L’AMÉRIQUE DIVISÉE APRÈS LA TRAGÉDIE D’ORLANDO

Il y a une semaine, quarante-neuf personnes étaient assassinées dans une discothèque gay d’Orlando. Les réactions politiques à ce massacre sont le miroir d’une Amérique plus divisée que jamais.

RAPPEL DES FAITS

Vous avez très certainement entendu parler de la tragédie d’Orlando au journal télévisé. À l’heure où nous écrivons ces lignes, l’enquête n’est toujours pas terminée et de nouveaux témoignages continuent d’être relayés régulièrement par la presse américaine. Mais faisons le point sur ce que l’on sait.

  • Que s’est-il passé ?

Dimanche 12 juin 2016. Au réveil, les américains apprennent qu’un drame terrible s’est produit dans la nuit à Orlando, en Floride. Aux alentours de deux heures du matin, un homme a ouvert le feu dans une discothèque gay de la ville, le Pulse. Il a ensuite pris certains clients en otage. À cinq heures du matin, la police a donné l’assaut pour libérer les otages et a abattu le tireur. Le bilan est extrêmement lourd: 50 morts (en comptant le tireur) et 53 blessés, dont certains dans un état grave.

  • Que sait-on de l’auteur de la fusillade ?

L’auteur du massacre, abattu par la police, a été rapidement identifié. Il s’agit d’Omar Mateen, un jeune homme de 29 ans. Ses parents sont afghans mais Mateen est américain. Il est né à New York et résidait depuis plusieurs années en Floride. Il avait été interrogé par le FBI à deux reprises, en 2013 et en 2014. Il faisait en effet partie d’une liste de personnes suspectées de sympathie envers l’Etat Islamique. Mais aucune charge n’avait pu être retenue contre lui. Pendant l’attaque du Pulse, Mateen a appelé le 911 et a affirmé agir au nom de l’Etat Islamique. Cependant, tout semble indiquer qu’il ne faisait pas partie de l’organisation ni d’un quelconque réseau terroriste. L’Etat Islamique n’aurait donc pas planifié cette attaque comme les récents attentats de Paris ou de Bruxelles. Mateen aurait agi seul « au nom de » l’Etat Islamique, qui a incité récemment tous ses sympathisants dans les pays occidentaux à perpétrer des attaques contre les « mécréants ». Mateen incarnerait ainsi le profil que les experts du terrorisme redoutent le plus. Celui du « loup solitaire » auto-radicalisé (le plus souvent sur Internet) et qui passe seul à l’action, sans avoir reçu aucun ordre. Les actions terroristes perpétrées par des « loups solitaires » seraient les plus difficiles à prévoir. Enfin, Mateen n’a vraisemblablement pas choisi une discothèque gay pour cible par hasard. Son père a avoué qu’il s’était énervé récemment en voyant deux hommes s’embrasser en public à Miami. Certains de ses anciens collègues de travail ont également raconté qu’il proférait régulièrement des insultes homophobes. Mais d’autres témoins affirment qu’il était un client régulier du Pulse et qu’il était même inscrit sur un site de rencontres homosexuel.

  • La fusillade la plus meurtrière de l’histoire des Etats-Unis

Avec ses 49 victimes, la fusillade d’Orlando est la plus meurtrière de l’histoire des Etats-Unis. Elle dépasse celle du campus universitaire de Virginia Tech (2007, 33 morts) et celle de l’école primaire de Newtown (2012, 26 morts). Mais contrairement à Virginia Tech ou Newtown, cette fusillade est aussi un attentat terroriste perpétré au nom de l’Etat Islamique. Cela en fait donc également l’attaque terroriste la plus meurtrière survenue sur le sol américain depuis le 11 septembre 2001.

LA FAUTE AU TERRORISME OU AUX ARMES À FEU? UNE AMÉRIQUE DIVISÉE

Les messages de solidarité envers les victimes de la tuerie d’Orlando n’ont pas manqué. Les hommes et femmes politiques ont été nombreux à publier des messages de condoléances sur les réseaux sociaux. Marco Rubio, sénateur de Floride, a même appelé au don de sang.

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Mais les divergences entre Démocrates et Républicains ont rapidement sauté aux yeux. Comme nous l’avons vu, les événements d’Orlando peuvent être considérés à la fois comme:

– Une nouvelle fusillade de masse

– Un attentat terroriste

Mais les américains semblent penser qu’il faille absolument choisir entre les deux. Et la divergence d’opinion en fonction de l’affiliation politique est frappante. Regardez les résultats de ce sondage effectué par Gallup quelques jours après la tuerie.

