WEEKLY NEWS FLASH #199

Au sommaire cette semaine: quelques résultats électoraux importants, le point sur l’impeachment inquiry à la veille du coup d’envoi des auditions publiques, Anonymous, Ronald Reagan et Jeff Sessions. Bonne lecture !

LES RÉSULTATS ÉLECTORAUX DE LA SEMAINE

Les électeurs étaient appelés aux urnes dans plusieurs états américains ce mardi 5 novembre. Ils devaient élire leur nouveau gouverneur et/ou leurs représentants au parlement local. Les principaux résultats ci-dessous.

  • Virginie

1

Les Démocrates ont remporté la majorité des sièges au parlement de Virginie. Du jamais vu depuis plus de vingt ans ! « La Virginie est officiellement bleue », s’est réjoui le gouverneur démocrate Ralph Northam. Son prédécesseur, Terry McAuliffe, a laissé éclater sa joie sur Twitter.

2

Si le gouverneur de Virginie était déjà démocrate, les Républicains détenaient jusqu’ici la majorité des sièges dans les deux chambres du parlement. Les Démocrates y seront désormais majoritaires. Ce basculement semble confirmer que la Virginie, un état longtemps considéré comme républicain, est en train de se transformer en état démocrate, notamment grâce au vote des habitants progressistes des suburbs situées autour de Washington, D.C. et de Richmond.

  • Kentucky

Le gouverneur républicain sortant Matt Bevin n’a pas été réélu. Il a été battu par le candidat démocrate Andy Beshear, qui occupait jusqu’ici le poste d’Attorney General. Le scrutin s’est avéré extrêmement serré. Andy Beshear a remporté 49,2% des voix, contre 48,8% pour Bevin. (Le candidat du Parti Libertarien a remporté 2% des voix). C’est la première fois depuis 1915 qu’un gouverneur du Kentucky est élu sans remporter plus de 50% des voix.

La victoire de Beshear est évidemment une grande victoire pour les Démocrates. Néanmoins, il ne faut sans doute pas en tirer de conclusions trop hâtives quant à un éventuel recul du Parti Républicain au Kentucky. Matt Bevin, un personnage controversé, était l’un des gouverneurs les plus impopulaires du pays et n’a été battu que de justesse. Les Républicains ont remporté tous les autres scrutins qui avaient lieu le même jour dans l’état.

Le Républicain Daniel Cameron, un protégé du sénateur Mitch McConnell, a notamment été élu au poste d’Attorney General. C’est la toute première fois qu’un afro-américain est élu à ce poste au Kentucky.

  • Mississippi

Le Républicain Tate Reeves a été élu au poste de gouverneur. Il succède au gouverneur républicain sortant Phil Bryant, dont il était jusqu’ici le lieutenant-gouverneur.

  • Texas

Au Texas, les électeurs ont approuvé par référendum un amendement constitutionnel interdisant aux autorités de leur état de créer un impôt local sur le revenu ! 77% des Texans ont voté en faveur de l’adoption de cet amendement constitutionnel.

LES DERNIÈRES NOUVELLES DE L’IMPEACHMENT INQUIRY

Cette semaine, le House Intelligence Committee a publié les retranscriptions des auditions de tous les témoins entendus jusqu’à présent et a annoncé que des auditions publiques allaient avoir lieu !

  • Les retranscriptions des auditions à huis clos ont été rendues publiques

Les retranscriptions de toutes les auditions de témoins ayant eu lieu à huis clos au cours des dernières semaines sont désormais accessibles. Plus de 2,600 pages au total ! Vous pouvez y accéder en cliquant ici.

Grâce à ces documents, nous pouvons désormais savoir tout ce que les différents témoins interrogés dans le cadre de l’impeachment inquiry ont déclaré devant les comités compétents de la Chambre des Représentants. Jusqu’ici, nous devions nous contenter des informations ayant filtré dans la presse. Comme les retranscriptions le démontrent, celles-ci étaient toutefois de très bonne qualité.

Nous vous proposons de faire le point ci-dessous sur ce que l’impeachment inquiry a permis de dévoiler jusqu’à présent.

