WEEKLY NEWS FLASH #43

Au menu du Weekly News Flash cette semaine : le sit-in des Démocrates à la Chambre des Représentants, le duel entre Donald Trump et Hillary Clinton et le virage à 180 degrés de Marco Rubio. C’est parti ! 

LE SIT-IN DE LA SEMAINE

Cette semaine, les députés démocrates à la Chambre des Représentants ont organisé un sit-in de protestation, violant ainsi les règles de l’assemblée et l’empêchant de poursuivre ses activités normalement. Ils exigeaient un vote sur un durcissement de la législation en matière de vente d’armes à feu. Au départ, ils avaient affirmé qu’ils ne mettraient pas fin au sit-in tant qu’un tel vote ne serait pas organisé. Ils avaient d’ailleurs baptisé leur mouvement No Bill No Break. Mais le speaker républicain de la Chambre, Paul Ryan, a refusé de céder, qualifiant leur action de « coup de pub ». Il a rappelé que le Sénat avait déjà rejeté les mesures sur lesquelles ils désiraient débattre. Il a aussi affirmé:

The House is focused on eliminating terrorists, not constitutional rights of law-abiding citizens and no stunt on the floor will change that. (La Chambre est concentrée sur l’élimination des terroristes, pas des droits constitutionnels des citoyens respectueux de la loi et aucun coup de pub dans l’hémicycle ne changera cela)

Finalement, les députés démocrates mettront fin à leur sit-in au bout de vingt-six heures, sans avoir rien obtenu. Au total, ce sont 170 députés qui ont participé au mouvement, en se relayant pour s’asseoir (littéralement) sur le sol de la Chambre. Certains avaient même apporté des oreillers et des sacs de couchage !

Sit-in des députés démocrates à la Chambre des Représentants
Sit-in des députés démocrates à la Chambre des Représentants

Le leader du mouvement n’était autre que John Lewis (D-Géorgie), au centre de la photo ci-dessus. Lewis est aujourd’hui âgé de 76 ans. Avant d’être député, il fut l’une des figures emblématiques du mouvement pour les droits civiques. Dans les années 60, il a participé à de nombreux sit-ins dans la ville de Nashville pour protester contre la ségrégation raciale. Il fut aussi l’un des organisateurs de la marche sur Washington de 1963, aux côtés de Martin Luther King Jr. En 1965, il a mené la marche de Selma à Montgomery, en Alabama. Il fut battu par les forces de police qui lui fracturèrent le crâne. Il était donc symboliquement fort que ce soit Lewis qui prenne la parole au moment de lancer le mouvement No Bill No Break.

Les députés démocrates ont rapidement été soutenus par leurs collègues du Sénat. Certains sont venus les rejoindre et d’autres leur ont apporté de la nourriture.

Traduction: Nous venons de recevoir quelques snacks délicieux pour notre sit-in #NoBillNoBreak. Merci à nos collègues du Sénat !
Traduction: Nous venons de recevoir quelques snacks délicieux pour notre sit-in #NoBillNoBreak. Merci à nos collègues du Sénat !

Le Président Obama a lui aussi salué l’initiative des députés.

Traduction: Merci John Lewis de montrer la voie sur la violence par armes à feu au moment où nous en avons le plus besoin.
Traduction: Merci John Lewis de montrer la voie sur la violence par armes à feu là où nous en avons le plus besoin.

Ce sit-in a aussi démontré à quel point les réseaux sociaux étaient devenus des outils indispensables à la communication politique et à l’information. En effet, la chaîne de télévision parlementaire C-SPAN ne contrôle pas directement les caméras présentes dans l’hémicycle. Lorsque le sit-in démocrate a débuté, Paul Ryan a déclaré que les débats à la Chambre étaient suspendus. Les caméras ont dont été éteintes, comme le veut la règle. Par conséquent, C-SPAN était incapable de diffuser les images du sit-in. Du moins, en théorie. En réalité, les députés démocrates se sont mis à filmer eux-mêmes leur action à l’aide de leurs smartphones. Ils ont diffusé les vidéos en direct sur les réseaux sociaux grâce à l’application Periscope. Et C-SPAN a rapidement repris ces images pour les diffuser sur son antenne.

