RÈGLEMENTS DE COMPTES LORS DU DEUXIÈME DÉBAT PRÉSIDENTIEL

Sans doute le pire débat de l’histoire politique américaine. Nous avons tout de même trouvé le courage d’en rédiger le compte-rendu.

INTRODUCTION

Ce deuxième débat présidentiel a eu lieu dimanche 9 octobre à St. Louis, dans le Missouri. Contrairement au premier et au troisième débat (qui aura lieu le 19 octobre prochain), il s’agissait d’un town hall. Cela signifie que des citoyens étaient présents dans la salle pour poser la moitié des questions de la soirée aux candidats – l’autre moitié revenant aux modérateurs.

Il faut aussi rappeler le contexte très particulier dans lequel ce débat se déroulait. Il avait lieu deux jours à peine après que le Washington Post ait dévoilé une vidéo inédite datant de 2005, dans laquelle on entend Donald Trump déclarer que lorsque vous êtes célèbre, vous pouvez tout vous permettre avec les femmes, y compris les attraper « par la chatte ». Suite à la diffusion de cette vidéo, plusieurs membres du Parti Républicain ont retiré leur soutien à Trump. Pour en savoir plus à ce sujet, nous vous renvoyons à notre dernier Weekly News Flash. La campagne de Donald Trump étant en pleine crise, le débat s’annonçait plus que tendu. Dans la journée, sa directrice de campagne avait renoncé à participer à plusieurs émissions de télévision. Des rumeurs de démission avaient même circulé. Mais quelques heures avant le débat, Kellyanne Conway publiait la photo suivante sur son compte Twitter afin de calmer le jeu. Elle déclarait que Donald Trump et son équipe étaient en route vers St. Louis. Elle précisait aussi que la photo avait été prise par Melania Trump, dont nous éviterons d’évaluer les talents de photographe.

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À peine arrivé à St. Louis, Donald Trump a montré qu’il était prêt à tout pour contrecarrer les attaques probables d’Hillary Clinton au sujet de la fameuse vidéo le mettant en cause.

AVANT LE DÉBAT

Le ton était déjà donné avant même que le débat ne commence. 1h30 avant son coup d’envoi, Donald Trump apparaissait en effet en conférence de presse – diffusée en live sur son compte Facebook – entouré de plusieurs femmes accusant Bill Clinton de les avoir agressées sexuellement ou violées !

Conférence de presse de Donald Trump à St. Louis, Missouri. De gauche à droite: Kathleen Willey, Juanita Broaddrick, Donald Trump, Kathy Shelton, Paula Jones.
Conférence de presse de Donald Trump à St. Louis, Missouri. De gauche à droite: Kathleen Willey, Juanita Broaddrick, Donald Trump, Kathy Shelton, Paula Jones.

Qui sont les quatre femmes qui accompagnaient Donald Trump ?

Paula Jones. En 1991, Bill Clinton, alors gouverneur de l’Arkansas, se serait présenté nu face à elle dans une chambre d’hôtel et lui aurait fait des avances insistantes. Elle a porté plainte pour harcèlement sexuel en 1994. Entre-temps, Clinton était devenu président. Il a toujours nié en bloc les accusations de Jones mais lui a versé la somme de 850,000$ pour qu’elle accepte de mettre fin aux poursuites judiciaires.

Kathleen Willey. Elle accuse Bill Clinton, alors président, de l’avoir agressée sexuellement dans le Bureau Ovale en 1993. Il l’aurait embrassée de force, lui aurait caressé la poitrine et l’aurait forcée à poser sa main sur son pénis.

Juanita Broaddrick. Broaddrick porte des accusations encore plus graves contre Bill Clinton, puisqu’elle l’accuse de viol. Les faits se seraient déroulés en 1978. Elle n’avait pas porté plainte à l’époque mais raconte ouvertement son histoire depuis plusieurs années. Elle accuse Hillary Clinton de l’avoir menacée pour qu’elle garde le silence. Bill Clinton nie évidemment catégoriquement les faits.

