WEEKLY NEWS FLASH #139

Deux mots pour résumer la semaine: inquiétude et désarroi. Inquiétude et désarroi en lisant des extraits du livre de Bob Woodward dans la presse et en se demandant: « Est-ce vraiment possible? ». Inquiétude et désarroi en constatant qu’une audition aussi importante que celle d’un candidat à la Cour Suprême peut se transformer en véritable cirque partisan. Bienvenue dans la quatrième dimension, ou peut-être même la cinquième, on ne sait plus trop. 

LE LIVRE DE LA SEMAINE

Fear. Trump in the White House, de Bob Woodward. Des extraits alarmants de l’ouvrage du célèbre journaliste – qui ne sera disponible en librairie que le 11 septembre – sont parus dans la presse. Woodward y décrit un président Trump isolé et considéré par ses propres collaborateurs comme un danger pour la sécurité nationale !

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Pour rédiger cet ouvrage de 448 pages, Bob Woodward a interrogé de très nombreuses personnes ayant travaillé ou travaillant encore avec Donald Trump à la Maison Blanche ou au sein de son administration. Son récit se base sur plusieurs centaines d’heures d’interviews qu’il a enregistrées, ainsi que sur de nombreux documents qu’il est parvenu à obtenir. Woodward a obtenu l’autorisation de la part de ses sources de publier les informations obtenues, tout en garantissant leur anonymat. Autrement dit, on sait que des sources au sein de l’administration ont délivré les informations contenues dans le livre à Woodward, mais on ignore qui lui a parlé et qui a dit quoi.

Il est évidemment impossible de dire si tout ce qui est relaté dans le livre est vrai. Certaines personnes pourraient avoir raconté des mensonges à Woodward pour nuire au président Trump. C’est d’ailleurs ce qu’affirme la Maison Blanche. Cependant, contrairement à Michael Wolff ou Omarosa, qui ont publié des livres alarmants du même acabit, Bob Woodward a une réputation de journaliste sérieux, qui recoupe ses sources et ne délivre pas d’informations sans être certain qu’elles soient correctes. Woodward a écrit sur de nombreux présidents américains et a remporté deux fois le prix Pulitzer, notamment pour la manière dont il a révélé et couvert le scandale du Watergate avec Carl Bernstein.

Voici donc les principales anecdotes issues du livre de Bob Woodward et parues dans la presse cette semaine:

∗ Certains collaborateurs de Donald Trump seraient allés jusqu’à faire disparaître des documents du bureau du président afin qu’il ne puisse pas les voir ou les signer. Ce serait notamment le cas de Gary Cohn, ex-conseiller économique de Donald Trump qui a quitté la Maison Blanche au mois de mars. Il aurait notamment caché un document qui, si le président l’avait signé, aurait retiré les Etats-Unis d’un accord commercial les liant à la Corée du Sud. Gary Cohn aurait jugé que la signature du document était un danger pour la sécurité nationale américaine. En effet, en guise de représailles, la Corée du Sud aurait pu mettre un terme à un accord de coopération avec les Etats-Unis qui permet aux Américains d’être alertés en quelques secondes lorsqu’un tir de missile est effectué par la Corée du Nord.

« Je l’ai volé de son bureau. Je ne voulais pas qu’il puisse le voir. Il ne devait jamais voir ce document. Il fallait protéger le pays », aurait déclaré Gary Cohn à l’un de ses anciens associés.

D’après Woodward, Rob Porter, un ancien secrétaire à la Maison Blanche (qui a été contraint de démissionner après avoir été accusé de violences conjugales), aurait également agi comme Gary Cohn à plusieurs reprises pour cacher des documents au président.

∗ John Kelly, le chef de cabinet de la Maison Blanche, aurait qualifié à plusieurs reprises le président Trump d’ « idiot » et de « fou ». Lors d’une réunion avec des membres de son staff, il aurait notamment déclaré:

He’s an idiot. It’s pointless to try to convince him of anything. He’s gone off the rails. We’re in crazytown. I don’t even know why any of us are here. This is the worst job I’ve ever had. (C’est un idiot. C’est inutile d’essayer de le convaincre de quoi que ce soit. Il a déraillé. Nous sommes chez les fous. Je ne sais même pas pourquoi nous sommes là. C’est le pire job que j’ai jamais eu)

∗ Lors d’un meeting au Pentagone en juillet 2017, Donald Trump se serait énervé au cours d’une discussion portant sur la stratégie à adopter en Afghanistan. Il aurait lancé à ses généraux:

You should be killing guys. You don’t need a strategy to kill people. (Vous devriez être en train de tuer des gens. Vous n’avez pas besoin d’une stratégie pour tuer des gens)

Lors de cette même réunion, Donald Trump aurait aussi déclaré qu’il ne voyait pas l’intérêt de garder des troupes américaines en Corée du Sud.

