WEEKLY NEWS FLASH #145

Cette semaine, l’Arabie Saoudite a reconnu que le journaliste Jamal Khashoggi était mort à l’intérieur de son consulat à Istanbul, Elizabeth Warren a fait un test ADN et des élus et candidats républicains aux élections ont encore été menacés et/ou agressés. On vous résume tout cela et bien davantage. C’est parti !

L’AFFAIRE KHASHOGGI CRÉE DES DIVISIONS DANS LE CAMP RÉPUBLICAIN

L’affaire Khashoggi a fait les gros titres de la presse américaine tout au long de la semaine et crée de plus en plus la division entre l’administration Trump et certains membres républicains du Congrès. Récit.

Lundi 15 octobre. Interrogé par des journalistes au sujet de la disparition de Jamal Khashoggi, le président Trump déclare qu’il s’est entretenu par téléphone avec le roi Salman d’Arabie Saoudite et que celui-ci a catégoriquement nié une quelconque implication du régime saoudien dans cette affaire. Donald Trump déclare ensuite que des rogue killers (que l’on peut traduire par « assassins voyous ») pourraient être responsables.

It sounded to me like maybe these could have been rogue killers, who knows. We are going to try to get to the bottom of it very soon. (Il m’a semblé qu’il pourrait peut-être s’agir d’assassins voyous, qui sait. Nous allons tenter de faire la lumière sur cette affaire très bientôt)

Qui sait? Un gang d’assassins aurait effectivement pu pénétrer dans un consulat et y tuer quelqu’un sans que personne ne s’aperçoive de rien…. Qui sait?

Le président Trump annonce ensuite qu’il a demandé à son Secrétaire d’Etat de se rendre en Arabie Saoudite.

Pendant que le président évoque l’hypothèse des rogue killers, plusieurs membres du Congrès, après avoir eu accès à des informations classifiées, déclarent qu’ils n’ont quasiment aucun doute concernant l’implication du régime saoudien dans ce qu’ils qualifient d’assassinat de Jamal Khashoggi.

Même son de cloche du côté des autorités turques, qui affirment, bien que l’on ait pas retrouvé son corps, que Jamal Khashoggi a été assassiné à l’intérieur du consulat saoudien par une équipe de quinze hommes arrivés d’Arabie Saoudite à bord d’avions privés le jour même. Ces hommes seraient tous proches du régime saoudien. L’un d’eux aurait été diplomate à Londres, un autre aurait été membre des services secrets, etc. Il y aurait aussi parmi eux un médecin légiste qui serait arrivé à Istanbul avec une scie. Les enquêteurs turcs pensent que le corps de Jamal Khashoggi a été démembré après son décès.

Mardi 16 octobre. Le Secrétaire d’Etat américain Mike Pompeo rencontre le roi Salman et le prince héritier Mohammed bin-Salman à Riyad. Devant les caméras, il a l’air très à l’aise aux côtés de ses hôtes et apparaît très souriant. Il est critiqué pour cette attitude aux Etats-Unis. On ignore évidemment si Pompeo s’est montré ou non moins conciliant en coulisses.

À l’issue de sa rencontre avec le roi et le prince, le Secrétaire d’Etat affirmera que les Saoudiens lui ont assuré qu’une enquête sérieuse était en cours pour découvrir ce qui était arrivé à Jamal Khashoggi. L’administration Trump semble donc faire confiance aux Saoudiens pour mener l’enquête sur un crime qu’ils ont probablement commis 🤔. Le président Trump semble ne pas vouloir se fâcher avec un allié qu’il qualifie volontiers de crucial.

Certains membres républicains du Congrès réclament toutefois plus de fermeté, malgré le statut d’allié fidèle de l’Arabie Saoudite. Parmi eux, le sénateur Marco Rubio, qui affirme lors d’une interview sur CNN que si les Etats-Unis ne sanctionnent pas sévèrement l’Arabie Saoudite, ils perdront leur légitimité concernant la défense des droits de l’homme. Rubio évoque même la possibilité d’annuler des ventes d’armes à l’Arabie Saoudite, une sanction que le président Trump a d’ores et déjà catégoriquement exclue, affirmant que cela serait trop dommageable à l’économie américaine.