Il est important de préciser qu’aucune preuve confirmant les récits de Jones, Willey et Broaddrick n’a jamais pu être apportée.

Kathy Shelton. Le cas de la quatrième femme présente à la conférence de presse de Donald Trump est un peu différent. Elle a été violée en 1975 au bord d’une route de l’Arkansas. Elle n’avait que 12 ans. Elle reproche à Hillary Clinton, qui était avocate à l’époque, d’avoir assuré la défense de son violeur. Hillary Clinton avait notamment demandé qu’on réalise une expertise psychiatrique de Shelton pour s’assurer qu’elle ne puisse pas avoir inventé l’histoire de son viol. Shelton accuse donc la candidate démocrate d’être hypocrite lorsqu’elle déclare avoir toujours défendu les femmes et les enfants. Hillary Clinton s’est toujours défendue en disant qu’elle n’avait fait que son travail d’avocate, défendant au mieux son client.

LE DÉBAT

Participants: Hillary Clinton, Donald Trump

Modérateurs: Martha Raddatz (ABC) & Anderson Cooper (CNN)

Durée du débat: 1h30

Compte-rendu:

  • Pas de poignée de mains !

Habituellement, les candidats se serrent toujours la main en entrant sur le plateau avant un débat. Hillary Clinton et Donald Trump ne l’ont pas fait, ce qui n’a évidemment échappé à personne.

Notons également que tout au long du débat, Donald Trump a désigné Hillary Clinton par le simple pronom « elle » alors qu’il l’avait appelée « Secrétaire Clinton » lors du premier débat.

  • Donald Trump assure sa défense

Donald Trump a tout de suite été interrogé sur ses propos de 2005, dévoilés deux jours plus tôt. Il a répété qu’il s’agissait de propos inappropriés et qu’il s’en excusait. Mais il a également tenté de les dédramatiser en assurant qu’il ne s’agissait là que de « discussions de vestiaire ».

This was locker room talk. I’m not proud of it. I apologize to my family. I apologize to the American people. Certainly I’m not proud of it. But this is locker room talk. (C’était une discussion de vestiaire. Je n’en suis pas fier. Je m’excuse auprès de ma famille. Je m’excuse auprès du peuple américain. Je n’en suis certainement pas fier. Mais c’est une discussion de vestiaire)

Cette défense a suscité une levée de boucliers dans le monde sportif américain. De nombreux athlètes de haut niveau ont exprimé leur colère sur Twitter, expliquant qu’il n’était pas si courant que cela d’entendre dans un vestiaire quelqu’un se vanter d’embrasser et de tripoter des femmes contre leur gré.

Donald Trump a également clairement affirmé qu’il n’avait jamais posé les gestes qu’il décrit dans la vidéo. Il a même ajouté :

Nobody has more respect for women than I do. (Personne n’a plus de respect pour les femmes que moi)

Les modérateurs ont ensuite demandé à Hillary Clinton de réagir. Elle a affirmé que la vidéo montrait bien qui était Donald Trump. Elle a rappelé que ce n’était pas la première fois que l’on entendait le candidat républicain tenir des propos insultants à l’encontre des femmes.

He has said that the video doesn’t represent who he is. But I think it’s clear to anyone who heard it that it represents exactly who he is. Because we’ve seen this throughout the campaign. We have seen him insult women. We’ve seen him rate women on their appearance, ranking them from 1 to 10. We’ve seen him embarrass women on TV and on Twitter. We saw him after the first debate spend nearly a week denigrating a former Miss Universe […]. So, yes, this is who Donald Trump is. (Il a dit que la vidéo ne représentait pas qui il était. Mais je pense qu’il est clair pour tous ceux qui l’ont vue qu’elle représente parfaitement qui il est. Parce que nous avons vu cela tout au long de la campagne. Nous l’avons vu insulter des femmes. Nous l’avons vu évaluer des femmes en fonction de leur apparence, les noter de 1 à 10. Nous l’avons vu mettre des femmes dans l’embarras à la télévision et sur Twitter. Nous l’avons vu après le premier débat passer presque une semaine à dénigrer une ancienne Miss Univers […]. Donc, oui, ceci correspond à qui est Donald Trump)

Invité à reprendre la parole, Donald Trump passera à l’attaque contre Bill Clinton, présent dans la salle.