C’est à l’issue de cette réunion que le Secrétaire d’Etat de l’époque, Rex Tillerson, aurait déclaré au sujet du président: « He’s a fucking moron » (C’est un putain d’abruti).

Les propos de Tillerson avaient fini par filtrer dans la presse et il avait été licencié quelques mois plus tard.

∗ Le sujet des troupes stationnées en Corée du Sud aurait été abordé à de nombreuses autres reprises par le président, qui affirmerait sans cesse que cela coûte trop cher aux Etats-Unis.

Lors d’une réunion en janvier 2018, le Secrétaire à la Défense, James Mattis, aurait tenté de lui expliquer que les Etats-Unis devaient garder des troupes en Corée du Sud « pour éviter la Troisième Guerre Mondiale ». Le président n’aurait pas été convaincu et aurait répliqué:

I think we could be so rich if we weren’t stupid. (Je pense que nous pourrions être tellement riches si nous n’étions pas stupides)

À l’issue de cette réunion, James Mattis aurait déclaré à certains de ses collaborateurs au Département de la Défense que le président avait une compréhension des enjeux « digne de celle d’un enfant de cinquième ou sixième primaire ».

∗ De nombreux collaborateurs du président seraient aussi très préoccupés par ses tweets. Certains affirment que « Twitter pourrait nous entraîner dans une guerre ». Ils auraient tenté de convaincre Donald Trump de cesser de tweeter instinctivement sur des sujets relatifs à la politique étrangère et à la sécurité nationale, en vain. Plusieurs personnes auraient même suggéré au président de faire voir les brouillons de ses tweets à ses conseillers pour que ceux-ci lui donnent leur accord avant publication. Cela n’a pas fonctionné et l’idée aurait désormais été abandonnée.

Donald Trump serait quant à lui très fier de ses tweets et de leur impact. Lorsque Twitter a augmenté la limite des tweets de 140 à 280 caractères, le président aurait déclaré à Rob Porter:

It’s a good thing, but it’s a bit of a shame because I was the Ernest Hemingway of 140 characters. (C’est une bonne chose, mais c’est un peu dommage parce que j’étais le Ernest Hemingway des 140 caractères)

∗ L’un des avocats de Donald Trump, John Dowd, aurait qualifié le président de « putain de menteur » et lui aurait expliqué que s’il devait être interrogé par le procureur Mueller, il finirait « dans une tenue orange ».

∗ Tout au long du livre, Woodward décrit aussi un président Trump paranoïaque, obsédé par son image dans les médias et qui prendrait plaisir à humilier les membres de sa propre administration. Il se serait notamment un jour moqué de son ministre de la Justice Jeff Sessions devant plusieurs personnes, déclarant à son sujet, en imitant l’accent du Sud,

This guy is mentally retarded. He’s this dumb southerner. (Ce gars est mentalement attardé. C’est un stupide sudiste)

∗ Enfin, voilà comment Reince Priebus, le premier chef de cabinet de Donald Trump à la Maison Blanche, aurait décrit l’ambiance au sein de l’administration Trump:

When you put a snake and a rat and a falcon and a rabbit and a shark and a seal in a zoo without walls, things start getting nasty and bloody. (Lorsque vous placez un serpent, un rat, un faucon, un lapin, un requin et un phoque dans un zoo sans murs, les choses deviennent vite dégoûtantes et sanglantes)

∗ Pour la route, une dernière anecdote rapportée dans le livre de Woodward et qui n’implique pas directement le président Trump.