I don’t care how much money it is. There isn’t enough money in the world to purchase back our credibility on human rights and the way nations should conduct themselves. (Je me fiche de l’argent que cela représente. Il n’y a pas assez d’argent dans le monde pour racheter notre crédibilité sur les droits de l’homme et sur la manière dont les nations devraient se comporter)

We lose our credibility and our moral standing to criticize Putin for murdering people, Assad for murdering people, Maduro in Venezuela for murdering people. We can’t say anything about that if we allow Saudi Arabia to do it and all we do is a diplomatic slap on the wrist. (Nous perdrons notre crédibilité et notre réputation morale pour critiquer Poutine lorsqu’il assassine des gens, Assad lorsqu’il assassine des gens, Maduro au Venezuela lorsqu’il assassine des gens. Nous ne pourrons plus rien dire à ce propos si nous permettons à l’Arabie Saoudite de faire la même chose et que nous nous contentons d’une petite tape diplomatique sur les doigts)

Au sujet de la vente d’armes… Plus de la moitié des armes achetées par l’Arabie Saoudite (53%) au cours de la période 2000-2017 provenaient des Etats-Unis. Pour les Etats-Unis, cela représente seulement 8% de toutes leurs exportations d’armes au cours de la même période.

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Provenance des importations d’armes de l’Arabie Saoudite au cours de la période 2000-2017 (Source: GZERO Media)

Mercredi 17 octobre. Le Washington Post publie la dernière carte blanche rédigée par Jamal Khashoggi, peu de temps avant sa disparition. Elle est intitulée What the Arab world needs most: Free expression et insiste sur le besoin d’une presse libre et indépendante dans le monde arabe.

Jeudi 18 octobre. De retour à Washington, Mike Pompeo réaffirme que l’Arabie Saoudite mène l’enquête et qu’il faut lui laisser un peu de temps. Il affirme que l’administration américaine décidera de la marche à suivre une fois que les conclusions de l’enquête saoudienne seront connues.

Le président Trump fait des déclarations allant dans le même sens, affirmant que « nous verrons bien ce qu’il se passe ».

De son côté, le Secrétaire au Trésor Steven Mnuchin annonce qu’il annule sa participation à une conférence qui doit avoir lieu prochainement en Arabie Saoudite, surnommée « Davos dans le désert ». De nombreux politiciens d’autre pays et patrons de grandes entreprises ont déjà annoncé l’annulation de leur participation à cet événement.

Samedi 20 octobre. L’Arabie Saoudite rend les conclusions de son enquête et confirme que Jamal Khashoggi est décédé au sein du consulat saoudien à Istanbul. Mais il serait mort accidentellement lors d’une bagarre dans laquelle il se serait lancé alors que des hommes l’interrogeaient pacifiquement. Une explication crédible? Pour beaucoup d’élus du Congrès, pas du tout. Voyez par exemple ce tweet du député démocrate Adam Schiff, co-président du comité du renseignement de la Chambre des Représentants.

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Traduction: La théorie selon laquelle Khashoggi a été tué en se bagarrant avec 15 hommes envoyés d’Arabie Saoudite n’est pas du tout crédible. S’il se battait avec ceux qui avaient été envoyés pour le capturer ou le tuer, c’était pour sauver sa vie. Le Royaume doit être tenu pour responsable. Si l’administration ne réagit pas, le Congrès doit le faire.

Côté républicain, le sénateur Bob Corker, président du comité des Affaires Étrangères du Sénat, déclare que « les explications de l’Arabie Saoudite changent tous les jours et il n’y a donc pas de raison de croire davantage à cette explication-ci ». Il ajoute que l’administration américaine devrait mener sa propre enquête. Le sénateur Lindsey Graham déclare que « dire que je suis sceptique est un euphémisme ». Le sénateur Ben Sasse déclare que « Vous n’apportez pas une scie à une bagarre accidentelle ».

Forcé de réagir, le président Trump déclare qu’il est évident que l’Arabie Saoudite a parfois menti au cours de cette affaire et que cela ne lui plaît pas. Il répète toutefois que c’est un très bon allié et ajoute que rien ne prouve que le prince Mohammed bin-Salman soit personnellement impliqué.

Dimanche 21 octobre. Angela Merkel annonce que l’Allemagne ne vendra plus d’armes à l’Arabie Saoudite « jusqu’à nouvel ordre ». L’Allemagne est le premier pays à prendre une telle décision.

LA CARTE DE LA SEMAINE

En pleine affaire Khashoggi, il est bon de rappeler que les Etats-Unis n’ont toujours pas d’ambassadeur en Arabie Saoudite. Ni en Turquie. Ni, par ailleurs, en Egypte, en Jordanie, au Pakistan, au Mexique, en Australie, en Afrique du Sud… Le président Trump n’a encore nommé aucun candidat à ces postes importants, ce qui est pour le moins inhabituel.