Source: Gallup
Source: Gallup

La question posée aux personnes interrogées était de savoir si elles considéraient les événements d’Orlando davantage comme un acte lié au terrorisme islamique ou davantage comme un acte lié à la violence par armes à feu aux Etats-Unis. Verdict? 79% des Républicains ont répondu qu’il s’agissait davantage d’un acte lié au terrorisme islamique, contre seulement 29% des Démocrates. 60% des Démocrates estimaient qu’il s’agissait davantage d’un acte lié à la violence par armes à feu, contre seulement 16% des Républicains. Chez les Indépendants, les avis étaient plus partagés. 44% d’entre eux pensaient qu’il s’agissait davantage d’un acte lié au terrorisme islamique, alors que 42% pensaient qu’il s’agissait davantage d’un acte lié à la violence par armes à feu aux Etats-Unis.

Cette division au sein de l’opinion publique se reflète évidemment dans les prises de position de la classe politique. Les élus républicains ont ainsi tout de suite qualifié les événements d’Orlando d’ « attaque terroriste ». Ils ont réaffirmé qu’il était nécessaire d’agir plus fermement contre l’Islam radical. Et certains n’ont pas hésité à critiquer le bilan de l’administration Obama en la matière. L’attentat d’Orlando serait une preuve supplémentaire de l’échec de la stratégie mise en place par le président pour lutter contre l’Etat Islamique. Dans un communiqué, le speaker de la Chambre des Représentants, Paul Ryan, écrivait que :

We are a nation at war with Islamist terrorists. (Nous sommes une nation en guerre contre les terroristes islamistes)

Les élus démocrates ont quant à eux davantage insisté sur le fait qu’Omar Mateen ait pu se procurer tout à fait légalement les armes qui lui ont servi à assassiner quarante-neuf personnes. D’après eux, la fusillade d’Orlando rappelle avant tout qu’il est plus que temps de légiférer pour encadrer davantage la vente d’armes à feu. Dans son premier discours adressé à la nation suite à la tuerie, Barack Obama a bien parlé d’ « acte de terreur et de haine ». Mais le président américain a aussi lourdement insisté sur le fait que cette nouvelle tuerie démontrait qu’il était trop facile pour les criminels de se procurer une arme aux Etats-Unis.

This massacre is therefore a further reminder of how easy it is for someone to get their hands on a weapon that lets them shoot people in a school, or in a house of worship, or a movie theater, or in a nightclub. And we have to decide if that’s the kind of country we want to be. And to actively do nothing is a decision as well. (Ce massacre est donc un rappel supplémentaire de combien il est facile pour quelqu’un de mettre la main sur une arme pour tuer des gens dans une école, ou dans un lieu de culte, ou dans un cinéma, ou dans une discothèque. Et nous devons décider si c’est le genre de pays que nous voulons être. Et ne rien faire est aussi une décision)

Quelques jours plus tard, le sénateur démocrate Chris Murphy s’est lancé dans un filibuster afin de réveiller les consciences de ses collègues et d’exiger qu’un vote sur l’encadrement de la vente d’armes soit organisé. Le filibuster de Murphy a duré 14 heures et 51 minutes. Suite à celui-ci, les Républicains ont finalement accepté qu’un vote sur certains amendements ait lieu. Ce vote devrait avoir lieu lundi. Ce qui ne signifie bien sûr pas que les mesures examinées seront adoptées.

LGBT : QUATRE LETTRES MENTIONNÉES DAVANTAGE PAR LES DÉMOCRATES QUE PAR LES RÉPUBLICAINS

La tuerie d’Orlando a également visé directement la communauté LGBT (acronyme de lesbiennes, gays, bisexuels et transgenres). La très grande majorité des élus démocrates a mis ce point en avant, affichant sa solidarité envers cette communauté encore trop souvent victime de discriminations et de crimes de haine. A contrario, la majorité des élus républicains s’est avérée très discrète sur ce point. Le Washington Post s’est penché sur les communiqués publiés par l’ensemble des membres du Congrès (députés et sénateurs). 123 communiqués démocrates mentionnaient l’acronyme LGBT, contre seulement 19 communiqués républicains. Il est vrai que le Parti Républicain n’est pas réputé pour son engagement historique en faveur de la cause homosexuelle. Beaucoup d’élus républicains se disent d’ailleurs toujours personnellement opposés au mariage entre personnes de même sexe. Il y eut tout de même quelques exceptions à la règle. Mitt Romney a par exemple fait part de sa solidarité envers la communauté LGBT dans un tweet.