Sean Spicer, l’ancien porte-parole de la Maison Blanche qui est aussi membre de la réserve de la Navy, aurait régulièrement tenté de convaincre le Secrétaire à la Défense James Mattis d’accorder davantage d’interviews lors des émissions politiques télévisées du dimanche. Cela aurait permis selon lui d’améliorer l’image de l’administration, Mattis étant considéré comme sérieux et plutôt populaire. Mattis aurait systématiquement refusé et, lassé de ses demandes répétées, aurait fini par dire à Spicer:

Sean, I’ve killed people for a living. If you call me again, I’m going to fucking send you to Afghanistan. Are we clear? (Sean, j’ai tué des gens pour gagner ma vie. Si tu m’appelles encore, je vais t’envoyer en Afghanistan. Est-ce que c’est clair?)

Notez que John Kelly, James Mattis et d’autres ont nié avoir tenu les propos qui leur sont attribués dans le livre de Bob Woodward.

Invité dans une émission télévisée pour parler de son livre ce dimanche, Bob Woodward a résumé ainsi la situation:

You look at the operation of this White House and you have to say, « Let’s hope to God we don’t have a crisis ». (Vous regardez la manière dont cette Maison Blanche fonctionne et vous vous dites, « Prions pour que nous ne soyons pas confrontés à une véritable situation de crise »)

L’ARTICLE ANONYME DE LA SEMAINE

Un article anonyme publié dans le New York Times est venu rajouter de l’huile sur le feu déclenché par le livre de Bob Woodward.

Cette tribune anonyme est attribuée par le journal à « un membre haut placé au sein de l’administration Trump » et est intitulée I Am Part of the Resistance Inside the Trump Administration (Je fais partie de la résistance au sein de l’administration Trump). Son auteur y affirme être membre d’une coalition luttant contre les pires instincts du président au sein même de l’administration. Le New York Times affirme avoir publié la tribune à la demande de son auteur et avoir accepté de garantir son anonymat car « révéler son identité mettrait son emploi en danger ».

Extraits:

We believe our first duty is to serve this country, and the president continues to act in a manner that is detrimental to the health of our republic. That is why many Trump appointees have vowed to do what we can to preserve our democratic institutions while thwarting Mr. Trump’s more misguided impulses until he is out of office. (Nous croyons que notre premier devoir est celui de servir ce pays, et le président continue d’agir d’une manière qui nuit à la santé de notre république. C’est pourquoi de nombreux membres de l’administration Trump ont juré de faire ce qu’ils peuvent pour préserver nos institutions démocratiques en contrecarrant les coups de tête les plus malencontreux de Mr. Trump jusqu’à ce qu’il ne soit plus à la Maison Blanche)

Although he was elected as a Republican, the president shows little affinity for ideals long espoused by conservatives: free minds, free markets and free people. (Bien qu’il ait été élu en tant que Républicain, le président montre peu d’affinités pour les idéaux auxquels les conservateurs adhèrent depuis longtemps: des esprits libres, des marchés libres et des peuples libres)

In addition to his mass-marketing of the notion that the press is the « enemy of the people », President Trump’s impulses are generally anti-trade and anti-democratic. (En plus de sa promotion marketing de l’idée selon laquelle la presse est l’ « ennemie du peuple », les instincts du Président Trump sont généralement anti-marché et anti-démocratiques)

The erratic behavior would be more concerning if it weren’t for unsung heroes in and around the White House. Some of his aides have been cast as villains by the media. But in private, they have gone to great lengths to keep bad decisions contained to the West Wing, though they are clearly not always successful. (Le comportement imprévisible du président serait encore plus inquiétant s’il n’y avait pas des héros méconnus à l’intérieur et autour de la Maison Blanche. Certains de ses collaborateurs ont été décrits comme des méchants par les médias. Mais en privé, ils se donnent beaucoup de mal pour que de mauvaises décisions restent contenues dans l’aile Ouest [de la Maison Blanche], même s’ils n’y parviennent pas toujours)

Vous pouvez lire la tribune complète en cliquant ici.

Qui a écrit cette tribune? Les spéculations vont bon train. D’après la description du New York Times, l’auteur est « un membre haut placé au sein de l’administration Trump ». Cela pourrait donc être quelqu’un qui travaille avec le président au sein de la Maison Blanche, un membre de son Cabinet, un ambassadeur en poste à l’étranger, ou même quelqu’un de moins connu ayant un poste relativement important au sein d’un ministère ou du Conseil à la sécurité nationale. Cependant, le New York Times aurait-il pris le risque de publier la tribune si son auteur n’était pas quelqu’un de très connu et respecté, sachant qu’il finirait peut-être un jour par être démasqué?