If you look at Bill Clinton, far worse. Mine are words and his was action. There’s never been anybody in the history of politics in this nation that’s been so abusive to women. […] Hillary Clinton attacked those same women and attacked them viciously. Four of them here tonight. […] When Hillary brings up a point like that and she talks about words that I said 11 years ago, I think it’s disgraceful, and I think she should be ashamed of herself, if you want to know the truth. (Si vous regardez Bill Clinton, c’est bien pire. Mes paroles ne sont que des paroles alors que lui a posé des actes. Il n’y a jamais eu personne dans l’histoire politique de cette nation qui ait été aussi violent avec les femmes. […] Hillary Clinton a attaqué ces mêmes femmes et les a attaquées méchamment. Quatre d’entre elles sont ici ce soir. […] Quand Hillary évoque un point comme celui-là et parle des mots que j’ai prononcés il y a 11 ans, je pense que c’est honteux, et je pense qu’elle devrait avoir honte, si vous voulez savoir la vérité)

Hillary Clinton répliquera en disant que les accusations portées à son encontre par Donald Trump sont mensongères. Elle reprendra aussi les mots prononcés par Michelle Obama lors de la Convention Démocrate: When they go low, you go high (Quand ils tombent bas, vous élevez le niveau).

C’est à peu près le moment choisi par Gary Johnson, candidat du Parti Libertarien à la présidence, pour publier le commentaire suivant sur Twitter.

Traduction: 23 minutes de débat, et nous n'avons encore eu aucune discussion sérieuse à propos de l'emploi, de la dette, ou de notre sécurité.
Traduction: 23 minutes de débat, et nous n’avons encore eu aucune discussion sérieuse à propos de l’emploi, de la dette, ou de notre sécurité.

Et ce n’était pas prêt de s’arranger.

  • Le moment le plus incroyable du débat

Après qu’Hillary Clinton ait accusé Donald Trump de ne pas s’être excusé pour avoir défendu la thèse selon laquelle Barack Obama n’était pas né aux Etats-Unis, Trump a répliqué que c’était à la candidate démocrate de présenter des excuses au président. Trump accuse en effet toujours à tort l’équipe de campagne 2008 d’Hillary Clinton d’avoir été à l’origine de la théorie du birtherism. Trump a ensuite rappelé que Clinton avait perdu les primaires de 2008 face à Barack Obama, avant de déclarer que si elle n’avait pas perdu à nouveau celles de cette année, c’est uniquement parce que le Parti Démocrate avait comploté contre Bernie Sanders. Il a ajouté qu’il avait été très surpris de voir Sanders faire un pacte avec « le diable » en apportant son soutien à Clinton ! Enfin, Donald Trump a affirmé que s’il était élu, il nommerait un « procureur spécial » chargé d’enquêter sur l’affaire des e-mails d’Hillary Clinton.

If I win, I am going to instruct my attorney general to get a special prosecutor to look into your situation, because there has never been so many lies, so much deception. There has never been anything like it, and we’re going to have a special prosecutor. (Si je gagne, je donnerai des instructions à mon ministre de la justice pour qu’il recrute un procureur spécial pour examiner votre situation, parce qu’il n’y a jamais eu autant de mensonges, autant de supercherie. Il n’y a jamais rien eu de tel, et nous aurons un procureur spécial)

S’en est suivi l’échange suivant, sans doute le plus incroyable du débat.

