COMPTE-RENDU DU DEUXIÈME DÉBAT DÉMOCRATE, PARTIE 2

Les candidats démocrates à l’élection présidentielle de 2020 se sont retrouvés à Detroit pour un deuxième débat télévisé. La deuxième partie de ce débat a été marquée par les nombreuses attaques dont Joe Biden a fait l’objet. Compte-rendu.

INTRODUCTION

Les critères d’admission fixés par le Parti Démocrate pour se qualifier à ce deuxième débat étaient les mêmes que pour le premier débat. Vingt candidats les avaient de nouveau remplis. Un seul changement sur la grille de départ: l’absence du député de Californie Eric Swalwell, qui a récemment mis un terme à sa campagne pour la présidence, et la qualification du gouverneur du Montana Steve Bullock.

Le député Seth Moulton, le maire de la ville de Miramar (Floride) Wayne Messam, l’ex-député Joe Sestak et le milliardaire Tom Steyer n’étaient pas qualifiés.

Comme à Miami au mois de juin, les vingt candidats qualifiés avaient été répartis en deux groupes par tirage au sort. Le premier groupe de dix candidats a débattu le mardi 30 juillet et le deuxième groupe a débattu le mercredi 31 juillet. Le compte-rendu qui suit est celui du débat qui a eu lieu le mercredi 31 juillet.

LE DÉBAT

Participants: Joe Biden, Kamala Harris, Cory Booker, Julián Castro, Jay Inslee, Kirsten Gillibrand, Michael Bennet, Tulsi Gabbard, Bill de Blasio, Andrew Yang

Organisateur: Le débat était organisé par CNN

Modérateurs: Jake Tapper, Dana Bash et Don Lemon

Durée du débat: 2h30

Compte-rendu:

(Attention, ce compte-rendu n’est pas un résumé exhaustif du débat. Revenir sur tout ce qui a été dit serait bien trop long. Nous avons seulement sélectionné les moments les plus marquants de la soirée)

  • Nouveaux affrontements au sujet du Medicare for All

Comme lors du débat ayant eu lieu la veille, les candidats se sont affrontés autour de la question du Medicare for All. Kamala Harris a déclaré être favorable à ce plan. Joe Biden et le sénateur du Colorado Michael Bennet l’ont critiquée sur ce point, affirmant qu’ils avaient quant à eux l’intention d’améliorer le système actuel de l’Obamacare.

Lorsque Michael Bennet a déclaré qu’il ne fallait pas empêcher les Américains qui le souhaitent de conserver leur assurance actuelle, Kamala Harris a répliqué que son argument était un « argument républicain » (« Republican talking point« ). Une tactique déjà utilisée la veille par Elizabeth Warren et Bernie Sanders. Michael Bennet a répliqué qu’il ne s’agissait pas du tout d’un argument républicain puisque Bernie Sanders a lui-même reconnu que le Medicare for All coûterait plus de 30 mille milliards de dollars à l’état et qu’il faudrait augmenter les impôts pour le financer.

Bernie Sanders is the guy who says it will cost $32 trillion and that we’re going to have to raise those taxes to pay for it. He says that. Republicans don’t say it. Don’t try to distract from the truth. (Bernie Sanders est celui qui dit que cela coûtera 32 mille milliards de dollars et qu’il faudra augmenter les impôts pour financer tout cela. C’est lui qui le dit. Ce ne sont pas les Républicains qui le disent. N’essayez pas de nous détourner de la réalité)

Joe Biden a lui aussi indiqué à Kamala Harris que « Ceci n’est pas un argument républicain ».

  • Joe Biden sous le feu des critiques lors du débat sur l’immigration

D’entrée de jeu, le modérateur Don Lemon a rappelé que davantage de personnes sans-papiers avaient été expulsées du territoire américain durant les deux premières années de la présidence Obama (environ 800,000) que durant les deux premières années de la présidence Trump. Lemon a demandé à Joe Biden s’il expulserait autant de sans-papiers qu’Obama s’il était élu à la présidence. Biden a répondu que ce ne serait pas le cas. Un manifestant présent dans la salle l’a alors interrompu en criant « trois millions d’expulsions! », en référence au nombre total d’expulsions qui ont eu lieu durant la présidence de Barack Obama. C’est plus que durant la présidence de George W. Bush et, jusqu’à présent, que durant celle de Donald Trump.