Quoi qu’il en soit, Donald Trump est furieux. Il a affirmé que l’auteur de cette tribune était coupable de « trahison » et mettait en danger la sécurité nationale. Il a aussi demandé à son ministre de la Justice Jeff Sessions d’ouvrir une enquête pour découvrir de qui il s’agit. Il est loin d’être certain que Jeff Sessions obéisse au président, pour la simple et bonne raison que l’auteur de la tribune n’a commis aucun crime en faisant usage de son droit à la liberté d’expression. (Un débat a en revanche vu le jour dans le milieu de la presse pour savoir si le New York Times avait eu raison d’accepter de publier une tribune d’une telle importance sans dévoiler le nom de son auteur. Mais si cette décision est peut-être discutable, il ne s’agit là non plus certainement pas d’un crime). Le Département de la Justice peut poursuivre des membres de l’administration lorsque ceux-ci ont dévoilé des informations classifiées, ce qui est considéré comme un crime. Ce n’est pas le cas de l’auteur de cette tribune.

Face à la colère du président et à l’émoi suscité par la publication de la tribune, de nombreux membres de l’administration se sont empressés d’affirmer qu’ils n’en étaient pas l’auteur. Rien ne garantit évidemment qu’un tel démenti ne soit pas mensonger. Mais voici la liste de ceux qui ont tenu à faire savoir qu’ils n’étaient pas l’auteur anonyme:

  • Mike Pence, vice-président
  • James Mattis, Secrétaire à la Défense
  • Mike Pompeo, Secrétaire d’Etat
  • Jeff Sessions, Attorney General
  • Kirstjen Nielsen, Secrétaire à la Sécurité Intérieure
  • Dan Coats, Directeur du renseignement national
  • Steven Mnuchin, Secrétaire au Trésor
  • Rick Perry, Secrétaire à l’Énergie
  • Ben Carson, Secrétaire au Logement
  • Alex Acosta, Secrétaire au Travail
  • Robert Wilkie, Secrétaire aux Anciens Combattants
  • Nikki Haley, Ambassadrice auprès des Nations Unies
  • Sarah Sanders, porte-parole de la Maison Blanche

L’AUDITION DE LA SEMAINE

L’autre grosse actualité de la semaine, c’était l’audition du juge Brett Kavanaugh par le Senate Judiciary Committee. Kavanaugh a été nommé par le président Trump au poste de juge à la Cour Suprême mais sa nomination doit être confirmée par le Sénat.

L’audition de Brett Kavanaugh a débuté mardi 4 septembre et a duré trois jours. Elle a été mouvementée et marquée par de nombreux affrontements entre sénateurs républicains et démocrates.

Jour 1, mardi 4 septembre

Brett Kavanaugh est resté silencieux pendant la majeure partie de la première journée de son audition. En effet, sénateurs républicains et démocrates membres du comité chargé de l’auditionner ont passé le plus clair de leur temps à s’invectiver, les Démocrates reprochant aux Républicains, et plus particulièrement au président du comité Chuck Grassley, de ne pas vouloir leur donner accès à certains documents relatifs à la période lors de laquelle Brett Kavanaugh a travaillé comme secrétaire de George W. Bush à la Maison Blanche.

Chuck Grassley avait à peine pris la parole pour annoncer le coup d’envoi de l’audition que la sénatrice démocrate Kamala Harris l’interrompait déjà pour réclamer son report tant que davantage de documents ne seraient pas accessibles. Grassley a évidemment refusé de reporter l’audition.

Le début de la séance a aussi été interrompu par des manifestants anti-Kavanaugh qui ont pénétré dans la salle et ont dû être évacués par la police du Capitole. Au total, 70 personnes ont été arrêtées.

Brett Kavanaugh a finalement pu prendre la parole aux alentours de 16h30, soit sept heures environ après le début de l’audition ! Il a essentiellement insisté sur son indépendance et sa neutralité.

