COMPTE-RENDU DU PREMIER DÉBAT DÉMOCRATE, PARTIE 2

Les candidats démocrates à l’élection présidentielle de 2020 se sont retrouvés à Miami pour le tout premier débat télévisé de la campagne électorale. Compte-rendu.

INTRODUCTION

Pour rappel, vingt candidats avaient rempli les critères d’admission fixés par le Parti Démocrate pour pouvoir participer à ce premier débat télévisé. Il fallait remplir l’un des deux critères suivants pour se qualifier: être crédité de plus de 1% des intentions de vote dans minimum trois sondages différents ou recueillir des dons de la part de minimum 65,000 personnes.

Quatre candidats n’étaient pas qualifiés pour le débat: le gouverneur du Montana Steve Bullock, le député Seth Moulton, le maire de la ville de Miramar (Floride) Wayne Messam et Joe Sestak, qui vient tout juste d’annoncer sa candidature.

Les vingt candidats qualifiés avaient été répartis en deux groupes par tirage au sort. Le premier groupe de dix candidats a débattu le mercredi 26 juin et le deuxième groupe a débattu le jeudi 27 juin. Le compte-rendu qui suit est celui du débat qui a eu lieu le jeudi 27 juin.

LE DÉBAT

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Participants: Joe Biden, Bernie Sanders, Kamala Harris, Pete Buttigieg, Kirsten Gillibrand, Michael Bennet, John Hickenlooper, Eric Swalwell, Andrew Yang, Marianne Williamson

Organisateurs: Le débat était co-organisé par NBC, MSNBC et la chaîne hispanophone Telemundo

Modérateurs: Les journalistes Lester Holt, Chuck Todd, Rachel Maddow, Savannah Guthrie et José Diaz-Balart

Durée du débat: 2h

Compte-rendu:

(Attention, ce compte-rendu n’est pas un résumé exhaustif du débat. Revenir sur tout ce qui a été dit serait bien trop long. Nous avons seulement sélectionné les moments les plus marquants de la soirée)

  • Le clash entre Kamala Harris et Joe Biden

Ce fut le moment incontournable de la soirée. Kamala Harris s’en est prise personnellement à Joe Biden, lui reprochant ses récents commentaires sur la civilité de deux anciens sénateurs ségrégationnistes. La sénatrice de Californie a dit à Biden qu’elle ne pensait pas qu’il soit raciste mais qu’elle avait été blessée par ses commentaires. Elle a ensuite reproché à Biden de s’être opposé, lorsqu’il était sénateur dans les années 70, à la politique du busing, dont elle a personnellement bénéficié lorsqu’elle était enfant.

En résumé, le busing consiste à assigner une école aux enfants américains, souvent située hors de leur quartier, et à organiser le transport des enfants à l’école en bus scolaire, d’où le nom de busing. La politique du busing a été mise en place dans de nombreuses villes américaines au début des années 70. L’objectif était de favoriser la mixité raciale et sociale dans les écoles publiques américaines et de contribuer ainsi à la déségrégation de la société. En effet, malgré la fin de la ségrégation, les noirs et les blancs vivaient encore largement dans des quartiers différents au début des années 70. Les écoles situées dans les quartiers noirs n’étaient fréquentées que par des enfants noirs et les écoles situées dans les quartiers blancs n’étaient fréquentées que par des enfants blancs. Le problème persiste encore en partie aujourd’hui. Cependant, la politique du busing a été peu à peu abandonnée dans les années 90. Il faut dire que de nombreux Américains n’appréciaient guère ce système. Beaucoup de parents étaient mécontents de ne pas pouvoir choisir l’école publique de leur choix pour leurs enfants. Ils sont donc nombreux à avoir décidé d’abandonner le réseau public et à avoir inscrit leurs enfants dans des écoles privées, ce qui a réduit l’efficacité de la politique du busing.

Joe Biden s’est défendu en affirmant qu’il avait toujours milité en faveur des droits civils et qu’il ne s’était jamais opposé au busing en tant que tel. Il affirme qu’il s’opposait uniquement à une généralisation de ce système imposée au niveau fédéral par le Département de l’Éducation.