Sur la carte ci-dessous, les pays en rouge sont ceux où le poste d’ambassadeur américain est actuellement vacant. En bleu, les pays où un ambassadeur est en poste. En jaune, ceux pour lesquels le président Trump a nommé un ambassadeur dont la nomination doit encore être confirmée par le Sénat. En gris, les pays avec lesquels les Etats-Unis n’entretiennent pas de relations diplomatiques formelles et où ils n’ont donc pas d’ambassadeur, comme l’Iran ou la Corée du Nord.

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Les ambassadeurs américains dans le monde (Source: Foreign Policy)

LES ETATS-UNIS SE RETIRENT DU TRAITÉ SUR LES FORCES NUCLÉAIRES À PORTÉE INTERMÉDIAIRE (INF)

Le président Trump a annoncé le retrait des Etats-Unis du Traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire (en anglais, Intermediate-Range Nuclear Forces Treaty ou INF Treaty). Il s’agit d’un traité signé par les Etats-Unis et l’URSS en 1987. Les deux pays s’y étaient engagés à ne plus produire certains types de missiles. Les Etats-Unis accusent depuis plusieurs années la Russie de ne plus respecter ce traité. Les premières accusations ont été portées par l’administration Obama en 2014. Donald Trump a estimé que, puisque la Russie ne respectait plus le traité, les Etats-Unis feraient mieux d’y renoncer également. Il pourrait y avoir un calcul stratégique derrière cette décision: le traité interdisait aux Etats-Unis et à la Russie de développer certains types d’armement, alors que la Chine n’était pas concernée et a développé de nombreux missiles à longue portée ces dernières années.

LE PRÉSIDENT TRUMP RÉCLAME DES ÉCONOMIES AUX DIFFÉRENTS MINISTÈRES AMÉRICAINS

Le déficit américain a atteint 779 milliards de dollars (!) au cours de l’année fiscale 2018, soit le montant le plus élevé enregistré depuis 2012. C’est pourquoi le président Trump a demandé à tous les membres de son Cabinet de réduire le budget de leurs ministères respectifs de 5% l’an prochain. Il a noté qu’il pourrait y avoir l’une ou l’autre exception (sans doute pour le Département de la Défense).

LE DÉPART DE LA SEMAINE

Donald McGahn a quitté la Maison Blanche. Ce n’est pas une surprise puisque le président Trump avait confirmé à la fin de l’été que le conseiller juridique de la Maison Blanche quitterait son poste dès que Brett Kavanaugh aurait été confirmé à la Cour Suprême.

La confirmation de deux juges conservateurs à la Cour Suprême et d’autres juges fédéraux fait partie du bilan positif de McGahn, qui était chargé de faire la liaison entre la Maison Blanche et le Congrès concernant ces nominations. Il a travaillé étroitement avec les sénateurs sur ces dossiers. Certains sénateurs, notamment Chuck Grassley, ont d’ailleurs déclaré qu’ils regrettaient son départ. Mais, d’après la presse, les relations entre McGahn et le président Trump ont toujours été tendues. Le New York Times a récemment rapporté que McGahn avait été auditionné pendant plus de 30 heures par l’équipe d’enquêteurs du procureur Mueller.

Pour remplacer Donald McGahn, le président Trump a choisi Pat Cipollone, un avocat bien connu à Washington. Il a travaillé au sein du Département de la Justice à l’époque de la présidence de George H.W. Bush.

STORMY DANIELS N’EST PAS FÉMINISTE

Stormy Daniels a accordé une interview au New York Magazine, qui a publié un numéro consacré aux femmes et à leur relation au pouvoir. Voici l’une des photos qui accompagnait l’interview de l’actrice de films X.

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Dans cette interview, Stormy Daniels refuse qu’on la rattache au mouvement #MeToo car « je ne suis pas une victime ». Elle rappelle que personne ne l’a forcée à coucher avec Donald Trump et qu’elle y a consenti librement. Elle estime donc que sa situation n’est pas comparable à celle de femmes qui ont été violées ou sont harcelées quotidiennement par leur patron. Stormy Daniels déclare aussi « Je ne suis pas une féministe ». Lorsqu’on lui demande pourquoi elle ne se considère pas comme féministe, elle répond que le sexe d’une personne ne devrait pas avoir d’importance et qu’elle veut aider les gens, pas seulement les femmes. Elle ajoute même qu’elle ressent de la compassion pour les hommes en ce moment.