Traduction: C-SPAN ne contrôle pas les caméras TV de la Chambre. Nous diffusons à présent une vidéo Periscope du député Scott Peters.
Traduction: C-SPAN ne contrôle pas les caméras TV de la Chambre. Nous diffusons à présent une vidéo Periscope du député Scott Peters.

Il est indéniable que si Periscope, Facebook et Twitter n’avaient pas existé, les citoyens américains n’auraient pas été informés de la même manière sur le sit-in. Notons tout de même qu’en se filmant ainsi, les députés démocrates ont enfreint le règlement intérieur de la Chambre, qui interdit l’utilisation de tout appareil électronique au sein de l’hémicycle.

Un autre épisode a marqué les esprits. Alors que le sit-in démocrate était déjà entamé depuis plusieurs heures, les Républicains ont fait leur entrée dans l’hémicycle pour procéder à un vote qui était prévu de longue date (et qui ne concernait pas du tout les armes à feu). Les Démocrates les ont accueillis en criant Shame! Shame! Shame! (Honte à vous!) ainsi que leur slogan No Bill No Break.

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L’action des Démocrates était-elle justifiée? Chacun en jugera mais une chose est sûre: cet épisode ne contribuera pas à apaiser les tensions entre les deux partis.

LE MATCH DE LA SEMAINE

Quelques heures seulement après la fin du sit-in démocrate à la Chambre, Démocrates et Républicains s’affrontaient lors d’un match de baseball. Le Congressional Baseball Game a lieu une fois par an depuis 1909. Il oppose une équipe de députés et sénateurs démocrates à une équipe de députés et sénateurs républicains. L’objectif est de récolter des fonds pour des œuvres de charité. Ce sont les Républicains qui l’ont emporté cette année, mettant fin à une série de sept défaites consécutives.

LES DISCOURS DE LA SEMAINE

La lutte à distance entre Donald Trump et Hillary Clinton se poursuit. Cette semaine, les deux candidats ont chacun prononcé un discours visant à discréditer leur adversaire.

1 – Nouveau discours anti-Trump d’Hillary Clinton

La candidate démocrate avait déjà prononcé un discours pour dénoncer les propositions de son adversaire républicain en matière de politique étrangère. Cette semaine, elle s’est penchée sur son programme économique.

A few weeks ago, I said his foreign policy proposals and reckless statements represent a danger to our national security. But you might think that, because he has spent his life as a businessman, he would be better prepared to handle the economy. Well, it turns out he’s dangerous there, too. (Il y a quelques semaines, j’ai dit que ses propositions en matière de politique étrangère et ses déclarations irréfléchies représentaient un danger pour notre sécurité nationale. Mais vous pourriez penser, parce qu’il a passé sa vie à être un homme d’affaires, qu’il serait mieux préparé à s’occuper de l’économie. Et bien, il s’avère qu’il est là aussi dangereux)

Hillary Clinton a présenté Donald Trump comme un danger pour l’économie du pays. Elle a affirmé que son programme mènerait à une nouvelle récession et augmenterait encore davantage le montant de la dette. Elle a aussi accusé son adversaire de vouloir diminuer les impôts des citoyens les plus favorisés. D’après Clinton, tous les économistes, qu’ils soient de gauche, de droite ou du centre, estiment que le programme de Trump conduirait à la récession. Elle s’est également moquée de l’hypocrisie de Trump, qui prétend se soucier des travailleurs américains et promet de mettre fin aux délocalisations alors qu’il fait lui-même fabriquer la plupart de ses produits à l’étranger. Clinton a notamment cité les cravates Trump fabriquées en Chine, les costumes Trump fabriqués au Mexique, ou encore le mobilier Trump fabriqué en Turquie.

Enfin, Hillary Clinton a également accusé Trump de ne pas vouloir rendre publiques ses déclarations de revenus parce qu’il aurait des choses à cacher aux électeurs. D’après elle, le refus de Trump pourrait s’expliquer par l’une des trois raisons suivantes :

  1. Il n’aurait pas payé tous ses impôts
  2. Il ne serait pas aussi riche qu’il le prétend
  3. Il n’aurait pas donné autant d’argent à des oeuvres de charité qu’il le prétend

La phrase à retenir du discours

He’s written a lot of books about business. They all seem to end at Chapter 11. (Il a écrit beaucoup de livres à propos du business. Ils ont tous l’air de finir au Chapitre 11)

Référence au chapitre 11 du code civil américain, relatif aux faillites. La petite blague avait pour but de rappeler que Trump a été contraint de déclarer certaines de ses entreprises en faillite.