CLINTON : It’s just awfully good that someone with the temperament of Donald Trump is not in charge of the law in our country. (C’est terriblement bien que quelqu’un ayant le tempérament de Donald Trump ne soit pas en charge des lois de notre pays)

TRUMP : Because you’d be in jail. (Parce que vous seriez en prison)

  • L’argument étrange d’Hillary Clinton au sujet de ses e-mails

Hillary Clinton a toujours beaucoup de mal à se défendre lorsqu’elle est interrogée sur l’affaire des e-mails. Après avoir répété que son utilisation d’un serveur privé avait été une erreur, elle a affirmé que personne n’avait pu prouver que son serveur ait été piraté et que des informations classifiées se soient retrouvées entre de mauvaises mains. Un argument plus que contestable. Que son serveur ait été piraté ou non et que des informations classifiées soient ou non tombées entre de mauvaises mains, le problème n’est-il pas avant tout que cela aurait pu se produire alors que cela ne devrait pas être le cas?

  • Les attaques de Donald Trump contre les modérateurs

Donald Trump s’en est pris à plusieurs reprises aux modérateurs pendant le débat. Il leur a notamment reproché de ne pas suffisamment interroger Hillary Clinton au sujet de ses e-mails ou de l’interrompre davantage que Clinton. Il s’est même plaint d’être « seul contre trois ». Ces attaques ont encore accentué le climat délétère du débat.

  • L’Islam et les musulmans

Un citoyen musulman a demandé aux deux candidats ce qu’ils pensaient de la recrudescence de l’islamophobie dans la société américaine. Donald Trump a répondu que l’islamophobie était une « honte » mais qu’on ne pouvait pas nier pour autant qu’il y avait un problème avec l’Islam radical et qu’il fallait pouvoir le nommer. Il a déclaré qu’il fallait s’assurer que les musulmans américains collaborent avec les autorités pour dénoncer les terroristes.

We have to be sure that Muslims come in and report when they see something going on. When they see hatred going on, they have to report it. (Nous devons être sûrs que les musulmans interviennent et dénoncent lorsqu’ils voient quelque chose qui se passe. Lorsqu’ils voient de la haine, ils doivent le signaler)

Un professeur au Brooklyn College nommé Moustafa Bayoumi a réagi avec humour aux propos de Donald Trump sur Twitter.

Traduction: Je suis musulman, et je voudrais signaler un homme fou en train de menacer une femme sur un plateau dans le Missouri.
Traduction: Je suis musulman, et je voudrais signaler un homme fou en train de menacer une femme sur un plateau dans le Missouri.

Ce tweet fut tout simplement le plus partagé de la soirée sur Twitter !

Hillary Clinton a quant à elle répété que les Etats-Unis n’étaient pas en guerre contre l’Islam et que les propos stigmatisants de Donald Trump à l’égard des musulmans servaient les intérêts de l’Etat Islamique, qui les utilise comme argument de propagande.

  • Quand Donald Trump désavoue son colistier devant des millions de téléspectateurs

Interrogée sur le conflit syrien et la situation à Alep, Hillary Clinton a affirmé être en faveur de la mise en place d’une zone d’exclusion aérienne au-dessus de la Syrie, afin que le régime syrien et la Russie ne soient plus en mesure de bombarder la population civile. Une mesure qui n’a jamais été mise en place par l’administration Obama. En revanche, Clinton a répété qu’elle n’enverrait pas de troupes au sol en Syrie. D’après elle, les forces américaines seraient vues comme une force d’occupation et ce ne serait pas une bonne stratégie. Clinton a aussi affirmé qu’elle était favorable à l’ouverture d’une enquête pour crimes de guerre à l’encontre de la Russie.

C’est justement au sujet de la Russie que Donald Trump va afficher une position totalement différente. Le candidat républicain a affirmé que bien qu’il n’aime pas beaucoup Bachar El-Assad, celui-ci a le mérite de combattre l’Etat Islamique, tout comme la Russie. Ce qui n’est pas vraiment exact puisque depuis le début de la guerre civile, le régime syrien a tué beaucoup plus de civils et de rebelles modérés que de combattants de l’Etat Islamique. De même, les bombardements syriens et russes actuels contre la ville d’Alep ne ciblent pas particulièrement l’organisation terroriste. Et pourtant, Donald Trump a affirmé au sujet de la Russie :

I think it would be great if we got along with Russia because we could fight ISIS together. (Je pense que ce serait bien si nous pouvions bien nous entendre avec la Russie parce que nous pourrions combattre l’Etat Islamique ensemble)

Ce n’était évidemment pas la première fois que Donald Trump tenait de tels propos. Mais Martha Raddatz lui a rappelé ce que son colistier Mike Pence avait déclaré lors du débat des candidats à la vice-présidence quelques jours plus tôt, à savoir qu’il faudrait répondre avec force aux provocations russes et que si la Russie continuait à collaborer avec le régime syrien pour tuer des civils à Alep, les Etats-Unis devraient être prêts à employer la force militaire. Réponse de Trump ?