Ce qu’il faut absolument retenir, en trois points:

Voici les conclusions que nous pouvons tirer de l’ensemble des différents témoignages qui ont été entendus jusqu’ici:

1. Plusieurs diplomates américains étaient très préoccupés par les actions menées par Rudy Giuliani en Ukraine. Rudy Giuliani est l’avocat personnel du président Trump. Bien qu’il n’occupe aucune fonction officielle au sein de l’administration, il était semble-t-il à la tête d’un canal diplomatique parallèle et non-officiel en Ukraine et y défendait des intérêts incompatibles avec la politique officielle du Département d’Etat.

2. Le président Trump voulait que le président ukrainien Volodymyr Zelensky annonce publiquement l’ouverture d’enquêtes sur:

∗ CrowdStrike et l’interférence supposée de l’Ukraine dans la campagne électorale américaine de 2016. Une interférence qui, selon tous les diplomates qui ont témoigné et les services de renseignement américains, n’a pourtant jamais eu lieu. Le président Trump défend en réalité ici une théorie du complot selon laquelle le piratage informatique dont a été victime le Parti Démocrate en 2016 n’aurait pas été perpétré par la Russie, mais par la firme de sécurité informatique CrowdStrike. Le Parti Démocrate aurait engagé CrowdStrike pour réaliser le vrai-faux piratage de ses serveurs informatiques, afin de pouvoir ensuite accuser la Russie d’en être responsable. Pour mener à bien cette opération, CrowdStrike aurait en partie opéré depuis l’Ukraine. Soulignons encore une fois que cette thèse n’a aucun fondement sérieux.

∗ Burisma, une entreprise ukrainienne active dans le secteur de l’énergie et pour laquelle travaillait Hunter Biden, le fils de l’ancien vice-président des Etats-Unis Joe Biden. Si Volodymyr Zelensky avait annoncé l’ouverture d’une enquête sur Burisma en raison de soupçons de corruption, Donald Trump aurait pu se servir de cette annonce pour attaquer Joe Biden, l’un de ses adversaires potentiels à l’élection présidentielle de 2020.

3. La Maison Blanche avait pris la décision de ne pas inviter Volodymyr Zelensky à Washington et de bloquer la livraison de 400 millions de dollars d’aide militaire à l’Ukraine (pourtant approuvée par le Congrès) tant que le président ukrainien n’aurait pas annoncé l’ouverture des enquêtes réclamées par le président Trump.

Ce qu’il faut retenir des principaux témoignages entendus jusqu’ici:

Marie Yovanovitch

Qui est-elle? L’ex-ambassadrice des Etats-Unis en Ukraine, licenciée en mai 2019, peu après l’élection de Volodymyr Zelensky à la présidence.

Que faut-il retenir de son témoignage? Marie Yovanovitch affirme avoir été victime d’une campagne de diffamation orchestrée par Rudy Giuliani. Celui-ci aurait convaincu le président Trump de la licencier sous prétexte qu’elle n’était pas assez loyale envers lui. Rudy Giuliani aurait aussi informé le président Trump qu’il la soupçonnait de protéger les intérêts de la famille Biden en Ukraine, ce que Yovanovitch dément formellement.

Marie Yovanovitch affirme aussi que John Sullivan, le numéro 2 du Département d’Etat, lui a assuré après son licenciement qu’elle n’avait rien fait de mal, mais que le président Trump n’avait tout simplement plus confiance en elle. Elle affirme également que le Département d’Etat a refusé de publier un communiqué pour la soutenir, par peur de froisser le président Trump.

Michael McKinley

Qui est-il? Un ancien proche conseiller du Secrétaire d’Etat Mike Pompeo. Il a démissionné récemment.

Que faut-il retenir de son témoignage? Michael McKinley affirme qu’il a démissionné parce qu’il ne pouvait plus cautionner ni ce qu’il se passait en Ukraine ni le silence complice du Département d’Etat à ce sujet. Il dénonce une instrumentalisation de la politique étrangère américaine pour avancer les intérêts politiques personnels du président Trump, au détriment des intérêts des Etats-Unis en termes de sécurité nationale. Il reproche aussi au Département d’Etat de ne pas avoir soutenu Marie Yovanovitch lorsque le président Trump l’a licenciée sans raison valable. Il affirme qu’il a plaidé auprès de Mike Pompeo pour que celui-ci apporte publiquement son soutien à l’ambassadrice, mais que le Secrétaire d’Etat a refusé de le faire.