Nous avons retranscrit une partie de l’échange qui a opposé Harris à Biden ci-dessous.

HARRIS: I do not believe you are a racist, (…) But it was hurtful to hear you talk about the reputations of two United States senators who built their reputations and career on the segregation of race in this country. And it was not only that, but you also worked with them to oppose busing. And, you know, there was a little girl in California who was part of the second class to integrate her public schools, and she was bussed to school every day. And that little girl was me. (…) (Je ne crois pas que vous soyez raciste, (…) Mais c’était blessant de vous entendre parler de la réputation de deux sénateurs américains qui ont bâti leur réputation et leur carrière sur la ségrégation dans ce pays. Et ce n’est pas seulement cela, mais vous avez aussi travaillé avec eux pour vous opposer au busing. Et, vous savez, il y avait une petite fille en Californie qui faisait partie de la deuxième classe à intégrer son école publique, et elle était conduite en bus à l’école tous les jours. Et cette petite fille, c’était moi. (…))

BIDEN: It’s a mischaracterization of my position across the board. I did not praise racists. That is not true, number one. Number two, if we want to have this campaign litigated on who supports civil rights and whether I did or not, I’m happy to do that. I was a public defender. I didn’t become a prosecutor*. I came out and I left a good law firm to become a public defender when, in fact, my city was in flames because of the assassination of Dr. King. (…) The fact is that, in terms of busing, I never – you would have been able to go to school the same exact way because it was a local decision made by your city council. (…) (C’est une mauvaise description de ma position à tous les niveaux. Je n’ai pas fait l’éloge des racistes. Ce n’est pas vrai. Deuxièmement, si nous voulons nous disputer lors de cette campagne pour savoir qui a soutenu les droits civils et si je l’ai fait ou non, je serai heureux de le faire. J’étais un avocat commis d’office. Je ne suis pas devenu procureur*. J’ai quitté un bon cabinet d’avocats pour devenir un avocat commis d’office quand ma ville était en flammes à cause de l’assassinat du Dr. King. (…) Le fait est que, concernant le busing, je n’ai jamais – vous auriez pu aller à l’école de la même manière puisque c’était une décision locale prise par votre conseil municipal. (…))

*Ceci était certainement une attaque adressée personnellement à Kamala Harris. Celle-ci a effectivement fait une carrière de procureure avant de devenir Attorney General de Californie, poste qu’elle occupait avant d’être élue au Sénat en 2016.

HARRIS: But, Vice President Biden, do you agree today that you were wrong to oppose busing in America then? Do you agree? (Mais, vice-président Biden, êtes-vous d’accord aujourd’hui pour dire que vous aviez tort de vous opposer au busing en Amérique à l’époque? Êtes-vous d’accord?)

BIDEN: I did not oppose busing in America. What I opposed is busing ordered by the Department of Education. That’s what I opposed. I did not oppose… (Je ne me suis pas opposé au busing en Amérique. Je me suis opposé au busing ordonné par le Département de l’Éducation. C’est à cela que j’étais opposé. Je ne me suis pas opposé…)

HARRIS: Well, there was a failure of states to integrate public schools in America. I was part of the second class to integrate Berkeley, California, public schools almost two decades after Brown v. Board of Education. (Mais les états avaient échoué à favoriser l’intégration dans les écoles publiques en Amérique. Je faisais partie de la deuxième classe à intégrer les écoles publiques de Berkeley, Californie, presque vingt ans après Brown v. Board of Education)

BIDEN: Because your city council made that decision. It was a local decision. (Parce que votre conseil municipal avait pris cette décision. C’était une décision locale)

HARRIS: So that’s where the federal government must step in. (Et donc c’est là que le gouvernement fédéral doit intervenir)

BIDEN: The federal government… (Le gouvernement fédéral…)

HARRIS: That’s why we have the Voting Rights Act and the Civil Rights Act. (…) because there are moments in history where states fail to preserve the civil rights of all people. (C’est pour cela que nous avons le Voting Rights Act et le Civil Rights Act. (…) parce qu’il y a des moments dans l’histoire où des états ont échoué à préserver les droits civils de tous les citoyens)

