherchent pas ce genre d’attaques. Ils n’invitent pas les roquettes qui pleuvent sur leurs villes et villages)

Clinton rappellera également qu’il n’est pas facile de mener des négociations de paix lorsque Gaza est contrôlée par un Hamas qui refuse votre existence.

  • La déclaration de la soirée

I live 50 miles away from Canada, you know. It’s not some kind of communist authoritarian country. They’re doing OK. They got a health care system that guarantees health care to all people. We can do the same. (Je vis à 50 miles du Canada, vous savez. Ce n’est pas une sorte de pays communiste autoritaire. Ils se portent bien. Ils ont un système de santé qui garantit les soins à tous les citoyens. Nous pouvons faire pareil)

Bernie Sanders insistant sur le fait que les Etats-Unis peuvent garantir l’accès universel aux soins de santé, tout comme l’éducation gratuite. Clinton continue de dire que les plans de Sanders en la matière sont irréalistes et feraient augmenter dangereusement les impôts et la dette du pays.

VAINQUEURS ET PERDANTS

Difficile de dire qui de Bernie Sanders ou d’Hillary Clinton a remporté ce débat. Dans la presse américaine, certains donnaient Clinton gagnante et Sanders perdant alors que d’autres disaient exactement l’inverse. De notre côté, nous avons bien envie de déclarer le match nul.

  • Les gagnants

Hillary Clinton. Ce débat n’aura pas été bien différent des précédents et n’aura donc sans doute pas changé grand-chose dans l’esprit des électeurs. Ce statu quo arrange Hillary Clinton, qui fait toujours la course en tête et est donnée gagnante dans les sondages pour la primaire de New York. Néanmoins, certaines de ses faiblesses ont de nouveau éclaté au grand jour. On pense à sa justification un peu faiblarde de ne pas publier ses discours pour Goldman Sachs, ou encore à son curieux changement de position concernant le salaire minimum.

Bernie Sanders. Bernie Sanders a attaqué Hillary Clinton plus violemment que lors des débats précédents. Certains lui ont reproché son attitude mais d’après nous, il n’a rien fait qui puisse être véritablement qualifié de désobligeant. Il est par contre parvenu à mettre Clinton en difficulté à plusieurs reprises.

Martin O’Malley. Vous vous souvenez de lui? Un tweet publié par l’ex-candidat démocrate pendant le débat n’est pas passé inaperçu. Ce fut même le sixième message le plus partagé sur Twitter au cours de la soirée.

Traduction: J'ai dit ceci en 2012 à propos des déclarations de revenus de Mitt Romney, je le dirai aujourd'hui: Hillary Clinton devrait publier les transcriptions de Wall Street
Traduction: J’ai dit ceci en 2012 à propos des déclarations de revenus de Mitt Romney, je le dirai aujourd’hui: Hillary Clinton devrait publier les transcriptions de Wall Street
  • Le perdant

Benjamin Netanyahu. Bernie Sanders a déclaré que les Etats-Unis devraient arrêter de systématiquement penser que le Premier Ministre israélien a toujours raison. Celui-ci n’a sans doute pas l’habitude de voir son gouvernement critiqué lors d’un débat présidentiel américain.

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