I feel sorry for men right now. It’s not a good climate to have a penis. It’s actually sexist to accuse men as a whole of something, you know? It’s just – I don’t know. A guy can’t even open a door for a lady without being called a pig. (Je suis désolée pour les hommes en ce moment. Ce n’est pas un bon moment pour avoir un pénis. En réalité, vous savez, c’est sexiste d’accuser les hommes dans leur ensemble de quelque chose. C’est juste – je ne sais pas. Un homme ne peut même plus ouvrir une porte pour une femme sans se faire traiter de porc)

Sur ce sujet, Stormy Daniels semble donc curieusement sur la même longueur d’ondes que le président Trump.

L’INSULTE DE LA SEMAINE

Un juge a décidé qu’une plainte déposée par Stormy Daniels contre Donald Trump pour diffamation n’était pas recevable. Il s’agissait d’une plainte que l’actrice avait déposée après que le président ait affirmé dans un tweet qu’elle avait menti lorsqu’elle avait déclaré qu’un homme l’avait menacée sur un parking pour la dissuader d’évoquer sa liaison avec lui. Donald Trump s’est réjoui de cette victoire en publiant un autre tweet dans lequel il qualifie Stormy Daniels de « Horseface », que l’on peut traduire par « tête de cheval ». Une attaque directe contre son apparence physique. Ce qui est assez savoureux (si l’on peut dire) lorsque l’on sait qu’il a tout fait pour la convaincre de coucher avec lui il y a quelques années.

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Traduction: « Un juge fédéral rejette le procès de Stormy Daniels contre Trump. Trump a droit à un remboursement des frais de justice » – Fox News. Super, maintenant je pourrai critiquer Horseface et son avocat de troisième zone lors de mon meeting dans le grand état du Texas. Elle confirmera la lettre qu’elle a signée! Elle ne sait rien de moi, une imbécile totale!

LE CHIFFRE DE LA SEMAINE

106 millions de $$$ ou le montant des dons déjà récoltés par le président Trump pour financer sa campagne électorale de 2020. Jamais un président n’avait récolté autant d’argent en vue de sa réélection au cours des deux premières années de son mandat. Tout simplement parce que, généralement, un président ne fait pas campagne pour sa réélection pendant les deux premières années de son mandat. C’est une manière symbolique de montrer que la campagne est terminée et que l’on passe à autre chose, que l’on est désormais le président de tous les Américains et que l’on va tenter de se placer au-dessus des divisions partisanes pour gouverner le pays. Mais, contrairement à ses prédécesseurs, Donald Trump n’a jamais vraiment cessé d’être en campagne. Il a continué à s’adresser davantage à ses supporters qu’à l’ensemble de la population, à insulter ses adversaires et à se rendre régulièrement à des meetings.

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Argent récolté par Donald Trump, Barack Obama et George W. Bush en vue de leur réélection au cours des deux premières années de leur mandat (Source: CNN)

LE TEST ADN DE LA SEMAINE

La sénatrice démocrate Elizabeth Warren a publié une vidéo dans laquelle elle annonce qu’elle a passé un test ADN prouvant qu’elle a bien des origines amérindiennes. Le professeur de génétique de l’Université de Stanford qui a réalisé le test y explique que Warren a bien eu un ancêtre amérindien dans sa famille. D’après le test, cela remontrait à six à dix générations. Elizabeth Warren a toujours affirmé que des membres de sa famille lui avaient raconté qu’elle avait une arrière-arrière-arrière-grand-mère indienne. En 2012, alors qu’elle était candidate au Sénat, les Républicains avaient accusé Warren d’avoir mis sa soi-disant appartenance à la communauté amérindienne en avant pour obtenir des avantages professionnels.

La polémique a refait surface depuis que Donald Trump s’en est emparée. Il se moque régulièrement de Warren en la surnommant Pocahontas. Elizabeth Warren a déclaré avoir passé ce test ADN pour prouver qu’elle n’avait jamais menti et mettre ainsi un terme aux critiques du président, qu’elle pourrait affronter en 2020 (ndlr: Warren est l’une des candidates démocrates potentielles à la présidentielle). C’est raté. S’il était à notre avis déjà très optimiste de la part de Warren de penser que Donald Trump puisse cesser de se moquer d’elle, le test ne fait que prouver qu’elle a un ancêtre amérindien assez lointain. Pour ses détracteurs, c’est loin d’être suffisant pour se revendiquer membre de la communauté. Et c’est aussi l’avis du leader de la nation Cherokee, qui a critiqué Warren et son test ADN. « La sénatrice Warren nuit aux intérêts de la tribu avec ses revendications continuelles d’héritage ».