BIDEN: (…) I’m the guy that extended the Voting Rights Act for 25 years. (…) I agree that everybody, once they, in fact – anyway, my time is up. I’m sorry. ((…) Je suis celui qui a étendu le Voting Rights Act pendant 25 ans. (…) Je suis d’accord sur le fait que tout le monde, une fois qu’il, en fait – quoi qu’il en soit, mon temps est écoulé. Je suis désolé)

Comme vous pouvez le constater, l’échange a été quelque peu violent. Kamala Harris a clairement mis l’ancien vice-président en difficulté. Il est d’ailleurs très étrange que celui-ci, dans un moment aussi important, se soit arrêté en plein milieu de son argumentation sous prétexte que son temps de parole était écoulé. Cependant, nous ne sommes pas totalement convaincus que l’attaque préméditée de Kamala Harris contre Joe Biden, sur une question vieille de 40 ans, sera bien vue par l’ensemble des électeurs démocrates.

Et oui, il s’agissait bien d’une attaque préméditée et soigneusement préparée. Au cas où vous en douteriez, sachez que ce tweet a été publié par l’équipe de Kamala Harris sur son compte Twitter pendant le débat. On peut y voir une photo de la sénatrice lorsqu’elle était enfant et participait à un programme de busing.

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  • Le tweet de la soirée

Il fallait oser, Tom Cotton l’a fait. Le sénateur républicain de l’Arkansas, qui regardait apparemment le débat, a déclaré sur Twitter que l’affrontement entre Kamala Harris et Joe Biden sur la question raciale avait le mérite de rappeler aux Américains que le Parti Démocrate avait été le parti de la ségrégation.

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Traduction: Joe Biden et Kamala Harris rappellent avec obligeance aux Américains que les Démocrates étaient le parti de l’esclavage, de la sécession et de la ségrégation. En revanche, le Parti Républicain a été fondé sur et a toujours défendu l’égalité naturelle entre tous les hommes et toutes les femmes.
  • Kamala Harris met de l’ordre

Kamala Harris ne s’est pas seulement distinguée lors de son affrontement avec Joe Biden. Elle a notamment aussi remis de l’ordre sur le plateau lorsque plusieurs candidats parlaient tous en même temps. Elle a calmé tout le monde en déclarant:

Hey, guys, you know what? America does not want to witness a food fight, they want to know how we are going to put food on their table. (Hey, les gars, vous savez quoi? Les Américains ne veulent pas assister à une bataille de nourriture, ils veulent savoir comment nous allons mettre de la nourriture sur leur table)

Pour ceux qui ont regardé la vidéo, vous avez peut-être remarqué que Joe Biden avait chaleureusement applaudi Kamala Harris. Pour info, cette séquence s’est déroulée avant leur affrontement sur la question raciale.

  • Eric Swalwell attaque Joe Biden sur son âge

Joe Biden n’a pas seulement été attaqué par Kamala Harris. Le jeune député de Californie Eric Swalwell (38 ans) lui a reproché de ne pas vouloir « passer le flambeau » à la nouvelle génération.

SWALWELL: I was 6 years old when a presidential candidate came to the California Democratic Convention and said it’s time to pass the torch to a new generation of Americans. That candidate was then-Senator Joe Biden. Joe Biden was right when he said it was time to pass the torch to a new generation of Americans 32 years ago. He is still right today. If we are going to solve the issues of automation, pass the torch. If we are going to solve the issues of climate chaos, pass the torch. If we’re going to solve the issue of student loan debt, pass the torch. If we’re going to end gun violence for families who are fearful of sending their kids to school, pass the torch. (J’avais 6 ans lorsqu’un candidat à la présidence est venu à la Convention Démocrate de Californie et a dit qu’il était temps de passer le flambeau à une nouvelle génération d’Américains. Ce candidat était le sénateur Joe Biden. Joe Biden avait raison lorsqu’il a dit qu’il était temps de passer le flambeau à une nouvelle génération d’Américains il y a 32 ans. Il a encore raison aujourd’hui. Si nous voulons résoudre les problèmes de l’automatisation, passons le flambeau. Si nous voulons résoudre les problèmes du chaos climatique, passons le flambeau. Si nous voulons résoudre le problème de la dette liée aux prêts étudiants, passons le flambeau. Si nous voulons mettre fin à la violence par armes à feu pour les familles qui ont peur d’envoyer leurs enfants à l’école, passons le flambeau).