A good judge must be an umpire – a neutral and impartial arbiter who favors no litigant or policy. (Un bon juge doit être un arbitre – un arbitre neutre et impartial qui ne favorise pas l’un des plaignants ou une politique)

A judge must be independent and must interpret the law, not make the law. (Un juge doit être indépendant et doit interpréter la loi, pas faire la loi)

Over the past 12 years, I have ruled sometimes for the prosecution and sometimes for criminal defendants, sometimes for workers and sometimes for businesses, sometimes for environmentalists and sometimes for coal miners. In each case, I have followed the law. I don’t decide cases based on personal or policy preferences. (Au cours des 12 dernières années, j’ai parfois tranché en faveur de l’accusation et parfois en faveur de la défense, parfois en faveur des travailleurs et parfois en faveur des patrons, parfois en faveur des défenseurs de l’environnement et parfois en faveur de l’industrie du charbon. Dans chaque cas, j’ai suivi la loi. Je ne décide pas en fonction de mes préférences personnelles ou politiques)

Kavanaugh a également insisté sur ses qualités d’homme en dehors du tribunal, expliquant qu’il est impliqué dans la vie de sa communauté. Il a ainsi expliqué qu’il enseigne le droit à des étudiants (notamment à Harvard), qu’il est le coach d’une équipe féminine de basketball et qu’il participe régulièrement à la distribution de repas à des sans-abris avec des amis de sa paroisse.

Jour 2, mercredi 5 septembre

Ce n’est que lors de la deuxième journée de son audition que les sénateurs ont commencé à poser des questions à Brett Kavanaugh. Questions auxquelles le juge n’a pas toujours répondu assez clairement au goût des Démocrates. Il n’a ainsi pas véritablement répondu à la question de savoir s’il serait prêt à revenir sur l’arrêt Roe v Wade, qui a légalisé l’avortement aux Etats-Unis. Il n’a en fait cessé d’affirmer qu’il ne pouvait pas se prononcer sur des « cas hypothétiques ».

Jour 3, jeudi 6 septembre

Le troisième et dernier jour de l’audition de Brett Kavanaugh fut marqué par le show Cory Booker. Le sénateur démocrate du New Jersey – aussi considéré comme un candidat potentiel à l’élection présidentielle de 2020 – a annoncé qu’il allait publier des documents confidentiels, c’est-à-dire visibles uniquement par les membres du comité mais non accessibles au grand public. Booker a effectivement publié ces documents sur son site web. Il s’agit d’e-mails rédigés par Kavanaugh à l’époque où il travaillait à la Maison Blanche. Booker s’est vanté d’avoir le courage d’enfreindre le règlement du Sénat pour publier ces documents afin d’informer le public. Il a déclaré qu’il s’agissait d’un acte de « désobéissance civile » et qu’il était prêt à en assumer les conséquences, y compris une possible sanction, voire une expulsion du Sénat. Il s’est même comparé à Spartacus.

Pourtant, un peu plus tard dans la journée, on apprenait que les documents publiés par Booker avaient en réalité été déclassifiés la veille. Booker et les autres sénateurs avaient été avertis le matin même qu’ils étaient désormais autorisés à les dévoiler au public. Autrement dit, Cory Booker a fait croire qu’il commettait un acte courageux de désobéissance civile alors qu’il n’en était rien. Plusieurs élus républicains ont violemment critiqué Booker, accusé d’avoir tout mis en scène pour se faire bien voir des électeurs démocrates en vue de sa candidature à la présidentielle de 2020. Et on ne vous parle même pas des moqueries des internautes sur Twitter…

L’HOMME DE LA SEMAINE

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Jon Kyl est de retour au Sénat. Il a été désigné par le gouverneur de l’Arizona pour succéder à John McCain jusqu’aux élections de 2020. Ce Républicain est expérimenté puisqu’il fut déjà sénateur de l’Arizona de 1995 à 2013.

LA DÉCLARATION DE LA SEMAINE

I probably think about it every morning when I wake up. (J’y pense probablement à peu près chaque matin en me levant)

Ben Sasse, sénateur républicain du Nebraska, en réponse à la question de savoir s’il songe parfois à quitter le Parti Républicain, lors d’une interview sur CNN.

Ben Sasse a aussi réagi aux révélations issues du livre de Bob Woodward, affirmant qu’il était fatigué du « chaos » et du « cirque de téléréalité » à la Maison Blanche.