Joe Biden ne s’est pas laissé intimider. Tout en affirmant qu’il n’avait pas l’intention d’expulser autant de sans-papiers que sous la présidence Obama (notamment parce que son plan pour l’immigration vise à permettre à de nombreux sans-papiers d’accéder à la citoyenneté américaine), il s’est opposé à l’idée défendue par Julián Castro de décriminaliser le fait de pénétrer sans autorisation sur le territoire américain. L’ancien vice-président a déclaré que traverser illégalement la frontière devait rester un crime passible d’expulsion. Il a même affirmé que le plan de Castro n’avait aucun sens.

Biden a aussi rappelé que Castro avait fait partie de l’administration Obama (ndlr: en tant que ministre du Logement) et qu’il ne s’était à l’époque jamais indigné face à la politique d’immigration menée.

We sat together in many meetings. I never heard him talk about any of this when he was the secretary. (Nous avons participé ensemble à de nombreuses réunions. Je ne l’ai jamais entendu parler de cela quand il était ministre)

Julián Castro a répliqué qu’il avait tiré les leçons du passé, contrairement à Joe Biden.

Mr. Vice President, it looks like one of us has learned the lessons of the past and one of us hasn’t. (Monsieur le vice-président, on dirait que l’un de nous a tiré les leçons du passé et l’autre non)

Après Julián Castro, c’est Bill de Blasio qui s’en est pris à Joe Biden et a réclamé plus d’explications sur le grand nombre d’expulsions de sans-papiers ayant eu lieu au cours de la présidence Obama. Le maire de New York a demandé à Joe Biden si, en tant que vice-président, il avait approuvé cette politique à l’époque ou s’il avait essayé de faire changer d’avis le président Obama. Joe Biden a quelque peu évité de répondre directement à la question, affirmant simplement qu’il ne révélerait pas publiquement le contenu des conversations qu’il avait pu avoir en privé avec le président Obama. Mais il a insisté sur le fait que ce dernier avait tenté de faire passer une loi de réforme du système d’immigration au Congrès et avait protégé les Dreamers. « Le comparer à Donald Trump est très bizarre », a ajouté l’ancien vice-président.

Cory Booker est alors intervenu pour attaquer à son tour Joe Biden. Le sénateur du New Jersey a affirmé qu’il était trop facile de s’associer sans cesse à la présidence Obama et de ne pas vouloir en parler lorsque le bilan était plus dérangeant.

You invoke President Obama more than anybody in this campaign. You can’t do it when it’s convenient and then dodge it when it’s not. (Vous invoquez le président Obama plus que n’importe qui d’autre dans cette campagne. Vous ne pouvez pas le faire quand c’est pratique et esquiver quand cela ne l’est pas)

  • Cory Booker attaque également Joe Biden sur le thème de la réforme de la justice

Cory Booker a également attaqué Joe Biden sur le thème de la réforme de la justice. Le sénateur du New Jersey a reproché à l’ancien vice-président d’avoir voté, tout au long de sa carrière de sénateur, en faveur de lois anti-criminalité prônant un principe de tolérance zéro. D’après Booker, ces lois ont conduit à envoyer en prison des malades mentaux et des drogués, qui auraient eu besoin d’être soignés au lieu d’être emprisonnés. Cette politique de tolérance zéro aurait aussi, d’après Booker, conduit à la surpopulation actuelle des prisons américaines et aurait contribué à exacerber les inégalités raciales et sociales au sein de la société américaine.

Joe Biden a répliqué que son programme actuel allait dans le même sens que celui de Cory Booker et a accusé ce dernier d’avoir lui-même mis en place une politique de tolérance zéro dans sa ville lorsqu’il était maire de Newark. Booker a nié.