Traduction: Alors que nous pleurons les victimes du terrorisme islamique à Orlando, Ann & moi adressons une prière particulière à la communauté LGBT qui était la cible de cette attaque.
Traduction: Alors que nous pleurons les victimes du terrorisme islamique à Orlando, Ann & moi adressons une prière particulière à la communauté LGBT qui était la cible de cette attaque.

Mais c’est le discours du lieutenant-gouverneur de l’Utah, Spencer Cox, qui a été le plus remarqué. Ce discours a ému et a été largement diffusé par les internautes sur les réseaux sociaux. Spencer Cox s’exprimait lors d’une veillée organisée pour les victimes et les survivants de l’attaque d’Orlando à Salt Lake City. Bon nombre de personnes qui y assistaient étaient membres de la communauté LGBT. Cox a commencé son discours en disant qu’en tant que Républicain, il n’était sans doute pas la personne que les gens attendaient à ce type d’événements. Il a ensuite expliqué pourquoi il avait décidé de venir et de prendre la parole.

I’m here because, yesterday morning, 49 Americans were brutally murdered. And it made me sad. And it made me angry. And it made me confused. I’m here because those 49 people were gay. I’m here because it shouldn’t matter. But I’m here because it does. I am not here to tell you that I know exactly what you are going through. I am not here to tell you that I feel your pain. I don’t pretend to know the depths of what you are feeling right now. But I do know what it feels like to be scared. And I do know what it feels like to be sad. And I do know what it feels like to be rejected. And, more importantly, I know what it feels like to be loved. (Je suis ici parce que, hier matin, 49 américains ont été brutalement assassinés. Et cela m’a rendu triste. Et cela m’a rendu furieux. Et cela m’a rendu confus. Je suis ici parce que ces 49 personnes étaient homosexuelles. Je suis ici parce que cela ne devrait pas avoir d’importance. Mais je suis ici parce que cela en a. Je ne suis pas ici pour vous dire que je sais exactement ce à quoi vous faites face. Je ne suis pas ici pour vous dire que je ressens votre douleur. Je ne prétends pas connaître l’intensité de ce que vous ressentez en ce moment. Mais je sais ce que c’est que d’avoir peur. Et je sais ce que c’est que d’être triste. Et je sais ce que c’est que d’être rejeté. Et, plus important encore, je sais ce que c’est que d’être aimé)

Cox a ensuite expliqué que dans la petite ville où il a grandi, certains de ses camarades de classe étaient différents et qu’il n’était pas toujours gentil avec eux. Ce n’est que bien plus tard qu’il a appris qu’ils étaient homosexuels.

I will forever regret not treating them with the kindness, dignity and respect – the love – that they deserved. For that, I sincerely and humbly apologize. (Je regretterai toujours de ne pas les avoir traités avec la gentillesse, la dignité et le respect – et l’amour – qu’ils méritaient. Pour cela, je m’excuse sincèrement et humblement)

Il a ensuite ajouté que sa perception des choses avait évolué au fil du temps, parce qu’il avait été amené à côtoyer de nombreuses personnes homosexuelles.

You have treated me with the kindness, dignity, and respect –  the love – that I very often did not deserve. And it has made me love you. (Vous m’avez traité avec la gentillesse, la dignité, et le respect – l’amour – que bien souvent je ne méritais pas. Et j’ai appris à vous aimer)

Cox a poursuivi en appelant les personnes hétérosexuelles (et sans doute aussi bon nombre de ses collègues républicains) à se poser les bonnes questions.