PASS THE TORCH. Le message est passé. Joe Biden n’a toutefois pas paru déstabilisé sur ce coup-là et a répliqué « I’m still holding on to that torch » (Je tiens encore fermement ce flambeau).

  • La déclaration de la soirée

I’m a congressman, but also a father of a 2-year-old and an infant. When I’m not changing diapers, I’m changing Washington. Most of the time, the diapers smell better. (Je suis un député, mais aussi le père d’un enfant de 2 ans et d’un bébé. Quand je ne change pas des couches, je change Washington. La plupart du temps, les couches sentent meilleur)

Était-ce vraiment nécessaire, Eric Swalwell? Cette métaphore avait-elle été approuvée par des conseillers en communication?

  • Pete Buttigieg joue la carte de l’humilité

Pete Buttigieg a été interrogé sur le décès récent d’un homme noir abattu par un policier blanc dans la ville dont il est le maire. Les modérateurs lui ont demandé comment il expliquait qu’il n’y ait que 6% de policiers noirs au sein de la police de South Bend, alors que 25% de la population de la ville est afro-américaine, et pourquoi la situation ne s’était pas améliorée durant son mandat de maire. « Parce que je n’ai pas réussi », a répondu Buttigieg.

BUTTIGIEG: And I could walk you through all of the things that we have done as a community, (…), but it didn’t save the life of Eric Logan. And when I look into his mother’s eyes, I have to face the fact that nothing that I say will bring him back. This is an issue that is facing our community and so many communities around the country. (Et je pourrais citer toutes les choses que nous avons faites dans notre communauté, (…), mais cela n’a pas sauvé la vie de Eric Logan. Et quand je regarde sa mère dans les yeux, je dois faire face au fait que rien de ce que je peux dire ne le ramènera. C’est un problème qui touche notre communauté et tant d’autres dans notre pays)

  • Le closing statement de Pete Buttigieg

Les candidats préparent évidemment leur closing statement (le petit discours qu’ils peuvent prononcer à la fin du débat en guise de conclusion) à l’avance. Celui de Pete Buttigieg était particulièrement brillant.

BUTTIGIEG: Nothing about politics is theoretical for me. I’ve had the experience of writing a letter to my family, putting it in an envelope marked « just in case » and leaving it where they would know where to find it in case I didn’t come back from Afghanistan. I’ve experienced being in a marriage that exists by the grace of a single vote on the U.S. Supreme Court. And I have the experience of guiding a community where the per capita income was below $20,000 when I took office into a brighter future. I’m running because the decisions we make in the next three or four years are going to decide how the next 30 or 40 go. And when I get to the current age of the current president in the year 2055, I want to be able to look back on these years and say my generation delivered climate solutions, racial equality, and an end to endless war. Help me deliver that new generation to Washington before it’s too late. (La politique n’est en rien quelque chose de théorique pour moi. J’ai fait l’expérience d’écrire une lettre à ma famille, de la placer dans une enveloppe intitulée « au cas où » et de la laisser à un endroit où ils sauraient la trouver si je ne revenais pas d’Afghanistan. J’ai fait l’expérience d’un mariage qui ne peut exister que grâce à un seul vote à la Cour Suprême. Et j’ai fait l’expérience de guider vers un futur meilleur une communauté dans laquelle le revenu par habitant était de moins de $20,000 lorsque je suis devenu maire. Je suis candidat parce que les décisions que nous prendrons dans les trois ou quatre prochaines années décideront de ce qu’il se passera au cours des 30 ou 40 années suivantes. Et lorsque j’aurai atteint l’âge du président actuel en 2055, je veux pouvoir regarder en arrière et pouvoir dire que ma génération a réussi à trouver des solutions pour le climat, à atteindre l’égalité raciale, et à mettre un terme à la guerre sans fin. Aidez-moi à amener cette nouvelle génération à Washington avant qu’il ne soit trop tard)

  • We need to talk about Marianne Williamson

Marianne Williamson fut la révélation de ce débat, mais pas forcément pour les bonnes raisons. Cette écrivaine américaine, novice en politique, avait annoncé sa candidature à la présidence au mois de janvier dernier et est parvenue à se qualifier pour le débat en recueillant des dons de la part de plus de 65,000 personnes pour sa campagne.