  • Kamala Harris critique de nouveau Joe Biden pour son « travail avec des ségrégationnistes »

Il était impensable que les modérateurs du débat ne reviennent pas sur l’affrontement qui avait opposé Kamala Harris et Joe Biden lors du premier débat. Pour rappel, Harris avait reproché à Biden de s’être opposé à la politique du busing dans les années 70 et d’avoir complimenté la civilité de certains de ses collègues ségrégationnistes de l’époque.

Kamala Harris a répété qu’elle ne comprenait pas pourquoi Joe Biden refusait de reconnaître ses erreurs.

When Vice President Biden was in the United States Senate, working with segregationists to oppose busing, (…) Had I been in the United States Senate at that time, I would have been completely on the other side of the aisle. And let’s be clear about this. Had those segregationists their way, I would not be a member of the United States Senate, Cory Booker would not be a member of the United States Senate and Barack Obama would not have been in the position to nominate him to the title he now holds. (Lorsque le vice-président Biden était sénateur et travaillait avec des ségrégationnistes pour s’opposer au busing, (…) Si j’avait été sénatrice à ce moment-là, j’aurais été dans l’autre camp. Et soyons clairs. Si ces ségrégationnistes avaient obtenu ce qu’ils voulaient, je ne serais pas membre du Sénat aujourd’hui, Cory Booker ne serait pas membre du Sénat et Barack Obama n’aurait jamais été dans la position de lui offrir le titre qu’il détient désormais)

Joe Biden s’était cette fois préparé à répondre à Kamala Harris. Il a critiqué son bilan en tant qu’Attorney General de Californie, indiquant notamment que la Californie possédait deux des districts scolaires les plus ségrégés du pays et qu’elle n’avait jamais rien fait pour y remédier. Il a aussi affirmé qu’elle avait tenté de s’opposer à la libération conditionnelle de plus de 1,000 prisonniers californiens. L’ancien vice-président a suggéré aux téléspectateurs de taper « 1,000 prisoners freed Kamala Harris » sur Google pour en savoir plus. Si certains téléspectateurs l’ont fait, le premier article qui sera apparu dans les résultats de leur recherche est un article du Daily Beast intitulé « Une procureure progressiste? Le bureau de l’Attorney General Kamala Harris a tenté de garder des prisonniers enfermés pour les utiliser comme travailleurs bon marché ».

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En résumé, cet article explique que les prisons californiennes étaient tellement surpeuplées en 2014 qu’un juge fédéral avait ordonné à Kamala Harris, alors Attorney General de l’état, d’accorder une libération conditionnelle à tous les prisonniers condamnés pour des crimes non-violents et ayant purgé plus de la moitié de leur peine. Kamala Harris se serait montrée réticente et des avocats travaillant au sein de son cabinet auraient notamment affirmé devant les tribunaux que la libération de tous ces prisonniers mettrait en péril le programme de travail existant au sein des prisons californiennes. Certains détenus californiens sont notamment assignés à la tâche de pompier volontaire pour lutter contre les incendies qui ravagent régulièrement l’état. Ils sont rémunérés $2 par jour pour ce travail. L’article mentionne toutefois que Kamala Harris a déclaré plus tard qu’elle n’était pas au courant du fait que ses avocats utilisaient cet argument devant les tribunaux. Lorsqu’elle l’a appris, elle aurait été choquée et leur aurait demandé de ne plus le faire.

Lors du débat, Kamala Harris a eu un peu de mal à répondre aux critiques de Joe Biden. Elle s’est contentée d’affirmer que ce dernier déformait la réalité et qu’elle était fière du travail qu’elle avait effectué en tant qu’Attorney General de Californie.

  • Tulsi Gabbard attaque également Kamala Harris sur son bilan en tant qu’Attorney General de Californie

Juste après que Joe Biden ait critiqué le bilan d’AG de Californie de Kamala Harris, Tulsi Gabbard en a remis une couche.