OK. He and I haven’t spoken, and I disagree. I disagree. (OK. Lui et moi n’en avons pas discuté, et je ne suis pas d’accord. Je ne suis pas d’accord)

Ou comment désavouer son colistier en direct devant des millions de téléspectateurs.

  • Les impôts de Donald Trump

Donald Trump a encore répété qu’il avait l’intention de publier ses déclarations de revenus dès qu’il ne serait plus sous audit. Il a aussi répondu aux attaques de Clinton, qui l’accusait de ne pas avoir payé d’impôts fédéraux pendant plusieurs années, en affirmant qu’il n’a fait qu’exploiter des dispositions existantes dans le code fiscal. Si Hillary Clinton trouve ces dispositions si scandaleuses, pourquoi n’a-t-elle pas tenté de les supprimer lorsqu’elle était au pouvoir? Pour Trump, la réponse est simple. Hillary Clinton a intérêt à ce que ces dispositions continuent d’exister car ses riches « amis », qui contribuent au financement de ses campagnes électorales, les utilisent également.

She complains that Donald Trump took advantage of the tax code. Well, why didn’t she change it? Why didn’t you change it when you were a senator? The reason you didn’t is that all your friends take the same advantage that I do. And I do. You have provisions in the tax code that, frankly, we could change. But you wouldn’t change it because all of these people gave you the money so you can take negative ads on Donald Trump. (Elle se plaint que Donald Trump ait profité du code fiscal. Et bien, pourquoi ne l’a-t-elle pas changé? Pourquoi ne l’avez-vous pas changé lorsque vous étiez sénatrice? La raison pour laquelle vous ne l’avez pas fait est que tous vos amis en profitent comme moi. Et je le fais. Vous avez des dispositions dans le code fiscal que, franchement, nous pourrions changer. Mais vous ne les changerez pas à cause de tous ces gens qui vous donnent de l’argent pour que vous puissiez réaliser des publicités négatives sur Donald Trump)

Si l’attaque de Trump parlera sans doute à beaucoup d’électeurs convaincus que les politiciens ne font que parler mais n’agissent jamais, il faut préciser qu’Hillary Clinton ne pouvait évidemment pas changer à elle seule la législation lorsqu’elle était sénatrice.

  • Hillary Clinton et les « déplorables »

Donald Trump a reproché à Hillary Clinton d’avoir qualifié la moitié de ses supporters de « déplorables », ce qui prouverait son mépris à l’égard du peuple américain. Clinton a répondu qu’elle s’était excusée.

I said that I was sorry about the way I talked about that, because my argument is not with his supporters. It’s with him and with the hateful and divisive campaign that he has run. (J’ai dit que j’étais désolée de la manière dont j’avais parlé de cela, parce que ses supporters ne sont pas mon problème. C’est lui et la campagne odieuse et clivante qu’il mène)

Hillary Clinton ne dit ici pas tout à fait la vérité. Elle s’est en effet excusée, mais uniquement d’avoir déclaré que la moitié des supporters de Trump étaient déplorables, reconnaissant qu’il s’agissait sans doute là d’une généralisation trop importante. Mais elle ne s’est pas véritablement excusée d’avoir utilisé le terme « déplorables ».

  • Donald Trump et Twitter

Anderson Cooper a interrogé Donald Trump sur son usage de Twitter, rappelant que le candidat républicain y publie parfois des messages insultants à des heures tardives, comme le tweet suggérant aux américains de regarder la sex tape d’une ex-Miss Univers, publié à 3h du matin. Cooper a demandé à Trump si cela n’était pas révélateur d’un manque de discipline incompatible avec l’exercice de la fonction de président. Donald Trump a tout d’abord nié avoir jamais demandé à ses abonnés de visionner une sex tape. Voici pourtant le tweet en question.