Le président Trump n’a pas hésité à saisir l’occasion pour critiquer Elizabeth Warren plus fortement que jamais.

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Traduction: Pocahontas (la mauvaise version), parfois appelée Elizabeth Warren, est en train de se faire démolir. Elle a fait un test ADN bidon qui montre qu’elle pourrait être à 1/1024 amérindienne, bien moins que l’Américain moyen. Et maintenant la Nation Cherokee la renie, « le test ADN ne sert à rien ». Même eux ne veulent pas d’elle. Une menteuse!

LES BLAGUES DE LA SEMAINE

Nikki Haley s’est aussi gentiment moquée d’Elizabeth Warren lors du Al Smith Dinner. Ce dîner annuel est organisé pour récolter des fonds pour des associations caritatives catholiques. Chaque année, une personnalité issue du monde politique est invitée à y participer et doit y prononcer un discours humoristique. Cette année, l’invitée de marque était donc Nikki Haley, l’ambassadrice américaine à l’ONU, qui a récemment annoncé sa démission.

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Elle a plaisanté en disant qu’après avoir invité un membre des Boy Scouts l’an dernier (Paul Ryan), les organisateurs avaient voulu pimenter les choses en invitant une femme indienne (rappel: les parents de Nikki Haley sont nés en Inde et ont immigré aux Etats-Unis), « mais Elizabeth Warren a raté son test ADN ». Elle a ajouté que « lorsque le président a découvert que j’étais Indo-Américaine, il m’a demandé si j’étais de la même tribu qu’Elizabeth Warren ».

Nikki Hakey a fait d’autres blagues lors de son discours, comme le veut la tradition. Par exemple:

People always wonder if I felt different or isolated as an Indian-American growing up in rural South Carolina. Actually, there was a benefit. It totally prepared me for being a Republican in New York. (Les gens me demandent toujours si je me sentais différente ou seule en grandissant en tant qu’Indo-Américaine dans la Caroline du Sud rurale. En réalité, ce fut bénéfique. Cela m’a bien préparée à être une Républicaine à New York)

Mais elle a aussi pris un ton plus sérieux lorsqu’elle a abordé la question des divisions qui traversent actuellement la société américaine. Elle a rappelé que « nos opposants politiques ne sont pas nos ennemis ».

In America, our political opponents are not evil. In South Sudan, where rape is routinely used as a weapon of war, that is evil. In Syria, where the dictator uses chemical weapons to murder innocent children, that is evil. In North Korea, where American student Otto Warmbier was tortured to death, that was evil. In the last two years, I’ve seen true evil. We have some serious political differences here at home. But our opponents are not evil, they’re just our opponents. (En Amérique, nos opposants politiques ne sont pas diaboliques. Au Soudan du Sud, où le viol est régulièrement utilisé comme arme de guerre, c’est le mal absolu. En Syrie, où un dictateur utilise des armes chimiques pour assassiner des enfants innocents, c’est le mal absolu. En Corée du Nord, où l’étudiant américain Otto Warmbier a été torturé à mort, c’était le mal absolu. Ces deux dernières années, j’ai vu le vrai mal absolu. Nous avons de sérieuses divergences politiques chez nous. Mais nos opposants ne sont pas diaboliques, ce sont juste nos opposants)

Il serait peut-être bon que le message de Nikki Haley soit entendu car, cette semaine encore, des politiciens républicains ont été victimes de menaces et même agressés.

LES MENACES ET VIOLENCES DE LA SEMAINE

∗ La sénatrice républicaine Susan Collins, régulièrement menacée depuis son vote décisif en faveur de la confirmation de Brett Kavanaugh à la Cour Suprême, a reçu une lettre de menaces à son domicile, dans le Maine. C’est son mari qui a ouvert la lettre. Son auteur affirmait avoir contaminé l’enveloppe avec de la ricine, une substance chimique toxique. Le mari de Susan Collins a immédiatement alerté la police. Le FBI a ouvert une enquête.

∗ Un homme de 74 ans a été arrêté à New York après avoir menacé à plusieurs reprises deux sénateurs républicains dont l’identité n’a pas été révélée. L’homme leur reprochait d’avoir voté en faveur de Brett Kavanaugh. Il aurait laissé plus de dix messages sur les boîtes vocales des deux sénateurs, les menaçant de les assassiner (« Vous êtes un homme mort! », « Je vous aurai », etc.). Les avocats de l’homme arrêté ont affirmé qu’il souffrait de démence et qu’il ne représentait pas une véritable menace.