LA VIDÉO DE LA SEMAINE

On assiste vraiment à des choses incroyables en 2018…

Le polémiste Alex Jones* avait décidé de venir assister à une audition au Sénat cette semaine. Les patrons de plusieurs entreprises de la Silicon Valley (Google, Facebook, Twitter…) étaient interrogés par le Senate Intelligence Committee. L’objectif principal de l’audition était de discuter de l’instrumentalisation des réseaux sociaux par des acteurs étrangers dans le but d’influencer le résultat des élections américaines et de la manière de lutter le plus efficacement possible contre ce phénomène.

*Pour ceux qui ne connaissent pas Alex Jones, il est le patron d’un site web baptisé InfoWars qui prétend informer les Américains mais propage en réalité de très nombreuses théories du complot complètement folles. Jones prétend notamment que les Américains n’ont en réalité jamais mis le pied sur la Lune et que l’administration Bush a orchestré les attentats du 11 septembre 2001. Après la tuerie dans l’école primaire de Sandy Hook en 2012, il avait expliqué à ses fans que l’attaque n’avait en réalité fait aucun mort et qu’il s’agissait d’une opération orchestrée par des activistes opposés aux armes à feu et qui voulaient ainsi faire adhérer les Américains à leur cause. En 2017, Jones a déclaré que les Démocrates allaient bientôt déclencher le « génocide des Blancs ». Et ce ne sont là que quelques exemples. Ce qui est plus effrayant est que le site web InfoWars reçoit environ 10 millions de visites par mois.

Alex Jones, dont les comptes YouTube, Facebook et Twitter ont tous été récemment supprimés par ces plateformes, entendait quant à lui profiter de l’occasion pour protester contre ce qu’il qualifie d’atteinte à sa liberté d’expression.

Lors d’une pause au cours de l’audition, Alex Jones a décidé de se faire remarquer en perturbant une séance de questions-réponses entre le sénateur Marco Rubio et des journalistes. Alors que Rubio tentait de répondre aux questions des journalistes dans un couloir du Capitole, Jones l’a interrompu à plusieurs reprises en affirmant grosso modo qu’il était scandaleux que le Parti Républicain ne défende pas la liberté d’expression. Rubio a tenté de l’ignorer en souriant. On le voit aussi dire à Jones qu’il ne sait pas qui il est. Jones déclare qu’il ment. Et, pour être honnête, il semble en effet peu probable que Rubio ne sache pas qui est Alex Jones et/ou ne l’ait pas reconnu.

Finalement, Alex Jones a donné une tape sur l’épaule de Rubio, qui n’a pas apprécié. Ce qui a donné lieu à un échange assez incroyable, capturé par les caméras et qui a beaucoup circulé sur les réseaux sociaux.

Rubio: Hey, don’t touch me again, man. I’m asking you not to touch me again. (Hey, ne me touche plus. Je te demande de ne plus me toucher)

Jones: Sure, I just patted you nicely. (Bien sûr, je t’ai seulement donné une petite tape amicale)

Rubio: But I don’t want to be touched. I don’t know who you are. (Mais je ne veux pas qu’on me touche. Je ne sais pas qui tu es)

Jones: You want me to get arrested. (Tu veux que je me fasse arrêter)

Rubio: You’re not going to get arrested. I’ll take care of you myself. (Tu ne vas pas te faire arrêter. Je prendrai soin de toi moi-même)

¯\_(ツ)_/¯

ROAD TO THE MIDTERMS

Plus que 5⃣7⃣ jours avant les élections de mi-mandat…

  • Résultats des primaires du Massachusetts

Nouvelle surprise lors d’une primaire démocrate cette semaine. Le député sortant Mike Capuano s’est incliné dans sa circonscription face à Ayanna Pressley, une jeune femme ayant fait campagne sur le thème du renouveau.

D’autre part, toujours au Massachussetts, la sénatrice démocrate Elizabeth Warren et le gouverneur républicain Charlie Baker ont tous deux remporté aisément leur primaire et brigueront donc un nouveau mandat en novembre.

  • Barack Obama en campagne

Barack Obama est de retour ! L’ancien président a décidé de s’impliquer dans la campagne pour les élections de mi-mandat. Et il a commencé par délivrer un discours très remarqué à l’Université de l’Illinois. Ce discours visait à encourager les Américains à se rendre aux urnes au mois de novembre et à voter en faveur des candidats démocrates.