2 – Le discours anti-Clinton de Donald Trump

Le discours de Trump se voulait tout d’abord anti-« élites » et classe politique traditionnelle. Un refrain populiste qui semble avoir de plus en plus de succès aux Etats-Unis.

We can’t solve any of these problems by relying on the politicians who created them. We will never be able to fix a rigged system by counting on the same people who rigged it in the first place. The insiders wrote the rules of the game to keep themselves in power. (Nous ne pourrons résoudre aucun de ces problèmes si l’on dépend des politiciens qui les ont créés. Nous ne serons jamais en mesure de réparer un système truqué en comptant sur les personnes qui l’ont truqué en premier lieu. Les initiés ont écrit les règles du jeu pour se maintenir au pouvoir)

This election will decide whether we are ruled by the people or by the politicians. (Cette élection décidera si nous sommes dirigés par le peuple ou par les politiciens)

Donald Trump a même clairement appelé les partisans de Bernie Sanders, qui a utilisé le même type de discours anti-establishment lors des primaires démocrates, à le rejoindre.

That’s why we’re asking Bernie Sanders’ voters to join our movement, so together we can fix the system for all Americans. Importantly, this includes fixing all of our many disastrous trade deals. (C’est pourquoi nous demandons aux électeurs de Bernie Sanders de rejoindre notre mouvement, pour qu’ensemble nous puissions réparer le système pour tous les américains. De manière importante, cela inclut la révision de tous nos accords commerciaux désastreux)

Comme Donald Trump, Bernie Sanders a critiqué tout au long de sa campagne les traités de libre-échange ratifiés par les Etats-Unis. D’après Trump et Sanders, ces traités auraient favorisé les délocalisations dans des pays à la main-d’œuvre bon marché. Ils auraient donc été bénéfiques aux grandes multinationales mais catastrophiques pour les travailleurs américains.

Donald Trump a ensuite focalisé son attention sur Hillary Clinton, qui incarne parfaitement l’élite politique qu’il dénonce. Il a qualifié la candidate démocrate de « menteuse de classe mondiale ». Il l’a décrite comme une candidate motivée uniquement par son profit personnel, alors que lui a l’intention de se battre pour le peuple américain.

Her campaign slogan is « I’m with her ». You know what my response to that is? I’m with you, the American people. (Son slogan de campagne est « Je suis avec elle ». Vous savez quelle est ma réponse à cela? Je suis avec vous, le peuple américain)

Donald Trump est ensuite allé encore plus loin. Non seulement Hillary Clinton serait égoïste et n’aurait pas l’intention de défendre les intérêts de l’américain moyen, mais elle serait aussi corrompue et prête à tout pour s’enrichir.

Hillary Clinton may be the most corrupt person ever to seek the presidency. (Hillary Clinton pourrait bien être la personne la plus corrompue à avoir jamais cherché à accéder à la présidence)

En guise de preuves, Donald Trump a cité des extraits du livre Clinton Cash, dont l’auteur affirme qu’Hillary Clinton, lorsqu’elle était Secrétaire d’Etat, aurait accordé des faveurs à des entreprises et à des gouvernements étrangers parfois peu recommandables en échange de contributions financières à la Clinton Foundation. (Relire le bref article que nous avions rédigé au sujet de ce livre en avril 2015: Clinton Cash: Le livre qui pourrait gêner Hillary). Trump a notamment cité un extrait du livre où l’auteur affirme qu’Hillary Clinton aurait accepté de recevoir des bijoux d’une valeur de 58,000$ de la part du gouvernement du Brunei, alors même que le Brunei est un état qui applique la Charia et où l’homosexualité est passible de la peine de mort par lapidation.

Donald Trump a aussi affirmé qu’Hillary Clinton avait été une Secrétaire d’Etat catastrophique. Sa politique aurait notamment contribué à la déstabilisation du Moyen-Orient et à la montée en puissance de l’Etat Islamique.