∗ Deux candidats républicains aux élections de mi-mandat ont été agressés alors qu’ils faisaient campagne dans le Minnesota. Ils sont tous les deux candidats pour les élections au parlement du Minnesota, pas au Congrès. Sarah Anderson aurait tenté de dialoguer avec un homme qui détruisait des affiches à l’effigie de candidats républicains dans la rue. Celui-ci l’aurait alors frappée en lui suggérant d’aller se suicider. Shane Mekeland a quant à lui été agressé plus violemment encore alors qu’il discutait avec des citoyens dans un restaurant. Un homme l’a frappé à coups de poings au point de provoquer une commotion cérébrale. La police locale a annoncé qu’un suspect avait été interpellé.

∗ La directrice de campagne du candidat républicain au poste de gouverneur du Nevada, Adam Laxalt, a également été agressée. À l’issue d’un meeting, un homme est venu l’interroger violemment avant de lui tordre le bras pour l’empêcher de partir. La police a dû intervenir. L’homme a été arrêté. Il a ensuite été identifié. Il travaillait pour une organisation libérale dénommée American Bridge 21st Century, qui soutient de nombreux candidats démocrates aux élections de mi-mandat (sans avoir de lien direct avec leurs équipes de campagne). L’organisation a immédiatement annoncé le licenciement de cet employé.

∗ Au Kentucky, plusieurs hommes s’en sont pris à Mitch McConnell, le leader des Républicains au Sénat, et à son épouse, ministre des Transports de Donald Trump, alors qu’ils dînaient dans un restaurant. Ils les ont insultés et leur ont suggéré de quitter l’établissement. L’un des hommes s’est même saisi de l’assiette de McConnell pour la jeter à terre. La scène a été filmée par une autre personne présente dans le restaurant. D’autres clients ont pris la défense de McConnell et ceux qui le menaçaient ont fini par quitter les lieux.

Face à tous ces incidents, plusieurs élus républicains ont une nouvelle fois demandé à leurs collègues démocrates de prendre la parole pour dénoncer clairement ces actes violents. À notre connaissance, peu d’élus démocrates ont réagi. Nous n’avons pas entendu un seul élu démocrate du Congrès prendre la parole pour dire aux gens de cesser de menacer et/ou d’agresser les élus républicains.

Pendant ce temps-là, le président Trump continue quant à lui de critiquer la presse et d’utiliser une rhétorique qu’il est difficile de décrire autrement que comme une incitation à la violence contre les journalistes. Lors d’un meeting dans le Montana, le président a salué Greg Gianforte, ce député qui avait agressé un journaliste du Guardian en 2016, le plaquant au sol et cassant ses lunettes. Le journaliste avait porté plainte. Gianforte avait plaidé coupable et avait été condamné à des travaux d’intérêt général et à une amende par un tribunal. Donald Trump a déclaré en parlant de Gianforte qu’un homme capable de plaquer quelqu’un au sol était son type d’hommes (« He’s my guy »). Il a même ajouté que Gianforte n’avait rien à se reprocher (« There’s nothing to be embarrassed about »). Beaucoup de journalistes se sont évidemment émus de ses propos, alors qu’ils sont eux aussi de plus en plus fréquemment menacés et que Jamal Khashoggi vient d’être assassiné à Istanbul. Comment les Etats-Unis pourraient-ils défendre la liberté de la presse sur la scène internationale si le président américain félicite un élu qui a agressé un journaliste aux Etats-Unis?

ROAD TO THE MIDTERMS

Plus que 1⃣5⃣ jours avant les élections de mi-mandat…

  • Le sondage de la semaine

La fracture entre Républicains et Démocrates apparaît de manière assez évidente lorsqu’on demande aux électeurs quels sont les problèmes qu’ils considèrent comme les plus sérieux aux Etats-Unis. C’est ce que montre un sondage du Pew Research Center.

Globalement, les Démocrates semblent plus inquiets que les Républicains. Parmi les dix-huit sujets présentés, une majorité d’entre eux en jugent treize comme étant des problèmes « très sérieux » pour le pays. La majorité des Républicains ne considèrent pas ces mêmes problèmes comme très sérieux. Par exemple, 72% des électeurs démocrates estiment que le changement climatique est un problème très sérieux, contre seulement 11% des électeurs républicains. 77% des électeurs démocrates considèrent l’écart de richesse entre les riches et les pauvres comme un problème très sérieux, contre seulement 22% des électeurs républicains. Et ainsi de suite.