Barack Obama a aussi très fortement critiqué Donald Trump. C’est assez étonnant puisque les anciens présidents américains se retiennent généralement de critiquer trop ouvertement leurs successeurs. Obama a insisté sur le fait que le comportement de Donald Trump n’était pas normal et ne devait surtout pas être banalisé.

We do not pressure the Attorney General or the FBI to use the criminal justice system as a cudgel to punish our political opponents. (On ne met pas la pression sur le Ministre de la Justice ou le FBI pour qu’ils utilisent le système judiciaire comme moyen de punir nos opposants politiques)

We don’t threaten the freedom of the press because they say things or publish stories we don’t like. (On ne menace pas la liberté de la presse parce que la presse dit des choses ou publie des articles qui ne nous plaisent pas)

And we’re sure as heck supposed to stand up to Nazi sympathizers. How hard can that be? Saying that Nazis are bad. (Et nous sommes clairement supposés tenir tête aux sympathisants nazis. À quel point est-ce difficile de dire que les Nazis sont mauvais?)

Barack Obama a aussi critiqué les élus républicains du Congrès qui, selon lui, savent que le comportement de Donald Trump est condamnable mais n’osent pas lui tenir tête.

Interrogé par un journaliste qui voulait connaître sa réaction au discours de Barack Obama, Donald Trump a répondu:

I’m sorry, I watched it, but I fell asleep. I found he’s very good for sleeping. (Je suis désolé, je l’ai regardé, mais je me suis endormi. J’ai trouvé qu’il était très bon pour s’endormir)

MEANWHILE, IN CHICAGO…

Le maire de Chicago, Rahm Emanuel, a annoncé qu’il ne briguerait pas un troisième mandat à la tête de la Windy City. Les prochaines élections municipales à Chicago auront lieu en février 2019.

Rahm Emanuel occupe le poste de maire de Chicago depuis 2011. Il avait été réélu en 2015. Auparavant, il a été député à la Chambre des Représentants et chef de cabinet de la Maison Blanche pendant deux ans durant la présidence de Barack Obama. Pourrait-il se présenter à un poste plus prestigieux dans les années à venir? Les paris sont ouverts.

LA PUBLICITÉ DE LA SEMAINE

Nike a décidé de faire de Colin Kaepernick l’une des figures principales de sa nouvelle campagne de pub. Ce joueur de football américain est pourtant controversé. C’est lui qui a été le premier joueur de NFL à s’agenouiller pendant l’hymne national pour protester contre la violence policière à l’encontre des afro-américains. Il jouait alors dans l’équipe des San Francisco 49ers. De nombreux autres athlètes de NFL ont suivi l’exemple de Kaepernick et Donald Trump s’est emparé du sujet depuis son arrivée à la Maison Blanche, affirmant que les joueurs qui s’agenouillent pendant l’hymne devraient être licenciés par leurs clubs.

Depuis 2016, Colin Kaepernick n’a plus mis les pieds sur un terrain de football. Aucun club n’a voulu l’engager après son départ de San Francisco. Il affirme qu’il paie le prix de son engagement politique. Il est devenu une icône pour certains Américains. D’autres le détestent. La pub Nike qui le met en scène indique au-dessus du fameux slogan de la marque Just Do It: « Croyez en quelque chose. Même si cela signifie tout sacrifier ».

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Nike semble donc s’engager politiquement et prendre par la même occasion un risque commercial. Les hashtags #BoycottNike et #JustBurnIt connaissent déjà un grand succès sur Twitter et certains internautes n’hésitent pas à se filmer en train de brûler leurs vêtements Nike.

Mais, parce qu’Internet est aussi parfois formidable, mentionnons que de nombreux autres internautes ont rapidement réalisé des parodies de la nouvelle pub Nike pour détendre l’atmosphère. Certaines étaient plutôt réussies, comme celle-ci mettant en scène la chanteuse Cher.

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Ou celle-ci mettant en scène Hillary Clinton.

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LE TWEET DE LA SEMAINE

Ce tweet de Marco Rubio nous semble être une bonne manière de conclure ce Weekly News Flash.

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Traduction: Ce matin, après avoir regardé le cirque lors de l’audition pour la Cour Suprême et avoir lu les articles sur le livre de Woodward, sur les gens qui brûlent leur équipement Nike et sur le débat pour savoir si le signe « ok » est raciste, les dirigeants chinois doivent se dire « dépasser l’Amérique va être plus facile que prévu! »

 

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