I believe that we can all agree we have come a long way as a society when it comes to our acceptance and understanding of the LGBTQ community. Did I get that right? However, there has been something about this tragedy that has very much troubled me. I believe that there is a question, two questions actually, that each of us needs to ask ourselves in our heart of hearts. And I am speaking now to the straight community. How did you feel when you heard that 49 people had been gunned down by a self-proclaimed terrorist? That’s the easy question. Here is the hard one. Did that feeling change when you found out the shooting was at a gay bar at 2 a.m. in the morning? If that feeling changed, then we are doing something wrong. (Je crois que nous pouvons tous nous accorder sur le fait que nous avons beaucoup évolué en tant que société en ce qui concerne notre acceptation et notre compréhension de la communauté LGBTQ. Est-ce que j’ai bien dit cela? Cependant, il y a quelque chose qui m’a beaucoup troublé suite à cette tragédie. Je crois qu’il y a une question, deux questions en fait, que chacun d’entre nous doit se poser en son for intérieur. Et je m’adresse maintenant à la communauté hétérosexuelle. Comment vous êtes-vous senti lorsque vous avez entendu que 49 personnes avaient été abattues par un terroriste auto-proclamé? Ça, c’est la question facile. Voici la question difficile. Est-ce que ce sentiment a changé quand vous avez appris que la fusillade avait eu lieu dans un bar gay à 2 heures du matin? Si ce sentiment a changé, alors il y a quelque chose que nous faisons mal)

Cox a ensuite également appelé tous les américains à être unis face à la tragédie et à se respecter et s’aimer davantage les uns les autres.

There are no simple policy answers to this tragedy. Beware of anyone who tells you that they have the easy solution. It doesn’t exist. And I can assure you this – that calling people idiots, communists, fascists or bigots on Facebook is not going to change any hearts or minds. Today we need fewer Republicans and fewer Democrats. Today we need more Americans. (Il n’y a pas de réponses politiques simples à cette tragédie. Faites attention à quiconque vous dit qu’il a une solution simple. Elle n’existe pas. Et je peux vous assurer ceci – traiter les gens d’idiots, de communistes, de fascistes ou d’intolérants sur Facebook ne va pas changer les cœurs ni les esprits. Aujourd’hui, nous avons besoin de moins de Républicains et de moins de Démocrates. Aujourd’hui, nous avons besoin de plus d’Américains)

And so may we leave today with a resolve to be a little kinder. May we try to listen more and talk less. May we forgive someone that has wronged us. And perhaps, most importantly, try to love someone that is different than us. For my straight friends, might I suggest starting with someone who is gay? (Et que nous puissions partir d’ici aujourd’hui avec la résolution d’être un peu plus bienveillants. Puissions-nous essayer d’écouter davantage et de parler moins. Puissions-nous pardonner à quelqu’un qui nous a fait du mal. Et peut-être, de manière encore plus importante, essayer d’aimer quelqu’un qui est différent de nous. À mes amis hétérosexuels, pourrais-je suggérer de commencer par quelqu’un qui est gay?)

L’intégralité du discours de Cox (en anglais) est disponible ici.

Venons-en maintenant aux réactions des deux candidats à la présidence, Donald Trump et Hillary Clinton.

DONALD TRUMP CRÉE UNE NOUVELLE FOIS LA POLÉMIQUE

Comme souvent, Donald Trump s’est d’abord exprimé sur son compte Twitter. Et sa réaction a indigné bon nombre d’américains. En effet, alors que tout le monde était encore sous le choc et pensait avant tout aux victimes, le candidat républicain semblait se réjouir que l’attaque d’Orlando ait prouvé qu’il avait raison.

Traduction: J'apprécie les félicitations pour avoir eu raison sur le terrorisme islamique radical, je ne veux pas de félicitations, je veux de la dureté & de la vigilance. Nous devons être intelligents!
Traduction: J’apprécie les félicitations pour avoir eu raison sur le terrorisme islamique radical, je ne veux pas de félicitations, je veux de la dureté & de la vigilance. Nous devons être intelligents!

Polémique supplémentaire le lendemain, lorsque Donald Trump déclare lors d’une interview sur Fox News :

We’re led by a man that either is not tough, not smart, or he’s got something else in mind. And the something else in mind, you know, people can’t believe it. (Nous sommes dirigés par un homme qui soit n’est pas solide, soit n’est pas intelligent, ou bien il a quelque chose d’autre en tête. Et ce quelque chose d’autre, vous savez, les gens ne peuvent pas y croire)

A-t-il sous-entendu que Barack Obama laisserait bien volontiers des attentats se produire sur le sol américain? Plusieurs journalistes ont tenté d’en savoir plus mais Donald Trump et son équipe de campagne ont refusé de clarifier ces propos. Ce ne serait en tout cas pas la première fois que Donald Trump contribuerait à faire circuler une théorie du complot. N’oublions pas qu’il y a quelques années, il avait déjà remis en doute le fait que Barack Obama soit bien né aux Etats-Unis.