George Kent

Qui est-il? Un employé du Département d’Etat. II y dirige le bureau en charge des affaires européennes et eurasiennes. Il est chargé de superviser la politique étrangère américaine dans six pays, dont l’Ukraine.

Que faut-il retenir de son témoignage? Comme d’autres témoins, George Kent déclare avoir été alarmé par l’existence d’un canal diplomatique parallèle en Ukraine. Il affirme qu’on lui a ordonné de « faire profil bas » après qu’il ait émis des inquiétudes quant aux agissements de Rudy Giuliani en Ukraine, qui allaient selon lui à l’encontre de la ligne politique officielle du gouvernement américain. On lui aurait ordonné de ne plus s’occuper de l’Ukraine et de se concentrer sur les autres pays dont il avait la charge.

George Kent affirme aussi que, peu après le licenciement de Marie Yovanovitch, la Maison Blanche a désigné trois hommes comme les personnes qui seraient désormais en charge de la politique américaine en Ukraine:

– Rick Perry, le Secrétaire à l’Energie

– Gordon Sondland, l’ambassadeur des Etats-Unis auprès de l’Union européenne

– Kurt Volker, l’envoyé spécial du Département d’Etat pour les négociations avec l’Ukraine

Selon Kent, il était quelque peu inhabituel que le Secrétaire à l’Energie et l’ambassadeur auprès de l’Union européenne (dont l’Ukraine ne fait pas partie) soient ainsi désignés pour s’occuper des affaires ukrainiennes.

Kurt Volker

Qui est-il? L’ex-envoyé spécial du Département d’Etat pour les négociations avec l’Ukraine. Il a démissionné juste après que le fameux rapport du lanceur d’alerte qui a déclenché l’impeachment inquiry ait été rendu public.

Que faut-il retenir de son témoignage? Kurt Volker a confirmé que le président Trump voulait que le président Zelensky annonce publiquement l’ouverture d’enquêtes sur CrowdStrike et Burisma. Il a également livré au Congrès une archive des messages qu’il a échangés avec d’autres diplomates américains et l’un des proches conseillers du président ukrainien, Andrey Yermak, au mois de juillet et août. Ces messages démontrent que tous les diplomates concernés savaient que le président Trump refuserait d’inviter le président Zelensky à la Maison Blanche tant que celui-ci n’annoncerait pas l’ouverture des enquêtes sur CrowdStrike et Burisma.

Gordon Sondland

Qui est-il? L’ambassadeur des Etats-Unis auprès de l’Union européenne.

Que faut-il retenir de son témoignage? Gordon Sondland a lui aussi confirmé que le président Trump voulait que le président Zelensky annonce publiquement l’ouverture d’enquêtes sur CrowdStrike et Burisma. Il assure que Rick Perry, Kurt Volker et lui-même ont accepté de travailler avec Rudy Giuliani à la demande du président. Il affirme qu’obéir aux ordres du président était le seul moyen de parvenir à organiser une rencontre jugée indispensable entre ce dernier et son homologue ukrainien Volodymyr Zelensky.

Notez que Gordon Sondland a modifié son témoignage initial. Lorsqu’il a témoigné devant le Congrès le 17 octobre, il a affirmé qu’il ne se souvenait pas avoir transmis les demandes du président Trump aux Ukrainiens. Le 4 novembre, il a modifié son témoignage et a reconnu qu’il avait expliqué à l’un des proches conseillers du président Zelensky, Andrey Yermak, que l’Ukraine ne recevrait pas l’aide militaire promise par les Etats-Unis tant que le président Zelensky n’aurait pas annoncé l’ouverture des enquêtes réclamées par le président Trump.

Bill Taylor

Qui est-il? L’ambassadeur des Etats-Unis en Ukraine. Il a succédé à Marie Yovanovitch à ce poste.

Que faut-il retenir de son témoignage? Bill Taylor confirme que le président Trump a refusé de recevoir Volodymyr Zelensky à la Maison Blanche et de délivrer l’aide militaire promise à l’Ukraine tant que le président ukrainien n’annoncerait pas l’ouverture des enquêtes désirées sur CrowdStrike et Burisma. Il affirme aussi que les Ukrainiens étaient bien au courant des raisons pour lesquelles ils n’avaient pas reçu l’aide militaire promise et dont ils avaient cruellement besoin.