Les seuls problèmes qu’un nombre quasiment semblable d’électeurs démocrates et républicains considèrent comme très sérieux sont la criminalité, la drogue et le déficit budgétaire de l’état fédéral.

Enfin, le seul problème qu’un très grand nombre d’électeurs républicains considèrent comme très sérieux est l’immigration illégale. 75% des électeurs républicains estiment qu’il s’agit d’un problème très sérieux, contre seulement 19% des électeurs démocrates.

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Notez aussi qu’à l’ère du mouvement #MeToo, seulement 12% des Républicains et 50% des Démocrates estiment que le sexisme est un problème très sérieux aux Etats-Unis.

  • Le chiffre de la semaine

198 ou le nombre de vétérans américains candidats à la Chambre des Représentants cette année, dont 65 sous les couleurs du Parti Démocrate et 102 sous les couleurs du Parti Républicain. 85 d’entre eux ont servi dans l’armée après le 11 septembre 2001. La carte ci-dessous montre quelles sont les circonscriptions électorales du pays dans lesquelles un vétéran est candidat à la Chambre (en jaune) et celles où aucun vétéran n’est candidat (en bleu).

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Source: Axios
  • La vidéo de la semaine

Barack Obama a réalisé une vidéo visant à encourager les plus jeunes électeurs à se rendre aux urnes le 6 novembre. Il faut savoir que le taux de participation aux élections aux Etats-Unis est généralement faible et l’est encore plus pour les élections de mi-mandat que pour l’élection présidentielle (souvent aux alentours de 40%). Et c’est chez les jeunes que le taux d’abstention est généralement le plus élevé.

Dans la vidéo, qui a énormément circulé sur les réseaux sociaux, le président Obama explique pourquoi sept excuses traditionnellement utilisées par ceux qui ne vont pas voter ne sont pas de bonnes excuses. Par exemple, « Je ne m’intéresse pas à la politique », « Je ne sais pas où je dois me rendre pour voter » ou « Je n’ai pas le temps d’aller voter ».

  • Heidi Heitkamp, call your office

Heidi Heitkamp, candidate démocrate au Sénat dans le Dakota du Nord, a été contrainte de s’excuser après la publication par son équipe de campagne d’une publicité électorale qui a aussi été imprimée dans plusieurs journaux. La publicité critiquait les récentes remarques de son adversaire républicain Kevin Cramer qui, dans le cadre de l’affaire Kavanaugh, avait déclaré que le mouvement #MeToo était un « mouvement encourageant la victimisation ».

La publicité incluait les noms de 127 femmes ayant été victimes de violence conjugale ou de viol et qui apportaient leur soutien à Heitkamp. Problème? Plusieurs de ces femmes ont fait savoir qu’elles étaient furieuses car elles n’avaient jamais donné l’autorisation à la candidate démocrate de dévoiler leur identité. Certaines ont même affirmé craindre d’être victimes de représailles.

Pas sûr que les excuses de Heitkamp suffisent à faire oublier cette bourde monumentale.

  • L’autre bourde de la semaine

Règle n°1 de la politique américaine: Si vous êtes candidat(e) à une élection à Miami, ne complimentez pas Fidel Castro et ne faites pas campagne avec des gens qui complimentent Fidel Castro.

Cela semble assez évident mais cela ne l’était apparemment pas tellement pour Donna Shalala. L’ex-ministre de la Santé de Bill Clinton est candidate à la Chambre des Représentants dans la 27ème circonscription de Floride, qui recouvre le centre-ville de Miami, Miami Beach et Coral Gables. Shalala n’a jamais personnellement complimenté ou affiché son soutien à Fidel Castro, mais elle a eu la mauvaise idée d’inviter la députée démocrate de Californie Barbara Lee à l’un de ses meetings (en compagnie également de Nancy Pelosi). Problème? Barbara Lee avait déclaré après la mort de Fidel Castro qu’elle était triste pour le peuple cubain et qu’il fallait rendre hommage au leader de la révolution. Elle l’a également rencontré à huit reprises. De nombreux citoyens de la circonscription se sont rapidement indignés, à tel point que la visite de Barbara Lee a été annulée. Des manifestants ont protesté devant le local où devait avoir lieu le meeting, traitant Shalala et Pelosi de « communistes ».

Le siège de député de la 27ème circonscription de Floride est actuellement occupé par la Républicaine Ileana Ros-Lehtinen, née à Cuba, mais celle-ci prend sa retraite. Les Démocrates pensent donc avoir de grandes chances de reprendre ce siège aux Républicains lors des élections de mi-mandat. Les sondages indiquent toutefois que le résultat pourrait être serré. Avant cet incident, Shalala était donnée vainqueure mais n’était créditée que d’une légère avance de 2% sur son adversaire, la Républicaine Maria Elvira Salazar, ex-journaliste.