Senator Harris says she’s proud of her record as a prosecutor and that she’ll be a prosecutor president. But I’m deeply concerned about this record. There are too many examples to cite but she put over 1,500 people in jail for marijuana violations and then laughed about it when she was asked if she ever smoked marijuana. She blocked evidence that would have freed an innocent man from death row until the courts forced her to do so. She kept people in prison beyond their sentences to use them as cheap labor for the state of California. (La sénatrice Harris dit qu’elle est fière de son bilan de procureure et qu’elle sera une procureure en tant que présidente. Mais je suis très inquiète au sujet de ce bilan. Il y a trop d’exemples à citer mais elle a envoyé plus de 1,500 personnes en prison pour détention de marijuana et ensuite, elle a rigolé lorsqu’on lui a demandé si elle avait déjà fumé de la marijuana. Elle a dissimulé des preuves qui auraient permis de libérer un homme innocent du couloir de la mort jusqu’à ce que les tribunaux l’obligent à les dévoiler. Elle a gardé des gens en prison le plus longtemps possible pour les utiliser comme travailleurs bon marché pour l’état de Californie)

Kamala Harris a de nouveau eu un peu de mal à répondre. Elle a une nouvelle fois affirmé qu’elle était fière de son travail en tant qu’AG de Californie et a ajouté qu’elle avait toujours été opposée à la peine de mort.

  • Jay Inslee critique le plan trop modeste de Joe Biden sur le climat

La lutte contre le réchauffement climatique est le point central de la campagne électorale de Jay Inslee. Le gouverneur de l’état de Washington se présente comme le seul candidat véritablement décidé à faire du combat pour la survie de la planète la priorité absolue de sa présidence. Il affirme régulièrement que les propositions des autres candidats ne vont pas assez loin. Lors du débat, il a choisi de diriger ses critiques vers Joe Biden. Il a accusé ce dernier d’avoir un plan bien trop modeste en matière de climat. À titre d’exemple, il a cité le fait que le plan de Joe Biden ne prévoit pas de cesser toute exploitation du charbon d’ici dix ans, alors que les experts estiment que c’est ce qu’il est nécessaire de faire pour sauver la planète.

These deadlines are set by science. Mr. Vice President, your argument is not with me, it’s with science. (Ces échéances sont fixées par la science. Monsieur le vice-président, ce n’est pas avec moi que vous avez un problème, c’est avec la science)

Joe Biden a défendu son plan pour le climat en citant certaines des mesures qu’il préconise. Concernant le charbon, il a expliqué que son plan prévoyait de ne plus accorder aucune subvention aux industries du charbon et du pétrole, ce qui les mettra en difficulté. « Nous trouverons une solution » pour éliminer l’usage du charbon, a-t-il ajouté. Bien insuffisant pour Jay Inslee.

We cannot work this out. The time is up. Our house is on fire. We have to stop using coal in ten years and we need a president to do it or it won’t get done. Get off coal. Save this country and the planet. (Nous n’avons plus le temps de trouver une solution. Le temps est écoulé. Notre maison est en feu. Nous devons arrêter d’utiliser du charbon au cours des dix prochaines années et nous avons besoin d’un président prêt à le faire ou ce ne sera pas fait. Nous devons nous sortir du charbon. Sauver ce pays et la planète)

  • Andrew Yang se montre fataliste au sujet du réchauffement climatique

Si vous vous demandiez quel serait le premier candidat à une élection à oser avancer un tel argument, la réponse est Andrew Yang (qui n’est pas un politicien, mais un homme d’affaires candidat à la présidence). Quel argument? Celui selon lequel il est déjà trop tard pour empêcher le réchauffement climatique et qu’il faudra plutôt s’y adapter.

The important number in Vice President Biden’s remarks just now is that the United States was only 15% of global emissions. We like to act as if we’re 100%, but the truth is even if we were to curb our emissions dramatically, the earth is still going to get warmer. And we can see it around us this summer. The last four years have been the four warmest years in recorded history. This is going to be a tough truth, but we are too late. We are ten years too late. We need to do everything we can to start moving the climate in the right direction, but we also need to start moving our people to higher ground. (Le chiffre important dans ce que vient de dire le vice-président Biden est que les Etats-Unis produisent actuellement 15% des émissions globales de gaz à effet de serre. Nous aimons agir comme si nous étions responsables de 100% de ces émissions, mais la vérité est que même si nous les réduisions drastiquement, la terre se réchaufferait tout de même. Et on peut le voir autour de nous cet été. Les quatre dernières années ont été les quatre années les plus chaudes jamais enregistrées. C’est une vérité difficile à entendre, mais il est trop tard. Nous arrivons dix ans trop tard. Nous devons faire tout ce qu’il est possible de faire pour orienter le climat dans la bonne direction, mais nous devons aussi commencer à mettre les gens en sécurité)