Fiona Hill

Qui est-elle? Une ancienne membre du Conseil à la sécurité nationale du président. Elle était la spécialiste de la Russie au sein de ce conseil.

Que faut-il retenir de son témoignage? Fiona Hill a indiqué que son supérieur, le conseiller à la sécurité nationale John Bolton, lui avait dit qu’il ne voulait pas faire partie de ce qu’il a qualifié de « drug deal » concocté par Rudy Giuliani et Mick Mulvaney (le chef de cabinet de la Maison Blanche) en Ukraine.

Alexander Vindman

Qui est-il? Lieutenant-colonel au sein de l’armée américaine, Alexander Vindman a servi en Irak et a reçu le Purple Heart. Il était encore récemment l’un des membres du Conseil à la sécurité nationale du président Trump.

Que faut-il retenir de son témoignage? Alexander Vindman a assisté en direct à la fameuse conversation téléphonique du 25 juillet entre le président Trump et son homologue ukrainien Volodymyr Zelensky. Il affirme que le contenu de cette conversation l’a immédiatement beaucoup inquiété, au point qu’il en a parlé à l’un des avocats du Conseil à la sécurité nationale. D’après lui, il n’était pas normal que le président Trump demande à un chef de gouvernement étranger d’annoncer l’ouverture d’une enquête sur l’un de ses opposants politiques.

Tim Morrison

Qui est-il? Un ancien membre du Conseil à la sécurité nationale du président Trump.

Que faut-il retenir de son témoignage? Comme Alexander Vindman, Tim Morrison a écouté en direct la conversation téléphonique du 25 juillet entre le président Trump et le président Zelensky. Mais, contrairement à Vindman et à d’autres témoins, il a déclaré que les agissements du président Trump ne l’avaient pas particulièrement inquiété. « Rien d’illégal n’a été discuté », a-t-il affirmé.

Laura Cooper

Qui est-elle? Une employée du Pentagone, où elle s’occupe des affaires européennes, russes et ukrainiennes.

Que faut-il retenir de son témoignage? Elle a confirmé que la délivrance de l’aide militaire promise à l’Ukraine avait été bloquée sur ordre de la Maison Blanche, contre l’avis du Pentagone et du Département d’Etat.

Jennifer Williams

Qui est-elle? L’une des conseillères du vice-président Mike Pence.

Que faut-il retenir de son témoignage? Jennifer Williams a qualifié les demandes faites par le président Trump au président Zelensky lors de leur conversation téléphonique du 25 juillet d’ « inhabituelles et inappropriées ».

Elle a aussi affirmé que le président Trump avait ordonné au vice-président Mike Pence d’annuler son déplacement à Kiev, où il devait assister en mai dernier à la cérémonie d’investiture du président Zelensky. La Maison Blanche a finalement envoyé le Secrétaire à l’Énergie Rick Perry y assister à sa place.

Les témoignages manquants

Plusieurs personnalités qui pourraient détenir des informations importantes n’ont pas témoigné devant le Congrès. Citons entre autres le Secrétaire d’Etat Mike Pompeo, le Secrétaire à l’Energie Rick Perry, le chef de cabinet de la Maison Blanche Mick Mulvaney ou l’ancien conseiller à la sécurité nationale John Bolton.

Pourquoi n’ont-ils pas encore été entendus par le Congrès? Tout simplement parce que la Maison Blanche leur a ordonné de refuser de coopérer. Ils ont donc ignoré les convocations du Congrès, au nom du privilège de l’exécutif.

Les Démocrates qui dirigent l’enquête au Congrès ont indiqué qu’ils ne porteraient pas l’affaire devant les tribunaux. Un juge pourrait trancher en faveur du Congrès face à la Maison Blanche et forcer les personnes récalcitrantes à témoigner, mais le processus judiciaire prendrait du temps et les Démocrates estiment que les témoignages déjà obtenus sont suffisamment accablants pour justifier l’impeachment du président. Le refus de la Maison Blanche de coopérer au déroulement de l’enquête pourrait aussi être retenu comme l’un des motifs d’impeachment du président (refus de coopérer avec le Congrès, voire entrave à la justice).

  • Des auditions publiques vont avoir lieu !