Her decisions spread death, destruction and terrorism. (Ses décisions ont propagé la mort, la destruction et le terrorisme)

Enfin, Trump n’a pas oublié de critiquer fortement Clinton pour son utilisation d’un serveur privé lorsqu’elle était Secrétaire d’Etat. Outre le fait qu’elle ait définitivement effacé plus de 30,000 e-mails, Donald Trump a insisté sur le fait que ce serveur privé avait probablement pu être piraté par des gouvernements étrangers. Ceux-ci pourraient donc disposer de moyens de faire chanter Clinton si elle devenait présidente. Une raison de plus pour ne pas l’élire.

We can’t hand over our government to someone whose deepest, darkest secrets may be in the hands of our enemies. (Nous ne pouvons pas confier notre gouvernement à quelqu’un dont les secrets les plus enfouis et sombres pourraient être entre les mains de nos ennemis)

Donald Trump a terminé son discours en répétant quelques-unes de ses promesses de campagne et a conclu par les mots suivants :

We are going to make America rich again. We are going to make America safe again. We are going to make America great again – and great again for everyone. (Nous allons rendre l’Amérique riche à nouveau. Nous allons rendre l’Amérique sûre à nouveau. Nous allons rendre l’Amérique grande à nouveau – et grande à nouveau pour tout le monde)

La phrase à retenir du discours

Hillary Clinton’s message is old and tired. Her message is that things can’t change. My message is that things HAVE TO change. (Le message de Clinton est vieux et fatigué. Son message est que les choses ne peuvent pas changer. Mon message est que les choses DOIVENT changer)

Parallèlement à ce discours, la campagne de Donald Trump a créé le site web lyingcrookedhillary.com. Ce site a pour ambition de dénoncer les mensonges « légendaires » de la candidate démocrate. Il ne contient pour l’instant qu’une seule page, relative à l’affaire Benghazi.

LE VOYAGE DE LA SEMAINE

Après avoir prononcé son discours anti-Clinton, Donald Trump s’est envolé pour un voyage de deux jours en Ecosse. Il s’y rendait afin d’inaugurer un nouveau parcours de golf et d’en inspecter un autre qu’il détient déjà depuis plusieurs années.

Donald Trump a atterri en Ecosse au lendemain du Brexit (ndlr: les habitants du Royaume-Uni se sont exprimés en faveur de la sortie de leur pays de l’Union Européenne lors d’un référendum le 23 juin). Il a rapidement publié le tweet suivant.

Traduction: Je viens d'arriver en Ecosse. Les gens sont fous de joie suite au vote. Ils ont repris le contrôle de leur pays, tout comme nous reprendrons le contrôle de l'Amérique. Nous ne plaisantons pas!
Traduction: Je viens d’arriver en Ecosse. Les gens sont fous de joie suite au vote. Ils ont repris le contrôle de leur pays, tout comme nous reprendrons le contrôle de l’Amérique. Nous ne plaisantons pas!

Sans doute ignorait-il que les Ecossais avaient voté majoritairement en faveur du maintien dans l’Union Européenne.

Peu après son arrivée, Donald Trump s’est rendu à l’inauguration de son nouveau parcours de golf à Turnberry. Une conférence de presse était organisée. Elle a été perturbée par un humoriste britannique qui a jeté des balles de golf peintes en rouge et ornées d’une croix gammée aux pieds de Trump. Il a été rapidement évacué par les agents des services secrets assurant la sécurité du candidat républicain. Mais les balles de golf n’ont quant à elles pas été ramassées et Donald Trump a donc effectué la majeure partie de sa conférence de presse avec des balles de golf nazies à ses pieds. Une scène quelque peu surréaliste !

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Le candidat républicain est curieusement resté très calme face à ce petit imprévu. Pour tout dire, il paraissait fatigué et moins énergique que d’habitude. La faute au décalage horaire sans doute. Quelques journalistes ont voulu savoir ce qu’il pensait du Brexit. Il a déclaré que c’était une bonne chose et que cela démontrait que les gens voulaient reprendre le contrôle de leur pays et de leurs frontières, tout comme aux Etats-Unis. Il a ensuite ajouté que si la livre sterling chutait, cela pourrait attirer plus de touristes au Royaume-Uni et donc sur son parcours de golf.