  • La déclaration de la semaine

He’s dishonest. It’s why the president called him Lyin’ Ted and it’s why the nickname stuck. Because it’s true. (Il est malhonnête. C’est pour cela que le président l’a surnommé Ted le menteur et c’est pour cela que ce surnom est resté. Parce que c’est vrai)

Beto O’Rourke, candidat démocrate au Sénat au Texas, au sujet de son adversaire républicain Ted Cruz lors d’un débat. On ne s’attendait pas vraiment à ce que Beto O’Rourke reprenne ainsi les propos du président Trump.

  • Meanwhile, in Alaska…

En Alaska, le gouverneur sortant Bill Walker, jusqu’ici candidat à sa réélection, a annoncé qu’il renonçait et mettait un terme à sa campagne ! Cette décision est intervenue juste après que son lieutenant-gouverneur ait annoncé sa démission en raison de « commentaires inappropriés faits à une femme ». Bill Walker n’a toutefois pas cité cet événement comme la raison de sa décision. Il est le seul gouverneur indépendant du pays. Il a affirmé qu’il ne pensait pas pouvoir être réélu face à ses deux adversaires, l’un Démocrate et l’autre Républicain. Il a donc décidé de retirer sa candidature et d’apporter son soutien au candidat démocrate Mark Begich. Il espère ainsi faciliter l’élection de ce dernier et empêcher celle du Républicain Mike Dunleavy.

  • La publicité électorale de la semaine

On pourrait presque croire que cette publicité électorale est celle d’un candidat républicain. Il s’agit pourtant d’un spot du sénateur démocrate de l’Indiana Joe Donnelly, qui brigue un nouveau mandat. Depuis le début de sa campagne, Donnelly met en avant ses opinions plutôt centristes et affirme même être prêt à voter en faveur de la construction du mur à la frontière avec le Mexique voulu par le président Trump. C’est d’ailleurs encore le cas dans cette nouvelle publicité.

  • L’autre publicité électorale de la semaine

Ou quand Joe Manchin appelle les stars du sport à la rescousse. Dans ce spot de campagne, trois célèbres personnalités issues du monde sportif et nées en Virginie Occidentale, l’état que Joe Manchin représente au Sénat, lui apportent leur soutien. Joe Manchin est candidat à sa réélection en Virginie Occidentale, un état où le président Trump est très populaire. Les Républicains espèrent donc reprendre ce siège aux Démocrates. Cependant, Manchin ayant toujours été très centriste, il n’a peut-être pas dit son dernier mot.

  • Michael Cohen incite les Américains à voter en faveur des Démocrates

Voici ce que l’on a pu voir cette semaine sur CNN.

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Michael Cohen, l’ancien avocat et homme de confiance de Donald Trump, qui a désormais passé un accord avec le procureur Mueller, en train de répondre aux questions d’une journaliste en pleine rue, à la sortie de son domicile. Une scène totalement surréaliste. On commence à avoir l’habitude mais tout de même…

Michael Cohen a encouragé les Américains à se rendre aux urnes le 6 novembre et à voter en faveur des Démocrates. La semaine dernière, son avocat avait déjà fait savoir que Cohen avait rejoint le Parti Démocrate, dont il a longtemps été membre mais qu’il avait quitté pour rejoindre le Parti Républicain après l’élection de Donald Trump à la présidence.

Listen, here’s my recommendation. Grab your family, grab your friends, grab your neighbors, and get to the poll, because, if not, you are going to have another two or another six years of this craziness. (Voici ma recommandation. Prenez votre famille, vos amis, vos voisins, et allez voter, parce que, si vous ne le faites pas, vous allez devoir supporter cette folie pendant deux ou six ans de plus)

Quelques jours plus tôt, Michael Cohen avait déjà publié un tweet relayant un message semblable.

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Traduction: Les élections de mi-mandat 2018 pourraient être le vote le plus important de notre vie. Allez voter.

What a time to be alive.


BONUS – L’ARTICLE DE LA SEMAINE

Si vous lisez l’anglais, nous vous recommandons ce portrait d’Heidi Cruz paru dans The Atlantic. Il évoque les nombreux sacrifices auxquels l’épouse de Ted Cruz a consenti pour que celui-ci puisse accomplir sa carrière politique.

Heidi Cruz Didn’t Plan For This

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