Plusieurs témoins vont être appelés à s’exprimer une seconde fois devant le Congrès. Ils participeront cette fois-ci à des auditions publiques, diffusées en direct à la télévision. « Ces auditions publiques seront l’occasion pour le public américain d’évaluer la crédibilité des différents témoins par eux-mêmes », a déclaré Adam Schiff, le président du House Intelligence Committee.

Les premières auditions publiques prévues au calendrier sont les suivantes:

Mercredi 13/11

Bill Taylor, ambassadeur des Etats-Unis en Ukraine

George Kent, employé du Département d’Etat en charge des affaires européennes et eurasiennes

Vendredi 15/11

Marie Yovanovitch, ex-ambassadrice des Etats-Unis en Ukraine

LE VERDICT DE LA SEMAINE

Le président Trump a été condamné par un tribunal de New York à verser la somme de deux millions de dollars de dommages et intérêts pour avoir détourné l’argent récolté par sa fondation caritative. Le président a accepté cet arrangement pour mettre fin à la procédure judiciaire en cours. Il est accusé d’avoir utilisé l’argent versé par des donateurs à sa soi-disant fondation caritative, la Trump Foundation, à des fins personnelles, notamment pour régler certaines de ses dettes ou acheter des œuvres d’art.

LES DÉCLARATIONS CHOCS DE LA SEMAINE

It’s like showing up at the nursing home at daybreak to find your elderly uncle running pantsless across the courtyard and cursing loudly about the cafeteria food, as worried attendants tried to catch him. You’re stunned, amused, and embarrassed all at the same time. Only your uncle probably wouldn’t do it every single day, his words aren’t broadcast to the public, and he doesn’t have to lead the US government once he puts his pants on. (C’est comme arriver à la maison de retraite à l’aube pour trouver votre oncle âgé en train de courir sans pantalon dans la cour en maudissant la nourriture de la cafétéria, pendant que des aide-soignants inquiets tentent de le rattraper. Vous êtes à la fois sidéré, amusé et embarrassé. La différence est que votre oncle ne fait probablement pas cela tous les jours, que ses paroles ne sont pas retransmises au grand public, et qu’il ne doit pas diriger le gouvernement des Etats-Unis une fois qu’il a enfilé son pantalon)

Ce que vous venez de lire est un extrait du livre A Warning, rédigé par Anonymous, un membre anonyme de l’administration Trump, et évoquant l’ambiance régnant à la Maison Blanche. L’ouvrage doit paraître le 19 novembre mais le Washington Post en a déjà obtenu une copie et en a publié quelques extraits.

Pour rappel, Anonymous affirme avoir écrit ce livre pour mettre en garde le public américain au sujet du président Trump à la veille de l’élection présidentielle de 2020. Dans son livre, l’auteur défend sa décision de rester anonyme.

I have decided to publish this anonymously because this debate is not about me. It is about us. It is about how we want the presidency to reflect our country, and that is where the discussion should center. Some will call this « cowardice ». My feelings are not hurt by the accusation. Nor am I unprepared to attach my name to criticism of President Trump. I may do so, in due course. (J’ai décidé de publier ce livre anonymement parce que le débat ne doit pas porter sur ma personne. Il doit porter sur nous. Sur la manière dont nous voulons que la présidence reflète notre pays, et c’est sur cet aspect des choses que la discussion doit être centrée. Certains qualifieront ma décision de « lâcheté ». Je ne suis pas blessé par cette accusation. Et je ne suis pas non plus non-préparé à attacher mon nom aux critiques du président Trump. Je pourrais le faire, le moment venu)

Anonymous affirme que plusieurs membres haut placés de l’administration ont songé à démissionner tous ensemble l’an dernier pour dénoncer les comportements inappropriés du président et envoyer ainsi un message fort au public. Ils auraient finalement renoncé à cette idée parce que cela aurait contribué à affaiblir encore davantage un gouvernement déjà très dysfonctionnel.