Le lendemain, Donald Trump s’est rendu sur un autre parcours de golf qui lui appartient, près d’Aberdeen. L’accueil reçu fut une nouvelle fois mitigé puisque trois des cinq voisins directs du parcours de golf avaient installé de grands drapeaux mexicains sur leur propriété pour lui souhaiter la bienvenue. Tout en jouant au golf, Donald Trump a accepté de répondre aux questions des journalistes qui le suivaient tout au long du parcours. Ce qui a notamment donné lieu à cet échange assez remarquable.

JOURNALISTE : Yesterday, you told me you were going to talk to your foreign policy advisors. Have you talked to them yet on what’s going on with Brexit? (Hier, vous m’avez dit que vous alliez parler avec vos conseillers en politique étrangère. Avez-vous déjà discuté avec eux de ce qu’il se passe avec le Brexit?)

TRUMP : Yes, I speak to them all the time. I speak to foreign policy advisors all the time. But the advice has to come from me. I mean, I speak to people all the time. But take a look at the foreign policy advisors that we’ve had in our country. Look at the mess they’ve gotten us into. You look at Syria. You look at the Middle East. You look at Russia and the United States. What have these policy advisors done for us? Other than get big fees? […] Honestly, most of them are no good. Let’s go to the 14th. (Oui, je parle tout le temps avec eux. Je parle tout le temps aux conseillers en politique étrangère. Mais les conseils doivent venir de moi. Je veux dire, je parle tout le temps à des gens. Mais regardez les conseillers en politique étrangère que nous avons eu dans notre pays. Regardez le pétrin dans lequel ils nous ont mis. Regardez la Syrie. Regardez le Moyen-Orient. Regardez la Russie et les Etats-Unis. Qu’est-ce que ces conseillers politiques ont fait pour nous? Hormis obtenir de gros salaires? […] Honnêtement, la majorité d’entre eux ne sont pas bons. Passons au quatorzième trou)

LE CHIFFRE DE LA SEMAINE

1,3 million $ ou la somme d’argent dans les caisses de la campagne de Donald Trump. La campagne d’Hillary Clinton dispose quant à elle de… 42 millions $. L’écart entre les deux candidats est donc énorme. C’est même du jamais vu lors d’une campagne électorale ! Ces chiffres sont inquiétants pour Trump puisque l’argent joue un rôle important dans les campagnes électorales américaines. Il faut des fonds pour financer la diffusion de spots publicitaires, payer un staff de campagne important, etc. Pendant les primaires, Trump a largement autofinancé sa campagne. C’était d’ailleurs l’un de ses grands arguments. Il affirmait qu’il n’était à la solde d’aucun groupe d’intérêts finançant sa campagne, contrairement à ses adversaires. Mais il a curieusement changé de tactique en vue de l’élection générale, annonçant que sa campagne accepterait désormais les dons financiers. Ceux-ci n’ont pas été très nombreux jusqu’à présent. L’équipe de campagne de Donald Trump est aussi beaucoup moins importante que celle d’Hillary Clinton: 70 personnes salariées contre 683 pour la candidate démocrate.

L’HOMME DE LA SEMAINE

Corey Lewandowski n’est plus le directeur de campagne de Donald Trump ! À la surprise générale, le candidat républicain l’a licencié. Les deux hommes étaient pourtant proches et Trump avait jusqu’ici toujours soutenu Lewandowski, même lorsque celui-ci avait été accusé d’avoir agressé une journaliste. Mais, en coulisses, la tension était de plus en plus forte entre Lewandowski d’une part et Paul Manafort d’autre part. Lewandowski était le directeur de campagne de Donald Trump depuis l’annonce de sa candidature et n’avait guère plus d’expérience politique que lui. Son credo était Let Trump be Trump (Laisser Trump être Trump). Paul Manafort est quant à lui un conseiller politique expérimenté, qui a participé aux campagnes victorieuses de plusieurs candidats républicains par le passé. Il a été recruté par Donald Trump au mois de mars. Depuis lors, il tente de convaincre le candidat républicain de faire des efforts pour paraître plus « présidentiable ». C’est notamment suite aux recommandations de Manafort que Trump s’est résigné à prononcer certains discours à l’aide d’un prompteur. Les visions diamétralement opposées de Lewandowski et de Manafort n’étaient semble-t-il plus conciliables. D’après plusieurs journalistes, ce serait finalement les enfants de Trump qui auraient convaincu leur père de se séparer de Lewandowski. Celui-ci n’a toutefois pas confirmé cette version des faits, affirmant qu’il restait en bons termes avec toute la famille Trump. Il ne s’est pas non plus exprimé sur les raisons exactes de son licenciement. Il a assuré qu’il continuait à espérer que Trump serait élu en novembre. Il sera d’ailleurs lui-même l’un des délégués du New Hampshire à la Convention Républicaine du mois de juillet.