Tout au long de la soirée, Marianne Williamson a fait sensation. Elle semblait presque venue d’une autre planète.

Lors de sa toute première intervention, elle a expliqué sous le regard ébahi des autres candidats (voir la photo ci-dessous) qu’il était très bien d’avoir un programme électoral, mais que Donald Trump avait gagné la présidence grâce à un bon slogan superficiel (Make America Great Again). Elle a ajouté qu’un bon programme électoral ne suffirait pas aux Démocrates pour vaincre Donald Trump en 2020. Honnêtement, nous n’aurions jamais cru entendre un jour un candidat déclarer lors d’un débat qu’il n’est pas vraiment important d’avoir un bon programme 😮😮😮

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Plus tard dans la soirée, lorsque les modérateurs du débat ont demandé à chaque candidat quelle serait sa priorité numéro 1 après son élection, Marianne Williamson a déclaré qu’elle téléphonerait à la première ministre de Nouvelle-Zélande.

WILLIAMSON: My first call is to the prime minister of New Zealand, who said that her goal is to make New Zealand the place where it’s the best place in the world for a child to grow up. And I would tell her, girlfriend, you are so wrong, because the United States of America is going to be the best place in the world for a child to grow up. (Mon premier appel serait à la première ministre de Nouvelle-Zélande, qui a dit que son but était de faire de la Nouvelle-Zélande le meilleur endroit au monde où un enfant puisse grandir. Et je lui dirais, girlfriend, tu as totalement tort, parce que les Etats-Unis d’Amérique vont être le meilleur endroit au monde où un enfant puisse grandir)

Enfin, Marianne Williamson a utilisé son closing statement pour répéter qu’il ne suffirait pas d’avoir un bon programme politique pour battre Donald Trump. Elle a ensuite semblé lui jeter un sort en affirmant qu’elle exploiterait l’amour à des fins politiques pour le combattre et que « l’amour vaincra ».

WILLIAMSON: I’m sorry we haven’t talked more tonight about how we’re going to beat Donald Trump. I have an idea about Donald Trump. Donald Trump is not going to be beaten just by insider politics talk. He’s not going to be beaten just by somebody who has plans. He’s going to be beaten by somebody who has an idea what this man has done. This man has reached into the psyche of the American people and he has harnessed fear for political purposes. So, Mr. President, if you’re listening, I want you to hear me, please. You have harnessed fear for political purposes and only love can cast that out. So I, sir, I have a feeling you know what you’re doing. I’m going to harness love for political purposes. I will meet you on that field. And, sir, love will win. (Je regrette que nous n’ayons pas davantage parlé ce soir de la manière de vaincre Donald Trump. J’ai une idée à propos de Donald Trump. Donald Trump ne sera pas vaincu seulement par un discours politique. Il ne sera pas vaincu seulement par quelqu’un qui a des plans. Il sera vaincu par quelqu’un qui sait ce que cet homme a fait. Cet homme a atteint le psychisme du peuple américain et a exploité la peur à des fins politiques. Alors, Mr. le Président, si vous m’écoutez, je veux que vous m’écoutiez, s’il-vous-plaît. Vous avez exploité la peur à des fins politiques et seul l’amour pourra chasser cela. Donc, monsieur, j’ai le sentiment que vous savez ce que vous faites. J’exploiterai l’amour à des fins politiques. Je vous rencontrerai sur ce champ de bataille. Et, monsieur, l’amour vaincra)

La performance de Marianne Williamson n’est évidemment pas passée inaperçue. D’après Google Trends, elle a été la candidate dont le nom a été le plus recherché sur Google pendant le débat (juste devant Kamala Harris et Pete Buttigieg). La célèbre chanteuse Katy Perry a même tweeté à son sujet.

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Traduction: Je ne vais pas mentir, je ressemble à Marianne Williamson après quelques verres de vin rouge

Les internautes ont aussi déterré d’anciens tweets de l’écrivaine. Nous en avons sélectionné quelques-uns ci-dessous.