  • Kirsten Gillibrand accuse Joe Biden d’avoir critiqué les femmes qui travaillent en 1981

Kirsten Gillibrand parle beaucoup des droits des femmes depuis le début de sa campagne. Pour ce débat, elle avait d’ailleurs décidé de s’habiller en rose. Et elle a reproché à Joe Biden d’avoir rédigé en 1981 une carte blanche intitulée Congress is subsidizing the deterioration of the family (Le Congrès subventionne la détérioration de la famille). Joe Biden était à l’époque l’un des rares sénateurs à s’opposer à une proposition de loi prévoyant d’accorder une déduction fiscale à tous les parents envoyant leurs enfants à la crèche.

Kirsten Gillibrand a largement déformé les propos de Biden en l’accusant d’avoir écrit que les femmes qui choisissent de travailler – au lieu de rester à la maison pour s’occuper de leurs enfants – contribuent à la « détérioration de la famille ».

What he wrote in an op-ed was that he believed that women working outside the home would, quote, « create the deterioration of family ». He also said that women who were working outside the home were, quote, « avoiding responsibility ». (Ce qu’il a écrit dans cet article est qu’il croit que les femmes qui travaillent créent, je cite, « la détérioration de la famille ». Il a aussi dit que les femmes qui travaillent, je cite, « n’assument pas leurs responsabilités »)

Il suffit de lire la carte blanche en question pour se rendre compte que ce n’est pas tout à fait ce que Joe Biden y affirme. Le principal argument avancé par Biden dans cette carte blanche est que l’état ne devrait aider que les parents aux revenus inférieurs à $100,000 à payer la crèche de leurs enfants et ne pas accorder des avantages fiscaux aux foyers plus riches. Il affirme aussi que la société actuelle semble encourager les gens à fuir leurs responsabilités personnelles, y compris la responsabilité de s’occuper des membres de leur famille.

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Joe Biden a répondu à Kirsten Gillibrand que son opposition à la proposition de loi de l’époque était surtout liée au fait que les crédits d’impôts qu’elle prévoyait s’adressaient aussi aux foyers les plus riches. Il a ajouté être bien conscient du coût que représente l’éducation d’un enfant puisqu’il a lui-même été un père célibataire pendant plusieurs années. Il a aussi indiqué que sa première épouse et son épouse actuelle avaient toujours travaillé et qu’il les avait toujours soutenues. Il a rappelé qu’il s’était battu pour l’adoption d’une loi visant à lutter contre les violences faites aux femmes et qu’il avait toujours défendu les droits des femmes. Enfin, il a rappelé à Kirsten Gillibrand qu’elle l’avait déjà elle-même complimenté pour son engagement dans ce domaine.

I don’t know what’s happened except that you’re now running for president. (Je ne sais pas ce qui a changé, si ce n’est que tu es désormais candidate à la présidence)

  • Tulsi Gabbard défend le non-interventionnisme et déclare que Donald Trump soutient Al-Qaïda

Tulsi Gabbard a profité de ce débat pour mettre en avant ses opinions en matière de politique étrangère, qui sont assez semblables à celles de Donald Trump ou de Bernie Sanders. À savoir que les Etats-Unis n’ont pas vocation à être les gendarmes du monde et que tout l’argent gaspillé dans des guerres inutiles à l’étranger pourrait être utilisé pour améliorer la situation interne du pays (rénovation des infrastructures, lutte contre la pauvreté, etc.). Les arguments de Tulsi Gabbard sont d’autant plus susceptibles de raisonner auprès de certains électeurs qu’elle a elle-même combattu en Irak. Elle répète d’ailleurs sans cesse qu’elle a été le témoin du véritable coût de la guerre.

Tulsi Gabbard a aussi déclaré quelque chose de très curieux lors de ce débat. Elle a littéralement accusé Donald Trump de soutenir Al-Qaïda.