Trois jours après son licenciement, on apprenait que Corey Lewandowski avait été recruté par CNN. Il sera salarié par la chaîne pour intervenir en tant que commentateur politique lors de certaines émissions. Bien qu’il ne soit pas rare de voir des chaînes de télévision américaines recruter d’anciens conseillers politiques comme analystes, le recrutement de Lewandowski par CNN crée la controverse. D’après Politico, certains journalistes de la chaîne auraient d’ailleurs fait part de leur mécontentement en coulisses. Pour quelles raisons ?

  1. Lewandowski est un personnage controversé, qui a été accusé de comportements violents envers plusieurs journalistes au cours de la campagne. La campagne de Trump a aussi beaucoup critiqué CNN, régulièrement qualifiée de Clinton News Network.
  2. Donald Trump oblige toutes les personnes travaillant pour lui à signer un document légal dans lequel elles s’engagent à ne pas révéler certaines informations « confidentielles » à son sujet, ni à le critiquer ouvertement, même après que leur contrat soit expiré. Lewandowski a plus que probablement signé ce document. On peut donc penser qu’il n’aura pas la même liberté de parole qu’un autre analyste politique.

LA TENTATIVE DE MEURTRE DE LA SEMAINE

Donald Trump aurait bien pu être assassiné. Lors de l’un de ses meetings à Las Vegas, un jeune anglais (Michael Sandford, 19 ans) a tenté de s’emparer de l’arme d’un agent de police. Il a échoué et a été arrêté. Il a ensuite avoué que son but était bien de tirer sur Donald Trump. Il est actuellement en détention jusqu’à sa comparution devant un juge, le 5 juillet. Il a affirmé que s’il était libéré, il tenterait à nouveau d’assassiner le candidat républicain à la présidence.

LES NON-SOUTIENS DE LA SEMAINE

Le mouvement Never Trump continue de recruter de nouveaux adeptes républicains chaque semaine.

  • Brent Scowcroft, ancien conseiller à la sécurité nationale de George H.W. Bush

Dans un bref communiqué, Scowcroft a annoncé qu’il soutenait la candidature d’Hillary Clinton. Il mentionne notamment son expérience et ses connaissances en matière de politique étrangère. Même s’il ne le dit pas clairement, on peut raisonnablement penser que le soutien de ce Républicain de longue date à Clinton traduit avant tout un rejet de Trump.

  • Henry Paulson, ex-Secrétaire du Trésor dans l’administration de George W. Bush

Paulson a été Secrétaire du Trésor (équivalent de notre ministre des finances) de 2006 à 2009. Comme Scowcroft, il a annoncé qu’il voterait en faveur d’Hillary Clinton au mois de novembre. Il a pris la parole contre Donald Trump dans une tribune publiée par le Washington Post. Extrait:

The GOP, in putting Trump at the top of the ticket, is endorsing a brand of populism rooted in ignorance, prejudice, fear and isolationism. This troubles me deeply as a Republican, but it troubles me even more as an American. Enough is enough. It’s time to put country before party and say it together: Never Trump. (Le Parti Républicain, en plaçant Trump au sommet de son ticket, promeut un style de populisme ancré dans l’ignorance, les préjugés, la peur et l’isolationnisme. Cela m’inquiète profondément en tant que Républicain, mais cela m’inquiète encore plus en tant qu’américain. Trop, c’est trop. Il est temps de placer le pays avant le parti et de dire tous ensemble: Jamais Trump)

LE SOUTIEN DE LA SEMAINE

Contrairement à Scowcroft, Paulson et d’autres, Donald Rumsfeld (ex-Secrétaire à la Défense) votera en faveur de Donald Trump. Il l’a confirmé lors d’une interview sur Fox News.

