BARACK OBAMA EN VISITE AU VIETNAM ET AU JAPON

Retour sur les moments forts de la visite de Barack Obama au Vietnam et au Japon. 

INTRODUCTION

Le président des Etats-Unis d’Amérique vient de passer une semaine en Asie. Il s’agissait de son dixième voyage dans la région depuis le début de sa présidence. Il s’est rendu dans deux pays : le Vietnam et le Japon. Deux visites chargées d’émotion et placées sous le signe de la réconciliation. Nous vous résumons ce qu’il fallait en retenir.

AU VIETNAM : RÉCONCILIATION, LEVÉE DE L’EMBARGO SUR LA VENTE D’ARMES ET DÎNER DANS UN RESTAURANT LOCAL

Barack Obama s’est d’abord rendu au Vietnam, où plus de 58,000 soldats américains ont péri lors d’un conflit sanglant qui s’est achevé en 1975. À la fin de la guerre, le bilan faisait également état de plus de 3 millions de victimes vietnamiennes. Les tensions sont ensuite longtemps restées palpables entre les deux pays. Finalement, Bill Clinton rétablira les relations diplomatiques avec le Vietnam en 1995. En 2000, il sera le premier président américain à se rendre sur place depuis la fin de la guerre. George W. Bush s’est également rendu au Vietnam au cours de sa présidence. Barack Obama était donc le troisième président américain à faire le déplacement. L’occasion de réaffirmer qu’après avoir été longtemps ennemis, les deux pays sont désormais partenaires. Le Vietnam fait partie du TPP (Trans-Pacific Partnership), un accord de libre-échange ratifié en février dernier par douze états : Etats-Unis, Canada, Mexique, Chili, Pérou, Australie, Nouvelle-Zélande, Japon, Malaisie, Vietnam, Singapour et Brunei. Les relations commerciales entre les Etats-Unis et le Vietnam devraient donc se développer considérablement dans les années à venir. D’autre part, les relations entre les peuples américains et vietnamiens sont aussi de plus en plus nombreuses et amicales. Près de 19,000 vietnamiens poursuivent actuellement leurs études dans des universités américaines et près de 500,000 touristes américains visitent le Vietnam chaque année. Dans un discours au peuple vietnamien, Barack Obama a lourdement insisté sur cette évolution spectaculaire des relations entre les deux pays. Comme lors de sa visite historique à Cuba, ce discours était diffusé en direct à la télévision. Le président américain a évoqué le conflit sanglant qui a opposé les deux pays, puis les progrès réalisés par le Vietnam depuis la fin de la guerre – croissance économique, réduction de l’extrême pauvreté, progrès en matière de santé etc. Il s’est aussi réjoui de la collaboration actuelle entre américains et vietnamiens, notamment pour se débarrasser des nombreuses mines anti-personnelles et de l’Agent Orange. Il a rendu hommage aux nombreux vétérans américains qui ont œuvré à cette réconciliation, comme son Secrétaire d’Etat John Kerry ou le sénateur républicain John McCain. D’après lui, la réconciliation américano-vietnamienne peut servir de leçon au monde entier.

I believe our experience holds lessons for the world. At a time when many conflicts seem intractable, seem as if they will never end, we have shown that hearts can change and that a different future is possible when we refuse to be prisoners of the past. (Je crois que notre expérience peut servir de leçon au monde. Alors que de nombreux conflits semblent difficiles à résoudre, donnent l’impression qu’ils ne cesseront jamais, nous avons montré que les cœurs peuvent changer et qu’un futur différent est possible lorsque nous refusons d’être prisonniers du passé)

Barack Obama a assuré que le rapprochement entre les deux peuples allait se poursuivre. Il a annoncé la création de la Fulbright University Vietnam, qui ouvrira ses portes à l’automne à Ho Chi Minh City. Il a également annoncé que les Peace Corps allaient se rendre pour la première fois au Vietnam afin d’y enseigner l’anglais. Le président américain a aussi profité de ce discours pour déclarer que le respect des droits de l’homme ne devait pas être vu comme une menace à la stabilité d’un pays. Il a aussi précisé qu’il ne s’agissait pas d’imposer le système politique américain au Vietnam, puisque le respect des droits de l’homme fait l’objet de conventions internationales et est même inscrit dans la constitution vietnamienne. Il est utile de rappeler ici que le régime vietnamien reste autoritaire. La liberté d’expression et la liberté de la presse ne sont pas respectées. De nombreux prisonniers politiques sont enfermés dans les prisons du pays.