Over years now, not only have we not gone after Al-Qaeda, who is stronger today than they were on 9/11, but our president is supporting Al-Qaeda. (Depuis des années, non seulement nous ne combattons plus Al-Qaïda, qui est plus forte aujourd’hui qu’elle ne l’était le 11 septembre, mais notre président soutient Al-Qaïda)

« Notre président soutient Al-Qaïda ». Il s’agit là d’une accusation très grave. Pourtant, curieusement, absolument personne n’a songé à demander à Gabbard de clarifier son propos…

  • La gaffe de la soirée

Joe Biden s’est un peu emmêlé les pinceaux dans son closing statement. Il a appelé les gens qui voulaient le soutenir à se rendre sur Joe30330 (« If you agree with me, go to Joe30330″). Ce qui ne ressemble évidemment pas vraiment à l’adresse d’un site Internet. En réalité, il s’agissait de demander aux gens d’envoyer Joe par sms au 30330. Oups.

  • Les autres déclarations de la soirée

Quelques petites phrases supplémentaires entendues au cours de la soirée…

Go easy on me, kid. (Vas-y mollo avec moi, mon enfant)

Joe Biden à Kamala Harris quand celle-ci l’a rejoint sur le plateau avant le coup d’envoi du débat.

The opposite of Donald Trump is an Asian man who likes math. (Le contraire de Donald Trump est un asiatique qui aime les mathématiques)

Andrew Yang

We can no longer allow a white nationalist to be in the White House. (Nous ne pouvons plus permettre qu’un nationaliste blanc occupe la Maison Blanche)

Jay Inslee

The first thing that I’m going to do when I’m president is I’m going to Clorox the Oval Office. (La première chose que je ferai en tant que présidente est de passer le Bureau Ovale au Clorox)

Kirsten Gillibrand. Pour info, Clorox est une marque américaine de produits d’entretien.

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Donald, you’re the real socialist. The problem is, it’s socialism for the rich. (Donald, tu es le vrai socialiste. Le problème est que c’est du socialisme pour les riches)

Bill de Blasio en référence au président Trump. Nous ne sommes pas sûrs d’avoir tout compris 🤔

VAINQUEURS ET PERDANTS

(Pour chaque débat, nous vous donnerons notre avis sur les gagnants et les perdants de la soirée. Attention, même si nous tentons d’analyser les choses de la manière la plus objective possible – il ne s’agit pas de déclarer gagnant le candidat dont nous partageons le plus les positions -, il s’agit évidemment d’un choix quelque peu subjectif. Il n’est pas interdit d’avoir un avis divergent)

  • Les gagnants

Joe Biden. La performance de l’ancien vice-président n’a pas été parfaite. Joe30330 en est un bon exemple. Plus généralement, Joe Biden ne s’exprime pas toujours de la manière la plus fluide qui soit, ce qui a tendance à nous rappeler qu’il est âgé de 76 ans. Il faudrait aussi peut-être que l’un de ses conseillers lui explique qu’il n’est pas obligé de s’arrêter de parler en plein milieu d’une phrase parce que son temps de parole est écoulé. Il est bon de respecter les règles du débat, mais de là à ne pas terminer ses phrases… C’est assez perturbant pour le téléspectateur.

En dépit de ces quelques petits bémols, Joe Biden ressort clairement vainqueur de ce débat. Il a été attaqué tout au long de la soirée par bon nombre de ses adversaires. Julián Castro et Bill de Blasio l’ont critiqué sur l’immigration. Cory Booker l’a critiqué sur le thème de la réforme de la justice. Kamala Harris l’a de nouveau critiqué sur le busing. Jay Inslee a critiqué son plan pour le climat et a rappelé qu’il avait voté en faveur de la guerre en Irak. Kirsten Gillibrand l’a accusé d’avoir une vision rétrograde des femmes. Bref, Joe Biden s’en est pris plein la figure. Et il n’a pas flanché. Il est apparu bien mieux préparé que lors du premier débat et n’a pas hésité à contre-attaquer, le plus souvent assez efficacement. Well done, Joe.