LE VIRAGE À 180 DEGRÉS DE LA SEMAINE

Vous souvenez-vous d’avoir entendu Marco Rubio assurer qu’il ne serait pas candidat à sa propre réélection au Sénat et qu’il n’occuperait plus aucune fonction politique en janvier 2017? Il est vrai qu’il l’a abondamment répété. Il n’y a pas si longtemps, il se montrait même exaspéré face aux spéculations de certains journalistes.

Traduction: J'ai répété seulement 10,000 fois que je serai un citoyen privé en janvier.
Traduction: J’ai répété seulement 10,000 fois que je serai un citoyen privé en janvier.

Mais c’est bien connu, il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis. Rubio a donc annoncé cette semaine qu’il serait finalement candidat à sa propre réélection au mois de novembre. Dans un texte publié sur son site web, il reconnaît avoir changé d’avis.

In politics, admitting you’ve changed your mind is not something most people like to do. But here it goes. I have decided to seek reelection to the United States Senate. I understand my opponents will try to use this decision to score political points against me. Have at it. Because I have never claimed to be perfect, or to have all the answers. (En politique, admettre que vous avez changé d’avis n’est pas quelque chose que la plupart des gens aiment faire. Mais c’est ainsi. J’ai décidé d’être candidat à ma propre réélection au Sénat des Etats-Unis. Je sais que mes adversaires essayeront d’utiliser cette décision pour marquer des points contre moi. Allez-y. Parce que je n’ai jamais prétendu être parfait, ni avoir réponse à tout)

Rubio explique ensuite pourquoi il a changé d’avis, et il insiste particulièrement sur l’importance du Sénat comme contrepoids face à d’éventuels excès de la présidence.

There’s another role for the Senate that could end up being its most important in the years to come: The Constitutional power to act as a check and balance on the excesses of a president. (Il y a un autre rôle pour le Sénat qui pourrait bien être son rôle le plus important dans les années à venir: le pouvoir constitutionnel d’agir comme frein et contrepoids face aux excès d’un président)

No matter who is elected president, there is reason for worry. With Hillary Clinton, we would have four more years of the same failed economic policies that have left us with a stagnant economy. We would have four more years of the same failed foreign policy that has allowed radical Islam to spread, and terrorists to be released from Guantanamo. And even worse, if Clinton were president and her party took control of Congress, she would govern without Congressional oversight or limit. It would be a repeat of the early years of the current administration, when we got Obamacare, the failed stimulus and a record debt. The prospect of a Trump presidency is also worrisome to me. It is no secret that I have significant disagreements with Donald Trump. His positions on many key issues are still unknown. And some of his statements, especially about women and minorities, I find not just offensive but unacceptable. If he is elected, we will need Senators willing to encourage him in the right direction, and if necessary, stand up to him. (Peu importe qui sera élu président, il y a des raisons d’être inquiet. Avec Hillary Clinton, nous aurions quatre années supplémentaires des mêmes politiques économiques inefficaces qui nous ont laissé avec une économie stagnante. Nous aurions quatre années supplémentaires de la même politique étrangère inefficace qui a permis à l’Islam radical de se propager, et aux terroristes d’être relâchés de Guantanamo. Et encore pire, si Clinton était présidente et que son parti prenait le contrôle du Congrès, elle gouvernerait sans la supervision du Congrès et sans limites. Ce serait une répétition des premières années de l’administration actuelle, qui nous ont donné Obamacare, un stimulus économique raté et une dette record. La perspective d’une présidence Trump est également inquiétante pour moi. Ce n’est pas un secret que j’ai des désaccords significatifs avec Donald Trump. Ses positions sur certaines problématiques fondamentales sont toujours inconnues. Et je trouve certaines de ses déclarations, particulièrement sur les femmes et les minorités, non seulement offensantes mais inacceptables. S’il est élu, nous aurons besoin de sénateurs prêts à l’encourager à aller dans la bonne direction, et si nécessaire, à lui tenir tête)

Rubio considère donc que le rôle de contrepoids du Sénat sera indispensable aussi bien en cas de présidence Clinton qu’en cas de présidence Trump. Un argument qu’aurait déjà utilisé récemment l’ancien président George W. Bush, si l’on en croit le New York Times (nous vous en parlions la semaine dernière). Néanmoins, malgré les critiques qu’il lui adresse, Rubio continue de dire qu’il votera tout de même en faveur de Donald Trump en novembre.