Avant de prononcer ce discours au peuple vietnamien, Barack Obama s’était entretenu avec le président et le premier ministre vietnamiens, ainsi qu’avec le Secrétaire Général du Parti Communiste. L’annonce la plus importante faite à cette occasion par le président américain fut celle de la levée de l’embargo sur la vente d’armes. Autrement dit, le Vietnam pourra désormais acheter des armes de guerre et du matériel militaire aux Etats-Unis. D’après Obama, il s’agit de la suite logique de la normalisation des relations entre les deux pays. Mais on peut raisonnablement penser qu’il s’agit aussi d’un message adressé à la Chine, qui s’est montrée très agressive envers ses voisins ces derniers mois. L’annonce de la levée de l’embargo sur la vente d’armes au Vietnam est l’occasion de rappeler que les Etats-Unis sont le premier exportateur d’armes de guerre au monde. Mais qui leur achète ces armes? D’après le Stockholm International Peace Research Institute, voici le top 10 des clients des Etats-Unis (pour la période 2011-2015) :

  1. Arabie Saoudite
  2. Emirats Arabes Unis
  3. Turquie
  4. Corée du Sud
  5. Australie
  6. Taïwan
  7. Inde
  8. Singapour
  9. Irak
  10. Egypte

Notons également que certains états reçoivent gratuitement des armes de la part des Etats-Unis. Ils bénéficient d’un programme nommé Foreign Military Financing. Ce programme est compris dans le budget du Département d’Etat (l’équivalent de notre ministère des affaires étrangères). En 2017, son coût devrait s’élever à 5,7 milliards de dollars. Les cinq pays auxquels les Etats-Unis distribuent le plus de matériel militaire via ce programme sont Israël, l’Egypte, la Jordanie, le Pakistan et l’Irak.

Revenons-en à la visite de Barack Obama au Vietnam. Voici une photo qui a beaucoup circulé sur les réseaux sociaux.

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On y voit Barack Obama en train de dîner dans un petit restaurant d’Hanoï en compagnie d’Anthony Bourdain. Ce nom ne vous dit probablement rien mais aux Etats-Unis, Bourdain est une star. C’est un ancien chef cuisinier devenu animateur télé. Son émission Parts Unknown, diffusée sur CNN, est très populaire. Le concept est simple : faire découvrir aux téléspectateurs la cuisine des différents pays du globe et conseiller aux voyageurs les restaurants présentant les meilleurs rapports qualité/prix. Le dîner Bourdain/Obama fera partie d’une future émission qui devrait être diffusée au mois de septembre. Les deux hommes ont mangé du porc grillé et des nouilles, le tout accompagné d’une bière locale. L’addition ne s’élevait qu’à 6$ et Anthony Bourdain a annoncé sur son compte Twitter qu’il s’était chargé de la régler.

AU JAPON : SOMMET DU G7 ET VISITE HISTORIQUE À HIROSHIMA

Au Japon, Barack Obama a assisté au sommet du G7, qui réunit les chefs d’état des sept premières puissances économiques de la planète. Le sommet avait lieu dans la ville d’Ise-Shima. Les discussions ont principalement porté sur l’économie mondiale et le terrorisme. Ensuite, Barack Obama s’est rendu à Hiroshima avec le premier ministre japonais Shinzo Abe.

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Il s’agissait d’une visite historique puisqu’aucun président américain ne s’était encore rendu dans cette ville sur laquelle les Etats-Unis ont procédé au premier bombardement atomique de l’histoire en 1945. Un bombardement qui a fait environ 140,000 victimes, pour la plupart civiles. Si l’immense majorité d’entre elles étaient japonaises, on estime que 20,000 prisonniers de guerre coréens détenus dans la ville sont également décédés, tout comme une dizaine de prisonniers américains (un chiffre peu élevé mais au total, on estime que 10,000 prisonniers de guerre américains sont morts dans les camps japonais durant la Seconde Guerre Mondiale). Le bombardement de Nagasaki, trois jours plus tard, fera 70,000 victimes supplémentaires. Les Etats-Unis n’ont jamais présenté d’excuses pour ces bombardements, malgré les demandes répétées de plusieurs associations de survivants. Barack Obama n’a pas dérogé à la règle. La Maison Blanche avait d’ailleurs annoncé préalablement qu’aucune excuse officielle ne serait présentée lors de cette visite symbolique. Il s’agissait davantage de rendre hommage à toutes les victimes innocentes de la Seconde Guerre Mondiale et de plaider en faveur du désarmement nucléaire. Après avoir posé une gerbe de fleurs devant le mémorial dédié aux victimes du bombardement, Barack Obama a prononcé un discours d’une vingtaine de minutes devant une centaine de personnes. Parmi les invités figuraient l’ambassadrice des Etats-Unis au Japon, des survivants du bombardement et des lycéens japonais. Des journalistes étaient également présents. La cérémonie n’était par contre pas accessible au grand public pour des raisons de sécurité. Les premiers mots du président américain furent les suivants :