Traduction: Est-ce qu'Hillary la malhonnête a aidé la répugnante (regardez sa sex tape et son passé) Alicia M à devenir citoyenne américaine pour pouvoir l'utiliser lors du débat?
Traduction: Est-ce qu’Hillary la malhonnête a aidé la répugnante (regardez sa sex tape et son passé) Alicia M à devenir citoyenne américaine pour pouvoir l’utiliser lors du débat?

Ensuite, Donald Trump a affirmé qu’il n’était pas peu fier de son usage de Twitter.

Tweeting happens to be a modern day form of communication. I mean, you can like it or not like it. I have, between Facebook and Twitter, I have almost 25 million people. It’s a very effective way of communication. So you can put it down, but it is a very effective form of communication. I’m not un-proud of it, to be honest with you. (Tweeter est une forme moderne de communication. Je veux dire, vous pouvez aimer cela ou non. J’ai, entre Facebook et Twitter, j’ai presque 25 millions de personnes qui me suivent. C’est un moyen de communication très efficace. Donc vous pouvez le dénigrer, mais c’est un moyen de communication efficace. Je n’en suis pas peu fier, pour être honnête avec vous)

  • Quelques mots gentils pour la fin

Voici la toute dernière question posée lors du débat par un électeur indécis: Regardless of the current rhetoric, would either of you name one positive thing that you respect in one another? (En dépit de la rhétorique actuelle, pourriez-vous chacun nommer une chose positive que vous respectez l’un chez l’autre?). La question a suscité des rires dans la salle. Même Hillary Clinton et Donald Trump ont esquissé un sourire. Clinton fut la première à répondre. Elle a déclaré que ce qu’elle respecte chez Donald Trump, ce sont ses enfants.

I respect his children. His children are incredibly able and devoted, and I think that says a lot about Donald. (Je respecte ses enfants. Ses enfants sont incroyablement doués et dévoués, et je pense que cela en dit long à propos de Donald)

Pas certain qu’Hillary Clinton ait trouvé là la meilleure parade possible. A-t-elle par exemple oublié le récent tweet polémique de Donald Trump Jr. comparant les réfugiés syriens à des Skittles? Peut-être pensait-elle avant tout à Ivanka, très amie avec sa propre fille Chelsea?

Quant à Donald Trump, il a reconnu qu’Hillary Clinton n’abandonnait jamais.

She doesn’t quit. She doesn’t give up. I respect that. (Elle n’arrête jamais. Elle n’abandonne jamais. Je respecte cela)

LE PHÉNOMÈNE KEN BONE

Honnêtement, nous n’avons pas vraiment compris pourquoi les américains s’étaient subitement attachés au personnage Ken Bone. Mais puisque le phénomène a pris une ampleur considérable, nous avons sans doute le devoir d’en parler. Ken Bone est l’un des électeurs indécis ayant posé une question aux candidats lors du débat. Sa question portait sur l’énergie et était, il est vrai, pertinente et d’un niveau plus élevé que le niveau général affiché jusque-là par les deux candidats. Peut-être est-ce pour cela que les américains sont tombés amoureux du personnage. Son look y est sans doute aussi pour quelque chose. Pull rouge, moustache, lunettes, une bonhomie naturelle. Certains internautes l’ont aussi immédiatement comparé à l’un des personnages du dessin animé Toy Story 2.

Traduction: Ken Bone immédiatement contacté après le débat pour jouer dans un remake de Toy Story 2
Traduction: Ken Bone immédiatement contacté après le débat pour jouer dans un remake de Toy Story 2

Ken Bone est donc rapidement devenu une véritable vedette sur Internet. Le phénomène a pris une telle ampleur qu’il a fini par être invité sur les plateaux de télévision. Il a expliqué qu’avant le débat, il penchait légèrement en faveur de Donald Trump mais que les réponses d’Hillary Clinton l’avaient davantage convaincu. Il a déclaré être donc désormais plus indécis que jamais. Il n’a pas non plus hésité à profiter de sa notoriété naissante pour commercialiser un t-shirt à son effigie !