Tulsi Gabbard. Tulsi Gabbard a parfaitement profité de ce débat pour faire passer son message anti-interventionniste. Elle a aussi pris le dessus sur Kamala Harris lors de l’échange qui les a opposées. La performance de Gabbard n’est pas passée inaperçue puisque son nom fut le plus recherché de tous les candidats sur Google au cours de la soirée.

Jay Inslee. Le gouverneur de l’état de Washington a été bon lors de ce débat. Il s’exprime plutôt bien et a défendu bec et ongles son opinion selon laquelle l’urgence climatique n’est pas encore prise suffisamment au sérieux. Quelques heures seulement après la fin du débat, la campagne de Jay Inslee annonçait avoir recueilli des dons de la part de 10,000 personnes au cours de la soirée.

Les « Republican talking points ». Kamala Harris a repris cette expression déjà utilisée la veille par Bernie Sanders et Elizabeth Warren pour qualifier certaines critiques mises en avant par les détracteurs du Medicare for All. Lors du débat sur l’immigration, Julián Castro a quant à lui affirmé que l’argument selon lequel il était irresponsable de décriminaliser l’entrée illégale sur le territoire américain était un « argument de droite ». Qui aurait cru que l’on entendrait autant d’arguments républicains lors d’un débat démocrate?

En réalité, vous l’aurez compris, qualifier toute critique d’un adversaire d’ « argument républicain » semble être la nouvelle façon pour certains candidats de s’en sortir lorsqu’ils ont du mal à répondre à une question délicate.

Clorox. La marque de produits d’entretien peut remercier Kirsten Gillibrand pour la publicité gratuite.

  • Les perdants

Kamala Harris. La sénatrice de Californie a pu constater qu’il était parfois plus difficile de répondre aux attaques que d’attaquer. Elle a eu du mal à répondre efficacement aux critiques de Joe Biden et de Tulsi Gabbard sur son bilan en tant qu’Attorney General de Californie. Ses explications concernant son plan pour la santé n’étaient pas non plus très claires. Une performance beaucoup moins impressionnante que lors du premier débat.

Kirsten Gillibrand. On aura retenu deux choses de la performance de la sénatrice de New York: 1) son affirmation selon laquelle Joe Biden ne respecterait pas les femmes qui travaillent et 2) sa promesse de désinfecter le Bureau Ovale au Clorox. Moyennement convaincant. De plus, même si l’on a bien compris l’image qu’elle avait voulu faire passer, n’est-il pas absurde que la candidate qui passe le plus de temps à parler des droits des femmes déclare devant des millions de téléspectateurs que la première chose qu’elle a l’intention de faire en arrivant dans le Bureau Ovale est de nettoyer? À méditer…

Barack Obama. Le temps où tous les Démocrates ne disaient que du bien de Barack Obama semble révolu. Lors de ce débat, les critiques visant le bilan de sa présidence ont été nombreuses. On pense en particulier aux critiques concernant le nombre d’expulsions de sans-papiers ayant eu lieu au cours de son mandat. La plupart des candidats utilisent évidemment ces arguments pour s’en prendre à Joe Biden, qui était le vice-président d’Obama. Il n’empêche que les critiques incessantes du bilan de la présidence Obama ont surpris bon nombre d’observateurs. Elles en ont aussi agacé certains, comme Eric Holder, qui a occupé le poste de ministre de la Justice sous Obama.

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Traduction: À mes collègues Démocrates. Méfiez-vous des attaques envers le bilan d’Obama. Appuyez-vous sur ce bilan. Étendez-le. Mais il y a peu à gagner – pour vous ou le parti – en attaquant un Président Démocrate qui a largement réussi et qui est toujours populaire.

Les modérateurs. Il nous semble incroyable qu’aucun des modérateurs n’ait réagi pour demander plus d’explications à Tulsi Gabbard lorsqu’elle a déclaré que « notre président soutient Al-Qaïda ». De même, il nous semble tout aussi incroyable qu’au terme de deux débats, Gabbard n’ait pas été interrogée une seule fois au sujet de sa rencontre controversée avec Bachar El-Assad en 2017, alors qu’elle met sans cesse en avant ses opinions concernant la politique étrangère américaine.

 

 

 

 

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