Seventy-one years ago, on a bright cloudless morning, death fell from the sky and the world was changed. A flash of light and a wall of fire destroyed a city and demonstrated that mankind possessed the means to destroy itself. (Il y a 71 ans, lors d’une belle matinée ensoleillée, la mort est tombée du ciel et le monde a changé. Un éclat de lumière et un mur de feu ont détruit une ville et démontré que l’humanité possédait les moyens de s’auto-détruire)

Le discours d’Obama fut assez poignant. À la fois sombre – lorsque le président américain a rappelé que les humains s’étaient fait la guerre depuis la nuit des temps  – et plein d’espoir – lorsqu’il a appelé à la responsabilité commune de l’humanité de faire en sorte qu’une tragédie comme celle d’Hiroshima ne se reproduise plus jamais. Le message principal du président américain était le suivant : les progrès scientifiques sont un bien pour l’humanité mais peuvent aussi avoir des conséquences catastrophiques s’ils ne sont pas accompagnés d’un progrès moral.

Science allows us to communicate across the seas and fly above the clouds, to cure disease and understand the cosmos, but those same discoveries can be turned into ever more efficient killing machines. The wars of the modern age teach us this truth. Hiroshima teaches this truth. Technological progress without an equivalent progress in human institutions can doom us. The scientific revolution that led to the splitting of an atom requires a moral revolution as well. (La science nous permet de communiquer par-delà les mers et de voler au-dessus des nuages, de guérir les maladies et de comprendre le cosmos, mais ces mêmes découvertes peuvent être transformées en machines à tuer encore plus efficaces. Les guerres de l’ère moderne nous enseignent cette vérité. Hiroshima enseigne cette vérité. Le progrès technologique sans un progrès équivalent dans les institutions humaines peut nous condamner. La révolution scientifique qui a mené à la scission d’un atome réclame aussi une révolution morale)

La conclusion du discours se voulait tout de même optimiste.

We must reimagine our connection to one another as members of one human race. For this, too, is what makes our species unique. We’re not bound by genetic code to repeat the mistakes of the past. We can learn. We can choose. We can tell our children a different story, one that describes a common humanity, one that makes war less likely and cruelty less easily accepted. (Nous devons réinventer notre connexion les uns aux autres en tant que membres d’une seule race humaine. Car c’est aussi cela qui rend notre espèce unique. Nous ne sommes pas condamnés génétiquement à répéter les erreurs du passé. Nous pouvons apprendre. Nous pouvons choisir. Nous pouvons raconter à nos enfants une histoire différente, une histoire qui décrive une humanité commune, une histoire qui rende la guerre moins probable et la cruauté moins facilement admise)

Après son discours, Barack Obama a rencontré les survivants du bombardement venus l’écouter. Parmi eux, Shigeaki Mori, qu’il a serré dans ses bras.

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Cet homme, âgé de 79 ans, a non seulement survécu au bombardement d’Hiroshima mais il a également consacré trente-cinq ans de sa vie à ce que les douze victimes américaines de celui-ci soient identifiées, et à ce que leurs noms figurent aux côtés de ceux des autres victimes au sein du mémorial. Son travail a permis de retracer le parcours de ces prisonniers de guerre américains et d’avertir leurs familles qui ignoraient où et comment ils étaient décédés.

Enfin, comme John Kerry le mois dernier, Barack Obama a laissé un petit mot dans le livre d’or du mémorial.

We have known the agony of war. Let us now find the courage, together, to spread peace, and pursue a world without nuclear weapons. (Nous avons connu la douleur atroce de la guerre. Trouvons maintenant le courage, ensemble, de propager la paix, et d’aller vers un monde sans armes nucléaires)

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