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DES AUDIENCES EN BAISSE

Le deuxième débat présidentiel a réuni 66,5 millions de téléspectateurs. C’est moins que le premier, qui en avait réunis 84 millions (record historique). Comment expliquer cette baisse d’audience? Tout d’abord, le débat avait lieu le dimanche soir et un match de football américain important avait lieu au même moment. Ensuite, un certain nombre d’américains étaient privés d’électricité, et donc de télévision, après le passage de l’ouragan Matthew. Enfin, peut-être que certains américains en ont assez de cette campagne déplorable et savaient que ce débat ne leur apprendrait pas grand-chose de plus sur le programme des candidats. Notons tout de même que, si les audiences télévisées étaient en baisse, ce débat a en revanche été le plus commenté de l’histoire aussi bien sur Twitter que sur Facebook. Sur Twitter, plus de 17 millions de tweets relatifs au débat ont été publiés !

VAINQUEURS ET PERDANTS

Terminons comme d’habitude en désignant les vainqueurs et les perdants de la soirée.

  • Les gagnants

Hillary Clinton. D’après un sondage réalisé par CNN, 57% des personnes ayant regardé le débat estimaient qu’Hillary Clinton l’avait emporté. Il est vrai que la candidate démocrate a su rester calme et souriante face aux attaques parfois très virulentes de Donald Trump. De plus, elle continue à présenter des propositions plus cohérentes que celles de son opposant. Néanmoins, la performance de Clinton a encore une fois démontré ses nombreuses faiblesses et nous avons tendance à penser qu’elle aurait pu se retrouver en grande difficulté face à un autre adversaire républicain. Mais, avec des si, on refait le monde, n’est-ce pas?

Martin O’Malley. Nous attribuons le prix du meilleur tweet de la soirée à l’ex-adversaire d’Hillary Clinton et de Bernie Sanders aux primaires démocrates.

Traduction: Mon chien, Rex, est embarrassé par Donald Trump.
Traduction: Mon chien, Rex, est embarrassé par Donald Trump.

Ken Bone. Forcément.

Sander van de Pavert. Cet homme travaille pour la chaîne de télévision néerlandaise LuckyTV et on le remercie infiniment pour la réalisation de cette vidéo parodique qui a fait rire des millions de personnes à travers le monde. À visionner avec le son !

  • Les perdants

Donald Trump. Soyons honnêtes, Donald Trump a été meilleur que lors du premier débat. Alors que tout le monde s’attendait à ce qu’il s’effondre totalement, il est parvenu à limiter la casse. Cependant, si sa performance aura convaincu ses supporters les plus fervents, il n’a rien fait pour rassurer les électeurs indécis. Et il est peu probable que la base électorale que Trump s’est construite, bien qu’importante, soit suffisante pour lui permettre de remporter l’élection.

Mike Pence. Être désavoué devant des millions de téléspectateurs par son colistier, cela ne doit pas être très agréable. Curieusement, cela n’a pas empêché le gouverneur de l’Indiana de féliciter Donald Trump sur Twitter après le débat.

Traduction: Félicitations à mon colistier Donald Trump pour une grande victoire lors du débat! Fier d'être à tes côtés pendant que nous rendons à l'Amérique sa grandeur.
Traduction: Félicitations à mon colistier Donald Trump pour une grande victoire lors du débat! Fier d’être à tes côtés pendant que nous rendons à l’Amérique sa grandeur.

L’Amérique. Ce débat a été davantage consacré aux insultes réciproques qu’à une véritable discussion politique. Franchement, le spectacle était affligeant. Et lorsque l’on prend un peu de recul, on a du mal à croire qu’il s’agissait bien d’un débat pour départager deux candidats à la présidence des Etats-Unis, pays le plus puissant de la planète.

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