Anonymous affirme aussi qu’il a entendu à plusieurs reprises Donald Trump prononcer des propos racistes et misogynes en coulisses. Par exemple, le président aurait un jour déclaré lors d’une réunion au sujet des immigrants traversant la frontière entre le Mexique et les Etats-Unis:

We get these women coming in with like seven children. They are saying, « Oh, please help! My husband left me! ». They are useless. They don’t do anything for our country. At least if they came in with a husband we could put him in the fields to pick corn or something. (Nous avons ces femmes qui arrivent avec sept enfants. Elles disent, « Oh, s’il-vous-plaît, aidez-moi! Mon mari m’a quittée! ». Elles sont inutiles. Elles ne font rien pour notre pays. Si au moins elles venaient avec un mari, nous pourrions le faire travailler dans les champs pour ramasser du maïs ou quelque chose comme cela)

Anonymous va même jusqu’à se poser des questions sur la santé mentale du président Trump ! Il écrit:

I am not qualified to diagnose the president’s mental acuity. All I can tell you is that normal people who spend any time with Donald Trump are uncomfortable by what they witness. He stumbles, slurs, gets confused, is easily irritated, and has trouble synthesizing information, not occasionally but with regularity. Those who would claim otherwise are lying to themselves or to the country. (Je ne suis pas qualifié pour poser un diagnostic de l’acuité mentale du président. Tout ce que je peux dire est que les gens normaux qui passent un peu de temps avec Donald Trump ne sont pas à l’aise avec ce qu’ils observent. Il bredouille, il articule mal, il s’embrouille, il est facilement irritable, et il a des difficultés à synthétiser l’information, pas occasionnellement mais avec régularité. Ceux qui affirment que ce n’est pas le cas se mentent à eux-mêmes ou mentent au pays)

La porte-parole de la Maison Blanche, Stephanie Grisham, a qualifié le livre d’Anonymous de « fiction » et son auteur de « lâche ».

The coward who wrote this book didn’t put their name on it because it is nothing but lies. (Le lâche qui a écrit ce livre n’a pas mis son nom dessus parce qu’il ne contient que des mensonges)

Quelque chose nous dit que A Warning devrait faire un carton en librairie….

L’ANALYSE DE LA SEMAINE

Le New York Times a fait l’analyse des plus de 11,000 tweets publiés par Donald Trump depuis le début de sa présidence et c’est absolument fascinant. On comptabilise:

– 5,889 tweets (soit plus de la moitié des tweets publiés) dans lesquels le président attaque de front quelqu’un ou quelque chose

– 2,026 tweets dans lesquels le président s’auto-complimente

– 1,710 tweets dans lesquels le président propage des théories du complot

– 1,308 tweets dans lesquels le président critique les médias

– 36 tweets dans lesquels le président qualifie la presse d’ « ennemie du peuple »

– 233 tweets dans lesquels le président critique des pays alliés des Etats-Unis

– 132 tweets dans lesquels le président complimente des dictateurs

Pour lire l’analyse complète du New York Times, cliquez ici.

LA DÉDICACE DE LA SEMAINE

Donald Trump Jr., le fils aîné du président Trump, vient de publier un livre intitulé Triggered.

Voici la dédicace que l’on peut y trouver:

I dedicate this book to the DEPLORABLES. While the elite of the other party look down on you and would rather you stay silent, I salute your work ethic, patriotism, and values. America wouldn’t be great without your blood, sweat, and tears. I will always stand with you! I am proudly one of you.

//

Je dédie ce livre aux DÉPLORABLES. Pendant que l’élite du parti adverse vous regarde de haut et préférerait que vous restiez silencieux, je salue votre éthique du travail, votre patriotisme, et vos valeurs. L’Amérique ne serait pas grande sans votre sang, votre sueur, et vos larmes. Je serai toujours à vos côtés! Je suis fier d’être l’un des vôtres.

LE CHIFFRE DE LA SEMAINE

158 ou le nombre très élevé de juges fédéraux nommés par le président Trump depuis le début de sa présidence et dont la nomination a été confirmée par le Sénat. Il faut y ajouter la nomination de deux juges conservateurs à la Cour Suprême.

La nomination de ce grand nombre de juges sera certainement l’un des héritages les plus importants de la présidence Trump, puisque les juges fédéraux sont nommés à vie. Or, en moyenne, les juges nommés par le président ont moins de 50 ans.

LA PHOTO DE LA SEMAINE

3

Donald Trump et son épouse Melania assistent à un match de football américain en Alabama. Le président Trump a été bien mieux accueilli dans ce stade qu’il ne l’avait été à Washington lorsqu’il avait récemment assisté à un match de l’équipe de baseball de la capitale et s’était fait huer par le public. En Alabama, il a été acclamé par la foule.