Enfin, Donald Trump a prononcé un discours consacré à l’immigration et à la sécurité nationale. Il a assuré que la tuerie d’Orlando était liée au problème de l’Islam radical et non à la libre circulation des armes à feu. Il a vivement critiqué Barack Obama et Hillary Clinton qui refusent d’utiliser le terme « Islam radical » et qui refuseraient donc de voir la réalité en face. Un argument que l’on entend souvent dans la bouche des Républicains en général. Trump a ensuite de nouveau établi un lien très clair entre terrorisme et immigration, rappelant qu’Omar Mateen n’aurait jamais pu passer à l’action à Orlando si ses parents afghans n’avaient pas été admis aux Etats-Unis. Il a assuré que s’il était élu, il interdirait toute immigration en provenance de « zones du monde où il y a une histoire prouvée de terrorisme contre les Etats-Unis, l’Europe ou nos alliés ». Notons que Trump a donc quelque peu modifié sa proposition initiale puisqu’il ne parlait plus ici d’interdire aux musulmans d’entrer sur le territoire américain, mais aux ressortissants d’un certain nombre de pays. L’interdiction ne se baserait donc plus sur la religion mais sur le pays d’origine. Ce qui semble concrètement bien plus réalisable. Cette nouvelle proposition est toutefois toujours loin de faire l’unanimité au sein de son propre camp.

Si Donald Trump a parlé d’interdire toute immigration en provenance de pays où il y a « une histoire prouvée de terrorisme contre les Etats-Unis, l’Europe ou nos alliés », il n’a pas précisé de quels pays il s’agirait exactement. Des journalistes de CNN ont toutefois voulu savoir ce qu’une telle interdiction pourrait signifier concrètement. Ils se sont basés sur une liste de pays établie par le Département d’Etat américain. Trois pays y sont répertoriés comme « sponsors du terrorisme » :

– Syrie

– Iran

– Soudan

Douze autres pays y sont répertoriés comme des « refuges terroristes », c’est-à-dire des pays où les réseaux terroristes sont bien implantés et capables de s’organiser, de recueillir des fonds, de recruter des combattants etc. Il s’agit des pays suivants :

– Afghanistan

– Pakistan

– Irak

– Yémen

– Egypte

– Libye

– Liban

– Somalie

– Mali

– Malaisie

– Philippines

– Indonésie

Enfin, le Département d’Etat épingle encore quatorze autres pays qui ne sont pas considérés comme « refuges terroristes » mais où des réseaux terroristes opèrent tout de même de façon active.

– Mauritanie

– Algérie

– Tunisie

– Niger

– Tchad

– Nigeria

– Cameroun

– Arabie Saoudite

– Israël

– Palestine

– Turquie

– Inde

– Bangladesh

– Russie

Au total, cela fait donc vingt-neuf pays qui devraient logiquement être concernés par la proposition de Donald Trump. Les journalistes de CNN ont choisi d’y ajouter onze pays supplémentaires. Ces pays ne figurent pas sur la liste du Département d’Etat mais la présence de cellules djihadistes y a été constatée. Il s’agit des pays suivants :

– France

– Belgique

– Royaume-Uni

– Espagne

– Bosnie-Herzégovine

– Maroc

– Côte d’Ivoire

– Jordanie

– Koweït

– Qatar

– Bahreïn

D’après CNN, ces pays pourraient également faire partie du plan de Donald Trump. Au total, ce sont donc les ressortissants de quarante pays qui pourraient être interdits d’immigration, et peut-être même de simple séjour touristique (puisqu’il faut généralement obtenir un visa pour cela), aux Etats-Unis.

Les quarante pays qui pourraient être concernés par l'interdiction d'accès au territoire américain sous la présidence de Donald Trump, d'après CNN
Les quarante pays qui pourraient être concernés par l’interdiction d’accès au territoire américain sous la présidence de Donald Trump, d’après CNN

Si Donald Trump décidait effectivement d’interdire toute immigration (temporaire comme définitive) en provenance de ces quarante pays, ce sont des millions de personnes qui seraient affectées. Toujours d’après CNN, ce sont 2,738,528 visas qui ont été délivrés par les Etats-Unis aux ressortissants de ces quarante pays en 2015.

Source: CNN, d'après les chiffres du Département d'Etat
Source: CNN, d’après les chiffres du Département d’Etat

Revenons-en au discours de Donald Trump. Un autre point important de ce discours fut l’appel du pied de Trump à la communauté LGBT. Alors que la plupart de ses collègues républicains ont préféré ne pas trop évoquer le caractère homophobe de l’attentat d’Orlando, Donald Trump n’a pas hésité à insister sur ce point.