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Traduction: Tout le monde se sent un peu comme un alien dans ce monde, parce que nous le SOMMES. Nous venons d’un autre royaume de la conscience, et nous désirons trouver une maison.
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Traduction: Les Juifs croient que le Messie arrive; les Chrétiens disent que le Messie est déjà venu; Einstein a dit que le temps lui-même était une illusion.
10
Traduction: Un ciel gris est en réalité un ciel bleu couvert de nuages gris. Une personne coupable est en réalité une âme innocente recouverte d’un comportement erroné.

Peu après la fin du débat, Marianne Williamson a publié un tweet appelant à faire des dons à sa campagne pour qu’elle soit de nouveau qualifiée au prochain débat.

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Traduction: Grâce à vous, j’étais sur la scène ce soir. Aidez-moi à me qualifier pour les prochains débats et rejoignez-moi pour une grande révolution de la conscience, par laquelle nous accomplirons des changements historiques et nous ferons du monde un endroit meilleur.

Certains Républicains amusés, notamment l’ex-directeur de la campagne présidentielle de Ted Cruz en 2016, ont appelé les électeurs républicains à faire un modeste don à la campagne de Marianne Williamson pour qu’elle soit qualifiée aux prochains débats. Un appel qui semble avoir rencontré un certain succès, si l’on en croit ce titre d’un article paru dans le quotidien USA Today.

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VAINQUEURS ET PERDANTS

(Pour chaque débat, nous vous donnerons notre avis sur les gagnants et les perdants de la soirée. Attention, même si nous tentons d’analyser les choses de la manière la plus objective possible – il ne s’agit pas de déclarer gagnant le candidat dont nous partageons le plus les positions -, il s’agit évidemment d’un choix quelque peu subjectif. Il n’est pas interdit d’avoir un avis divergent)

  • Les gagnants

Kamala Harris. Incontestablement la grande vainqueure de la soirée. Très bien préparée, sûre d’elle, elle fut l’auteure d’une performance très convaincante. Elle était tellement à l’aise qu’elle a pensé à rappeler aux téléspectateurs d’aller visiter son site Internet pour en savoir plus sur son programme. Aucun autre candidat n’y a songé.

Petit bémol: Comme nous l’avons déjà dit ci-dessus, nous ne sommes pas totalement convaincus que l’attaque ciblée de Kamala Harris contre Joe Biden tournera à son avantage auprès de tous les électeurs. Certains trouveront sans doute qu’elle s’est montrée trop agressive, qu’il n’est pas utile de remuer ainsi le passé, etc.

Pete Buttigieg. Le maire de South Bend fut l’autre grand gagnant de la soirée. Comme l’a signalé très justement un commentateur de CNN, une personne l’écoutant parler pour la première fois aurait facilement pu croire qu’il s’agissait d’un sénateur ou d’un gouverneur expérimenté, alors qu’en réalité, la seule expérience politique de Buttigieg est d’être le maire d’une ville de l’Indiana. Tout comme Kamala Harris, Buttigieg a donné l’image d’un candidat sérieux, bien préparé et intelligent. Il s’est simplement montré un peu plus discret.

Marianne Williamson. La révélation de la soirée. Même si ce n’est pas forcément pour la féliciter, tout le monde parle désormais d’elle. Sa performance absurde nous a beaucoup fait rire. Mais rappelons-nous tout de même que tout le monde ou presque se moquait aussi de Donald Trump au début de sa campagne… Et Love will win n’est peut-être pas un si mauvais slogan que cela.

  • Les perdants

Joe Biden. La soirée fut vraiment compliquée pour l’ancien vice-président. Il s’est retrouvé en difficulté lorsque Kamala Harris l’a violemment critiqué sur la question raciale. Même si nous ne sommes pas convaincus que l’attitude d’Harris aura été unanimement appréciée, la séquence a révélé un Joe Biden vulnérable. Ce n’est certainement pas l’image qu’il voulait donner lors de ce premier débat.