LA STATUE DE LA SEMAINE

4

Une statue de l’ancien président américain Ronald Reagan a été inaugurée sur la terrasse de l’ambassade américaine de Berlin, en présence de l’ambassadeur des Etats-Unis en Allemagne, Richard Grenell, qui a porté le projet, et du Secrétaire d’Etat Mike Pompeo. La statue a été dévoilée à l’occasion des trente ans de la chute du mur de Berlin.

Depuis l’endroit où est située la statue, on aperçoit la porte de Brandebourg, devant laquelle Reagan a prononcé son fameux discours de 1987 demandant au leader de l’Union Soviétique Mikhaïl Gorbatchev de « faire tomber ce mur ».

La statue a été réalisée par le sculpteur Chas Fagan, qui avait déjà réalisé la statue du président Reagan qui se trouve au sein de l’aéroport portant son nom à Washington, D.C. Fagan a aussi réalisé la statue des deux anciens présidents Bush qui se trouve à la George W. Bush Presidential Library. Le sculpteur a inséré un fragment original du mur de Berlin dans le carnet de notes que Reagan tient à la main.

LA PHRASE DE LA SEMAINE

What we are currently experiencing is the brain death of NATO. (Nous sommes en train d’assister à la mort cérébrale de l’OTAN)

Emmanuel Macron, en anglais, dans une interview accordée à The Economist. Le président français estime que les objectifs de l’alliance atlantique ne font plus l’unanimité entre ses membres et que l’Europe ne peut plus compter sur le soutien indéfectible des Etats-Unis pour assurer sa défense. Macron note que le président Obama a délaissé l’Europe pour se tourner vers l’Asie au cours de sa présidence et que Donald Trump affiche un désintérêt total pour les alliances multilatérales telles que l’OTAN. D’après Macron, si l’Europe ne veut pas finir totalement marginalisée et insignifiante, elle doit renforcer son unité et sa défense commune, afin d’acquérir le statut de puissance internationale au même titre que les Etats-Unis, la Chine et la Russie.

Le Secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg, a répondu à Macron dans un discours prononcé à l’occasion des trente ans de la chute du mur de Berlin. Il a déclaré que:

Any attempt to distance Europe from North America will not only weaken the transatlantic alliance – it is also risking dividing Europe itself. European unity cannot replace transatlantic unity. I strongly welcome efforts to strengthen European defense (…) But the European Union cannot defend Europe. (Toute tentative de distancer l’Europe de l’Amérique du Nord n’affaiblira pas seulement l’OTAN, elle risque aussi de diviser l’Europe elle-même. L’unité européenne ne peut pas remplacer l’unité transatlantique. Je suis favorable aux efforts visant à renforcer la défense européenne (…) Mais l’Union européenne ne peut pas défendre l’Europe)

Qu’en pensez-vous?

ROAD TO 2020

Jeff Sessions est de retour ! L’ancien ministre de la Justice a annoncé qu’il allait tenter de récupérer son ancien siège au Sénat en 2020. Côté démocrate, Joe Biden et Elizabeth Warren se chamaillent et Bernie Sanders a déclaré que l’ancien président brésilien Lula n’aurait jamais dû être envoyé en prison.

  • Jeff Sessions annonce sa candidature au Sénat

Jeff Sessions a annoncé qu’il serait candidat au Sénat lors des élections législatives de 2020. Avant d’être nommé au poste d’Attorney General par le président Trump, Sessions était sénateur de l’Alabama. Il va donc tenter de récupérer son ancien siège. Problème? Plusieurs Républicains sont déjà candidats au Sénat en Alabama. Jeff Sessions devra donc les affronter lors d’une primaire. Le vainqueur de cette primaire républicaine affrontera ensuite le sénateur démocrate sortant Doug Jones lors de l’élection générale.

Jeff Sessions peut-il remporter la primaire républicaine? Difficile à dire. Il a longtemps été très populaire dans son état, mais le président Trump est également très populaire auprès des électeurs républicains de l’Alabama. Or, le président a fortement critiqué Jeff Sessions à plusieurs reprises et l’a finalement licencié l’an dernier. Il semble peu probable qu’il lui apporte son soutien.