A radical Islamic terrorist targeted the nightclub, not only because he wanted to kill Americans, but in order to execute gay and lesbian citizens, because of their sexual orientation. (Un terroriste islamiste radical a visé une discothèque, pas seulement parce qu’il voulait tuer des américains, mais pour exécuter des citoyens homosexuels, en raison de leur orientation sexuelle)

Trump a ensuite affirmé qu’il serait un meilleur président pour la communauté LGBT qu’Hillary Clinton, étant donné qu’il lutterait plus efficacement contre le terrorisme islamique qui vise particulièrement cette communauté.

Ask yourself who is really the friend of women and the LGBT community, Donald Trump with actions or Hillary Clinton with her words? (Demandez-vous qui est vraiment l’ami des femmes et de la communauté LGBT, Donald Trump avec ses actions ou Hillary Clinton avec ses paroles?)

Cette prise de position est inédite. Jusqu’ici, aucun candidat républicain à la présidence n’avait clairement appelé l’électorat LGBT, majoritairement acquis à la cause du Parti Démocrate, à voter en sa faveur.

HILLARY CLINTON APPELLE À L’UNITÉ NATIONALE

Hillary Clinton a elle aussi prononcé un discours suite à l’attentat d’Orlando. Le contraste avec Donald Trump aurait difficilement pu être plus flagrant. La candidate démocrate a en effet appelé tous les américains, Républicains comme Démocrates, à se rassembler et à travailler ensemble, comme ce fut le cas après les attentats du 11 septembre 2001. Elle a aussi rappelé que la stigmatisation de l’Islam et des musulmans n’était pas la solution. Elle a même cité George W. Bush en exemple, rappelant qu’il s’était rendu dans une mosquée peu après les attentats du 11 septembre et qu’il y avait déclaré que l’Islam n’était pas l’ennemi mais une religion de paix. Voici ce qu’a déclaré Hillary Clinton :

Anti-Muslim rhetoric – and threatening to ban the families and friends of Muslim Americans, as well as millions of Muslim business people and tourists from entering our country –  hurts the vast majority of Muslims who love freedom and hate terror. (La rhétorique anti-musulmane – et le fait de menacer d’interdire aux familles et aux amis des musulmans américains, ainsi qu’à des millions d’hommes d’affaires et de touristes musulmans l’entrée sur notre territoire – fait souffrir la grande majorité des musulmans qui aime la liberté et hait la terreur)

Hillary Clinton a également parlé de son plan pour lutter contre le terrorisme. Elle a assuré qu’il fallait continuer à combattre l’Etat Islamique en Syrie et en Irak mais que cela ne suffirait pas, puisque des « loups solitaires » comme Omar Mateen pouvaient continuer de frapper à tout moment. Elle a promis que la lutte contre ces « loups solitaires » serait l’une des priorités de son administration.

As president, I will make identifying and stopping lone wolves a top priority. (En tant que présidente, je ferai de l’identification et de l’arrestation des loups solitaires une priorité absolue)

Mais comment compte-t-elle s’y prendre? Elle n’a en réalité pas donné beaucoup de détails à ce sujet. Seulement quelques grandes lignes sur lesquelles presque tout le monde est probablement prêt à s’accorder :

– Travailler en plus étroite collaboration avec les pays alliés afin de démanteler les réseaux et d’empêcher les départs de combattants occidentaux vers la Syrie.

– Donner plus de moyens aux services de renseignement et aux forces de l’ordre.

– Prévenir la radicalisation, en travaillant notamment avec la communauté musulmane.

CONCLUSION

Le massacre d’Orlando a mis en évidence une réelle division au sein de la classe politique et de la société américaine. Les Républicains considèrent que les événements d’Orlando sont avant tout la conséquence de la montée en puissance de l’idéologie islamiste radicale, alors que les Démocrates ont davantage insisté sur la nécessité de légiférer pour encadrer davantage la vente d’armes à feu. Les Démocrates ont également davantage insisté sur le caractère homophobe de la tuerie que les Républicains. Enfin, les réactions des deux candidats à la présidence, Donald Trump et Hillary Clinton, ont également été diamétralement opposées. Les questions de la lutte contre le terrorisme, de l’immigration (puisque Donald Trump propose de réformer le système d’immigration pour prévenir les attentats) et de la vente d’armes à feu risquent donc de se retrouver plus que jamais au centre de la campagne électorale.

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