Et il n’y a pas eu que cela. Biden a semblé avoir du mal à naviguer entre un message d’unité nationale sur lequel il tente de bâtir sa campagne et la nécessité de satisfaire tout de même les électeurs démocrates les plus libéraux. Il a par exemple affirmé qu’il était favorable, comme d’autres candidats, à ce que les personnes résidant illégalement aux Etats-Unis aient droit à des programmes fédéraux comme Medicare, mais il a aussi affirmé que « les fabricants d’armes sont notre ennemi, pas la NRA ». À force de vouloir plaire à tout le monde, on risque de ne plaire à personne…

D’autre part, lorsqu’il a été interrogé par les modérateurs au sujet de l’une de ses récentes déclarations selon laquelle « il ne faut pas diaboliser les riches », Biden n’a pas saisi l’occasion pour se distinguer de l’un de ses principaux opposants, à savoir Bernie Sanders. Il a évité de critiquer ouvertement Sanders et a préféré délivrer une réponse assez banale sur la nécessité de réduire les inégalités économiques.

Enfin, pour couronner le tout, Biden a semble-t-il mal compris l’une des questions des modérateurs. Lorsque ceux-ci ont demandé à chaque candidat quelle serait sa première priorité après son élection, il a répondu que ce serait d’ « être sûr de battre Donald Trump ». Ouch.

Bernie Sanders. Les propos tenus par Bernie Sanders lors de ce débat étaient très semblables à ceux qu’il tenait déjà en 2016. Ce qui n’est pas un problème en soi. Le souci, c’est que beaucoup d’autres candidats défendent désormais certaines des idées qu’il était le seul à défendre en 2016. Il est donc plus difficile aujourd’hui pour Sanders de se distinguer des autres candidats. Il est également moins aisé de briller lors d’un débat avec neuf autres candidats que lors d’un débat en face-à-face avec Hillary Clinton. Lors de cette soirée, on a parfois tout simplement oublié que Sanders était là.

Eric Swalwell. Le député de Californie a au moins eu le mérite de se faire remarquer. Étant donné que beaucoup d’électeurs ne le connaissaient pas avant ce débat, cela suffira peut-être à certains pour le placer dans la colonne des gagnants. En ce qui nous concerne, nous avons eu beaucoup de mal avec ce candidat dont l’argument principal semble être qu’il faut l’élire parce qu’il est jeune. Certes, l’âge de Joe Biden et de Bernie Sanders n’est pas une préoccupation totalement illégitime. Cependant, Swalwell pense-t-il vraiment qu’on va l’élire à la présidence des Etats-Unis parce qu’il a tout simplement le mérite d’être jeune? D’autre part, son intervention pour signifier à Pete Buttigieg qu’il devrait licencier le chef de la police de sa ville après qu’un homme noir y ait été tué par un policier blanc ressemblait vraiment à une attaque gratuite et injustifiée. Buttigieg venait d’ailleurs d’expliquer qu’une enquête était en cours et qu’il en attendait les conclusions.

Andrew Yang. Cet entrepreneur n’ayant jusqu’ici jamais fait de politique avait décidé de se distinguer des autres candidats en ne portant pas de cravate. Mais Marianne Williamson lui a largement volé la vedette. Il est vrai que les modérateurs n’ont pas facilité la tâche de Yang puisqu’il n’a eu droit qu’à trois petites minutes de temps de parole. Il les a essentiellement utilisées pour mettre en avant l’idée centrale de son programme: un revenu de $1,000 par mois distribué à chaque citoyen américain. Hormis cette grande promesse, nous n’en savons pas plus, à l’issue de ce débat, sur les autres idées défendues par Yang.

L’aile modérée du Parti Démocrate. Si ce premier débat a démontré une chose, c’est que le Parti Démocrate a bel et bien glissé vers la gauche de l’échiquier politique au cours des quatre dernières années. C’est notamment flagrant sur la question de l’immigration. La majorité des candidats démocrates défendent aujourd’hui des positions que Barack Obama lui-même n’a jamais défendues lors de ses campagnes électorales et de sa présidence. Par exemple, l’idée selon laquelle les personnes résidant illégalement aux Etats-Unis ne devraient pas être expulsées du territoire si elles n’ont commis aucun autre crime. Sous la présidence de Barack Obama, plus de 3 millions de sans-papiers avaient été expulsés du territoire.

 

 

 

 

 

 

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