Jeff Sessions est le premier ex-membre important de l’administration Trump qui décide de tenter un retour en politique en se présentant à une élection.

  • Ayana Pressley apporte son soutien à Elizabeth Warren

Ayanna Pressley, jeune députée du Massachusetts, a apporté son soutien officiel à Elizabeth Warren, alors qu’Alexandria Ocasio-Cortez, Ilhan Omar et Rashida Tlaib ont choisi de soutenir Bernie Sanders. Pressley, Ocasio-Cortez, Omar et Tlaib ont toutes les quatre fait l’objet d’attaques de la part du président Trump, qui les a incitées à « rentrer dans leur pays ».

  • Joe Biden et Elizabeth Warren se chamaillent

Elizabeth Warren a récemment affirmé que les Démocrates qui critiquent son programme ambitieux de Medicare for All reprennent à leur compte ce qu’elle qualifie d’ « arguments républicains » et ne sont « peut-être pas candidats à la bonne primaire ».

Joe Biden a répliqué dans un petit texte publié sur le site de microblogging Medium. Il y déclare:

I have fought for the Democratic party my whole career. (…) That’s not something everyone in this primary can say. (Je me suis battu pour le Parti Démocrate durant toute ma carrière. (…) Ce n’est pas quelque chose que tous les candidats à cette primaire peuvent affirmer)

Une référence évidente à Warren, qui fait de la politique depuis bien moins longtemps que Biden et qui était Républicaine jusque dans les années 90.

Dans son texte, Biden affirme aussi que les propos de Warren sont symboliques d’un certain élitisme et condescendants pour les millions de Démocrates qui n’ont pas la même opinion qu’elle.

  • Le tableau de la semaine

Ce tableau publié par le New York Times et basé sur de récents sondages réalisés dans plusieurs swing states (Michigan, Wisconsin, Pennsylvanie, Floride, Arizona et Caroline du Nord) montre que Joe Biden l’emporterait face à Donald Trump dans tous ces états, à l’exception de la Caroline du Nord. Bernie Sanders ne l’emporterait face à Trump que dans le Michigan. Elizabeth Warren ne l’emporterait dans aucun état.

5

  • Bernie Sanders affirme que Lula n’aurait jamais dû aller en prison

L’ancien président brésilien Lula, condamné pour corruption par la justice brésilienne, a récemment été libéré. Bernie Sanders s’en est réjoui et a déclaré que Lula n’aurait jamais dû aller en prison.

6
Traduction: En tant que président, Lula a fait plus que quiconque pour diminuer la pauvreté au Brésil et soutenir les travailleurs. Je suis heureux qu’il ait été libéré de prison, où il n’aurait jamais dû être envoyé.

Lula a publié un tweet (en anglais) pour remercier Sanders et lui apporter son soutien pour l’élection présidentielle américaine.

7
Traduction: Merci pour votre solidarité, vous avez toujours été mon candidat pour la présidence américaine et j’espère que les Démocrates auront la sagesse de nommer un candidat avec votre vision du monde. J’espère que les travailleurs américains feront de vous le président des Etats-Unis.

LA LOI DE LA SEMAINE

Terminons par une information qui démontre que Démocrates et Républicains sont encore parfois capables de se mettre d’accord.

Le Sénat a voté à l’unanimité en faveur de l’adoption du PACT Act (abréviation de Preventing Animal Cruelty and Torture Act), une nouvelle loi qui fait de la torture infligée aux animaux un crime fédéral passible de fortes amendes et, dans certains cas, d’une peine pouvant aller jusqu’à sept ans de prison.

Le PACT Act avait déjà été approuvé le mois dernier à la Chambre des Représentants. Il ne manque donc plus que la signature du président Trump pour qu’il entre en vigueur, ce qui ne devrait être qu’une formalité.


BONUS – L’ARTICLE DE LA SEMAINE

The movement to make Texas its own country

Nous vous recommandons la lecture de cet article paru dans The Atlantic. Il dresse le portrait de Daniel Miller, le président du Texas Nationalist Movement. Ce mouvement, qui compte environ 300,000 adhérents, milite en faveur de la sécession du Texas et de la création d’une République du Texas indépendante.

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