Même s’il n’en parle pas, il est probable que l’ambition de Rubio ait aussi joué un rôle dans sa décision de se porter candidat. Il a pu penser qu’il serait préférable d’avoir un bon bilan de sénateur à faire valoir s’il désirait se présenter à nouveau à l’élection présidentielle en 2020 ou en 2024. Le pari est néanmoins risqué. En effet, Rubio a été battu par Donald Trump lors de la primaire de Floride. Une élection sénatoriale est évidemment différente puisque tous les citoyens de l’état sont appelés aux urnes, et pas seulement les sympathisants républicains. Mais cela ne change rien au fait que si Rubio ne gagne pas en novembre, il s’agira d’une deuxième défaite électorale consécutive dans son propre état, à quelques mois d’intervalle seulement. Son image en prendrait un sérieux coup et il serait peut-être difficile de se relever d’un tel échec.

La candidature de Rubio a été accueillie très favorablement par la grande majorité des membres du Parti Républicain. Ils ont été nombreux à se réjouir de sa décision sur Twitter. Citons, entre autres, John McCain, Mitt Romney et Ted Cruz, son ancien adversaire lors des primaires. Mais le soutien le plus significatif est peut-être celui de Jeb Bush. L’ancien gouverneur de Floride a longtemps été le mentor de Rubio. Les deux hommes étaient très proches. Mais lorsque Rubio a décidé de se présenter face à lui lors des primaires pour la présidentielle plutôt que d’attendre son tour, Bush l’a semble-t-il un peu mal pris. Après avoir mis un terme à sa propre campagne électorale, il n’avait d’ailleurs pas apporté son soutien à Rubio avant la primaire décisive de Floride. Mais aujourd’hui, il semble avoir enfin décidé de pardonner à son ancien protégé.

Traduction: Je me joins à de nombreux conservateurs pour soutenir Marco Rubio. Rien n'est plus important que de sauver le Sénat en 2016.
Traduction: Je me joins à de nombreux conservateurs pour soutenir Marco Rubio. Rien n’est plus important que de sauver le Sénat en 2016.
Traduction: Merci, Gouverneur, pour votre amitié et soutien.
Traduction: Merci, Gouverneur, pour votre amitié et soutien.

Les deux hommes semblent bien s’être réconciliés.

LE TWEET DE LA SEMAINE

George H.W. Bush publie peu de messages sur son compte Twitter (le dernier remontait au mois de janvier) mais lorsqu’il le fait, il n’hésite pas à manier l’humour. Il a cette fois publié la photo d’une lettre qui lui a été adressée par un petit garçon de cinq ans prénommé Cooper. Ce dernier lui faisait savoir que les brocolis étaient bons pour la santé et lui conseillait d’en manger. Or, il est de notoriété publique que Bush a horreur des brocolis. Lorsqu’il était président, il avait demandé à ce que ces légumes ne lui soient jamais servis, ni à la Maison Blanche ni à bord d’Air Force One. Il avait même déclaré devant les caméras :

I do not like broccoli. And I haven’t liked it since I was a little kid. And my mother made me eat it. And I’m president of the United States, and I’m not going to eat anymore broccoli. (Je n’aime pas les brocolis. Je ne les ai jamais aimés. Et ma mère m’obligeait à en manger. Et maintenant je suis président des Etats-Unis, et je ne mangerai plus de brocolis)

Dans son tweet, George Bush a accompagné la photo de la lettre du jeune Cooper de la légende suivante : Je suis heureux de l’intérêt que porte le jeune Cooper à une alimentation saine. Son amour déclaré pour les brocolis est sincère, mais il est aussi peu convaincant.

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